Le retour en grâce de la pop synthétique

13/08/2015, par Rémi Mistry | Autre chose |
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Ils s'appellent Paradis, Cléa Vincent, Kumisolo ou Presque L'Amour et sont les porte-drapeaux de la dernière véritable tendance musicale de l'Hexagone. Avec leurs sons synthétiques, leurs textes sensibles et leurs mélodies légères, tous ravivent la flamme d'une électro-pop naïve héritée des eighties, dont les parrains pourraient être Etienne Daho ou Elli & Jacno. Petite revue d’effectif.

 paradis

Paradis 

On connaît finalement peu de chose de Paradis, si ce n'est que le groupe est composé de Simon Mény et Pierre Rousseau, deux musiciens à la formation classique, épris de musique électronique et de "sweet songs". En 2011, Tim Sweeney, un Dj new-yorkais, les repère et signe leur premier maxi "Parfait Tirage" sur son label Beats In Space. Depuis, le duo trace son sillon sans se précipiter, agrégeant à sa cause une communauté croissante d'admirateurs érudits. Avec ses longs morceaux hypnotiques (entre cinq et huit minutes, autant dire une éternité dans le monde formaté de la pop music) son économie de mots salutaire et ses mélopées romantiques et éthérées, Paradis invente un style unique en injectant à la chanson française un peu mélo une dose de modernité synthétique. Qu'elle soit contemplative ("Hémisphère", "Je M'ennuie"), décalée ("La Ballade de Jim" en guise de reprise très minimaliste de Souchon) ou plus pop et rythmée (la superbe "Garde-le pour Toi"), la house atmosphérique du groupe et ses mots doux fredonnés par leurs voix blanches séduira autant les cœurs d'artichaut pas encore remis de leur dernière rupture que les clubbers aimant se déhancher sur des ritournelles électroïdes lancinantes. A noter que le groupe a décidé, après beaucoup d'hésitations et de tâtonnements, d'essayer de retranscrire sa formule musicale en live en se produisant cet été, notamment en première partie de Christine and the Queens. De nouvelles dates de concerts devraient être annoncées prochainement. 

Couleurs Primaires EP (Barclay)

 

Cléa Vincent 

Drôle de parcours que celui de la pétillante Cléa Vincent : premiers pas dans le milieu de l'indie-pop parisien puis un bref (et peu concluant) passage par la case "major" pour finir par accoucher de son premier EP début 2014 sur un label indépendant. Baptisé "Non mais oui", le disque a connu un plébiscite grandissant à mesure que l'année avançait, recueillant des échos favorables jusqu'au-delà de l'Hexagone. Outre le titre inaugural "Méchant Loup" teinté de bossa nova (une de ses musiques fétiches), on s'est surtout amouraché de "Retiens mon Désir", petit bijou solaire et mélancolique joliment habillé par un clip rétro à l'esthétique VHS. Timbre de voix singulier, amalgame limpide entre boîtes à rythmes, Rhodes et synthés lascifs, mélodie à l'avenant... l'affaire a vite tourné à l'addiction. Conservant la même formule sonore tout en creusant davantage une facette plus sombre de sa personnalité, la demoiselle est revenue en octobre dernier avec un second EP contenant notamment une reprise crépusculaire du regretté Daniel Darc ("Seul sous la Lune"). Son premier véritable album est attendu pour le début de l'année prochaine.

Non mais oui vol. 1 et 2 (Midnight Special Records)

 

Kumisolo 

Dans son Japon natal, la petite Kumi fantasmait sur la France des films de Godard. Elle est venue, elle a vu, elle a constaté que la réalité était légèrement différente que ce qu'en donne à voir le cinéma de la Nouvelle Vague mais a tout de même décidé de poser ses valises. Ici, elle a fricoté avec toute une scène pop underground sensationnelle (Ricky Hollywood, Domotic, Olivier Lamm…) qu'elle a ensuite enrôlé pour mettre en son ses petites vignettes de pop plastique kitschissimes, entre loufoquerie "Katerinesque" ("Transport en Commun") et comptine déjantée à la Etienne Charry ("Chapardeuse"). Trop Kawaï.

