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LAWRENCE
Au
Panthéon des losers magnifiques du rock, Lawrence
Hayward (plus "connu" sous son seul prénom)
devrait s'assurer une place
de choix. Il y eut tout d'abord
Felt dans les années
80 : dix albums (souvent
concis) et dix singles en
dix ans, et à peine plus
de ventes. Il s'agit pourtant
de l'un des plus beaux coffres à trésors
cachés de cette décennie injustement honnie
: pop songs lumineuses, instrumentaux
pointillistes, longues plaintes
new wave, Lawrence et sa
bande auront fait
un peu de tout, et souvent
très
bien. Suivra l'aventure Denim,
au succès
tout aussi relatif malgré des premières parties
de Pulp et un album inaugural
rempli d'hymnes glam faussement
ironiques ("I'm Against
the Eighties"). Depuis quelques
années, l'inaltérable Lawrence s'est réincarné en
Go-Kart Mozart. En cette
année anniversaire du plus célèbre
et célébré des compositeurs, l'argent
et la gloire vont-ils enfin
frapper à la porte du songwriter
anglais ? Ce ne sont pas
les conditions particulières
du concert donné à Paris par Lawrence et ses
acolytes à l'initiative
du magazine Magic qui pourront
permettre d'y répondre
aisément (voir les détails tragi-comiques dans
l'interview), mais une chose
est sûre : notre homme y
croit, et cet entêtement a quelque chose d'à la
fois dérisoire et magnifique.

Tu
as rendu visite à ton roadie à l'hôpital
aujourd'hui. Comment va-t-il ? Et toi-même ?
Lawrence : nous en revenons,
en effet. Il est en soins intensifs
et vraiment traumatisé.
Il est tombé du balcon du quatrième étage
dans la nuit. C'était notre premier gig à Paris
en tant que tête d'affiche, une occasion vraiment particulière
et c'est devenu catastrophique.
Tellement de choses ont mal
tourné (un accrochage en
taxi, un bassiste malade, ndlr)
et cela se termine par une
défénestration.
C'est vraiment fou, vraiment
fou. Et c'est plutôt horrible
de voir cet ami allongé sur un lit d'hôpital, avec
quelque chose qui lui maintient
le cou et des tuyaux un peu
partout. Je ne sais pas combien
de temps il va rester à l'hôpital,
mais il ne sera certainement
pas notre roadie pendant un
moment. C'est tout. Et notre
bassiste qui n'a pas pu faire
le deuxième
set hier tellement il était malade...
Comment
as-tu trouvé le concert ?
C'était vraiment difficile. Nous avons été obligés
de faire le deuxième set sans le bassiste, et le clavier
a dû essayer de faire de la basse d'une seule main, ce
qui est presque impossible, à moins de s'être entraîné avant.
Je voulais faire cela avec tout le groupe, bien jouer, profiter
de cette belle occasion à Paris. Et finalement, cela
n'a pas été possible. Nous n'étions pas
dans nos pleines capacités pour le deuxième set.
Il
y avait pourtant du monde
et certains semblaient très
contents.
Pas moi. Il y avait trop d'avanies,
de tension pour que je puisse y prendre plaisir.
Vous
aviez déjà commencé à vous
produire en Angleterre, n'est-ce
pas ?
Oui, nous avons donné des concerts sous différents
noms. Nous nous sommes appelés Fuzzy Ducks à Brixton,
juste pour un essai, et ça a été un très
bon gig. Et puis, incognito,
nous avons ouvert pour Belle & Sebastian à l'Hammersmith
Odeon à Londres. Paris était notre premier concert
en tête d'affiche. Nous ne jouions ensemble que depuis
quelques mois et nous avions
pensé faire un premier set
plus court, pour nous chauffer,
vérifier que tout fonctionnait
bien, et ensuite nous pensions
délivrer un vrai set,
plus étoffé et maîtrisé.
Te
rappelles-tu les autres fois
où tu as joué en
France ? Je crois savoir que
tu t'es produit à Reims
en 1986 et à Paris à la fin des années
80, lors d'une édition du festival des Inrockuptibles...
