Les enfers du paradis

28/08/2008, par | Edito |
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Après avoir suivi avec beaucoup de plaisir et d'intérêt la première saison de "Desperate Housewives", j'avais un peu lâché les banlieusardes imaginées par Marc Cherry. Hier, je suis tombé sur la bande-annonce de la saison 4 sur Canal+, mais ce ne sont pas les images qui m'ont frappé. C'est le choix de la musique qui les accompagnait : une reprise, par une interprète que je n'ai pu identifier, de "In Heaven", l'air étrange que chantait la "femme dans le radiateur" dans le premier long métrage de David Lynch, "Eraserhead". "In Heaven" est à peine une chanson, plutôt une ritournelle, avec une mélodie et un texte brefs répétés plusieurs fois. Mais cela suffit pour projeter celui qui l'écoute dans une autre dimension, entre rêve éveillé et cauchemar (il est vrai que les images aident beaucoup). Lynch essaiera de retrouver cette atmosphère par la suite, avec Julee Cruise notamment ; il ne refera jamais autant d'effet avec si peu. Film culte, "Eraserhead" eut une forte influence sur le rock expérimental anglo-saxon (surtout américain) de la fin des années 70. Tuxedomoon reprenait "In Heaven" sur scène à ses débuts, une version figure sur la compilation "Pinheads on the Move". On retrouve aussi le titre sur un live de Bauhaus daté de 1983. Les Pixies livrèrent quelques années plus tard leur relecture sur une face B. Depuis, il n'est plus question de faire rentrer Kim Deal dans un radiateur. J'ignore si la version qui accompagnait cette bande-annonce est tirée de la bande-son de la saison 4 ou si elle a été choisie par des gens de Canal. Faut-il y avoir la suggestion d'une possible influence lynchienne sur "Desperate Housewives" ? Certes, le crime, les névroses, les secrets inavouables cachés derrière la façade d'une Amérique trop proprette pour être honnête, il y avait déjà tout ça dans "Blue Velvet" et "Twin Peaks". Mais avec infiniment plus de trouble que dans ce néo-soap malin. Tout comme la version originale de "In Heaven", avec son écho brumeux et son orgue (harmonium ?) tremblotant, envoûtait nettement plus que cette reprise non identifiée, aussi vernie qu'un ongle de pied de Gabrielle Solis.

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