La Femme Japonaise (Parlophone)

 

Exotica 

Un garçon et une fille, des synthés, des boîtes à rythmes, des mélodies minimales et efficaces… Difficile avec un tel postulat de départ de ne pas penser au fameux couple que formaient Elli Medeiros et Jacno à l'aube des années 80. Ces deux là ont laissé une empreinte indélébile dans l'histoire de la pop française avec des tubes comme "Main dans la Main", "Je T'aime Tant" ou l'inoubliable "Amoureux Solitaires" offert à l'amie Lio. Cette tradition hexagonale désormais reconnue à sa juste valeur, Exotica la revisite aujourd'hui dans une veine new wave plus dansante et scintillante. Derrière ce délicieux (mais trompeur) patronyme se cache Clara Cometti, ex-chanteuse de (feu) Koko Von Napoo et Julien Galner, producteur et membre de Chateau Marmont. Ensemble ils ont composé, arrangé et produit plusieurs maxis (dont le remarqué "Désorbitée") et "La Vierge et le Lion",  un premier LP sur lequel la voix mutine de Clara égrène en français et en anglais des pastilles synth-pop accrocheuses, avec la présence bienveillante de l'inénarrable Bertrand Burgalat sur "Les Belles Images". Les cloisons entre les notions de bon et mauvais goût musicaux s'étant désormais effondrées (et c'est tant mieux), le groupe peut donc fleurter avec le cheap eighties (saxo à l'appui) sans afficher le moindre complexe. On attend des nouvelles du groupe qui semble avoir disparu des radars depuis cet hiver. Simple pause ou dislocation définitive ?

La Vierge et le Lion (Chambre 404)

Yelle 

Précurseur de la vague électro-pop frenchy qui allait s'abattre des mois plus tard sur l'Hexagone, Yelle est revenue l'an dernier avec "Complétement fou", un album à la production digne d'un blockbuster, qui renferme – au milieu de titres plus criards et secouants - quelques moments de grâce bubblegum, comme ce diptyque aussi fleur bleue que sulfureux baptisé "Nuit de Baise" ou un joli "Florence en Italie" en forme d'épiphanie.

Complétement fou (Because Music)

 

Pendentif 

Le moins que l'on puisse dire c'est que les cinq Bordelais de Pendentif ont poussé le trip 80's jusqu'au bout, aussi bien au niveau musique qu'imagerie (ce vert-grenadine pailleté si référencé). A la manière de leur lointaine cousine Yelle, le groupe propulse sur les pistes de danse des pop-song suaves, entre sensualité exacerbée et ingénuité désarmante. C'est bien ficelé, léger, acidulé et assez efficace pour séduire jusqu'en Chine où le groupe a donné en mai dernier une série de concerts mémorables, avant de s'attaquer à la confection de leur second album cet été.

Mafia Douce (Discograph)

 

Adrien Gallo 

Preuve que le revival pop eighties prend de l'ampleur, un artiste estampillé  "mainstream" (en l'occurrence le leader du groupe de rock teenage BB Brunes) a lui aussi décidé de s'adonner à ce plaisir coupable le temps d'une parenthèse "solo". L'idée lui est venue en écoutant chanter sa petite-amie, la mannequin Ella Waldmann. C'est à partir de sa voix à la fois fragile et enjôleuse qu'il a confectionné une collection de chansons synthétiques, désuètes et langoureuses. "Geminin" est donc un album placé sous le signe de la romance qui renferme son lot de plages estivales ("Monokini", "Cornet glacé", "Copacabana") nimbées d'une production vaporeuse et interprétées par Gallo et sa douce. Musicalement, on est dans l'esprit de ce qu'ont pu faire il y a déjà trois décennies Gainsbourg pour Adjani, Chamfort pour Lio voire même Voulzy pour Jeannot sans oublier évidemment le Daho de "La Notte la Notte". Bref, de véritables chansons populaires qui n'oublient jamais en route une certaine exigence musicale. Alors certes, l'ensemble reste un peu lisse et facile par endroit mais il faut tout de même saluer la sincérité qui émane du projet et le parti-pris osé choisi par le jeune songrwriter plus habitué aux guitares électriques qu'aux bluettes évanescentes.

Gemini (Warner)

 

Presque L'Amour 

Repéré en 2014 par le concours Les Inrocks Labs, Presque L’Amour est un tout jeune groupe composé de deux jeunes étudiants en fleurs, Julie Mouchel et Antoine Graugnard. Une poignée de morceaux enregistrés dans une chambre avec quelques claviers ont suffit à convaincre Jean-Charles de Castelbajac d’inviter le duo à réaliser l’illustration sonore de sa collaboration avec la marque Petit Bateau, le temps d’une chanson intitulée "Make-Up". Encore un peu tendre et convenu, on lui préférera sa charmante relecture synthétique du yéyé en diable "Tu m’as trop menti" de Chantal Goya.

 

 

Et aussi : 

La Féline (chronique / interview)

 

Poom

 

The Pirouettes (chronique / session)

 

Lafayette 

 

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