Ce devait être avec Felt en 1989. Les La's ouvraient le
show, puis c'était le tour de Felt et enfin les Stone
Roses. Ce fut une nuit fantastique,
brillante, un très
bon show. Et avant cela, nous
avions fait effectivement un
petit tour en France. Mais
où... (après
s'être
fait épeler le nom de la ville de Reims)... Mais oui,
j'avais dormi dans cette grande
cachette tout seul, sans lumière.
C'était un très bel endroit. Nous ne pouvions
pas rester dormir la nuit,
nous étions partis et je commençais à en
avoir marre. Je ne voulais
pas partager une chambre avec
les autres, et le propriétaire
d'un bar où nous avions
atterri m'avait laissé dormir dans une pièce à part,
tout seul, sans lumière. Au milieu de la campagne. C'était
très beau, la Champagne. Je devrais vivre là.
J'étais surpris de te voir hier sur scène si
sérieux, impavide, dans un concert assez second degré.
J'étais un peu perturbé hier. Je n'ai pas forcément
l'habitude d'être si sérieux. Les concerts en Angleterre étaient
bien différents, et celui-ci représentait beaucoup,
avec beaucoup de pression et trop de problèmes survenus
en chemin. Mais je suis resté drôle tout de même,
je crois, notamment quand j'ai dit à la fin qu'il gelait,
alors que c'était sans doute le concert le plus irrespirable
que j'ai fait, je suais à grosses gouttes. Enfin, personne
n'a relevé la blague, il est vrai. Mais je n'aime pas
beaucoup parler. D'ailleurs, je ne pense pas qu'il faille être
drôle, Lou Reed ne l'est pas par exemple. La pop music
n'est pas un sujet de plaisanterie. En l'occurrence, ce sont
plutôt les paroles des chansons qui véhiculent
l'humour, bien qu'elles soient aussi sérieuses.
Il
y avait Jarvis Cocker dans
le public hier. Il semble t'apprécier.
Tu le connais bien ?
Nous ne sommes pas de grands
amis, mais nous nous connaissons.
C'est un mec gentil et serviable.
Il connaît bien notre
musique. Il fait bien son boulot
de DJ aussi.
Hier
soir, avant vous, il y avait
un groupe nommé Part-Time
Punk. En écoutant Go-Kart Mozart, je me suis dit : là,
c'est du Full-Time Punk.
Oui, nous sommes punk à plein temps.
Est-ce
que ça correspond à la musique du groupe
? Certains parlent de glam-rock, d'autres de brit-pop, mais ça
a un côté très punk aussi, non ?
Pas vraiment. C'est plutôt du robot-rock, de la pop music
un peu rocky sur les bords. J'ai grandi dans la musique punk
et je l'adore, mais je ne peux pas dire que ce soit la musique
que je fasse. J'appellerais cela du "novelty rock" ,
un nouveau genre de musique.
Qu'est
devenu le projet "Denim Take Over",
dont certains des morceaux
se trouvent sur le dernier
Go-Kart Mozart ?
C'était le nom du troisième album prévu
pour Denim (le troisième disque réellement sorti
s'appelant "Novelty Rock", ndlr), mais il n'y avait
pas de liste définitive de chansons. J'ai essayé de
trouver de l'argent pour mener
le projet et ai conçu deux
CD-R de démos à partir des chansons de Denim que
j'avais. Certains morceaux
ne devaient pas figurer sur
le disque prévu, d'autres
se sont retrouvés sur le Net,
etc. Il n'y avait donc pas
d'album, mais une idée, un
projet. Si nous étions restés chez EMI, l'album
suivant se serait appelé ainsi mais je ne sais pas quelles
chansons auraient figuré dessus. Donc il n'y a aucune
version officielle de "Denim Take Over". Sur le prochain
Go-Kart Mozart, il y aura sans
doute encore quelques chansons écrites
il y a longtemps, mais il n'est
pas question de ranimer le
projet "Denim
Take Over ".
Cet album n'existe pas.
[suite]
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