Lloyd Cole - Interview

11/10/2006, par | Interviews |
  • Facebook
  • Twitter
| permalien

La chanson "The Young Idealists", qui ouvre le nouvel album, est-elle le portrait d'une génération ?

Non, pas vraiment. C'est au contraire l'idée que ces "jeunes idéalistes" peuvent avoir 15 ans aussi bien que 75. Un peu comme l'expression "young at heart". On peut perdre son idéalisme, mais aussi le retrouver. Et peut-être que cet idéalisme n'était pas une si bonne chose, et qu'on peut avoir d'autres satisfactions en vieillissant, etc. La chanson ne tient pas un seul discours, elle offre diverses options.

Lloyd Cole

Et "New York City Sunshine", un peu plus loin, c'est un hommage à la ville ?
Disons que c'est une chanson d'amour adressée à une ville où je vivais, et que j'ai d'ailleurs écrite à l'époque où j'y habitais, il y a des années de cela. Jusqu'ici, je n'avais jamais trouvé le temps de l'enregistrer. Il n'y a que la fin, après le solo de guitare, qui date de cette année. Cela faisait très longtemps que je ne l'avais pas chantée, à cause notamment du 11 Septembre : après ça, tout le monde y est allé de sa chanson hommage à New York, et je ne voulais pas être mis dans le même sac. Je tenais à être sûr qu'il n'y ait aucune confusion possible.

Cette chanson me fait penser à "Springtime in New York" de Jonathan Richman.
Ça ne me dit rien... Je crois qu'il a davantage écrit sur Boston et la Nouvelle-Angleterre. Il y a cette chanson, "Girlfriend", sur le premier album des Modern Lovers, où il chante : "If I were to walk through the Museum of fine arts in Boston/Well first I'd go to the room where they keep the Cézanne..." (imitation convaincante de la voix nasillarde de Richman, même s'il ne chante pas tout à fait comme ça sur cette chanson, ndlr). Et "Government Center" : quand on va du centre de Boston à l'aéroport, on passe devant. Ou "Lonely Financial Zone" : quel titre ! (rires)

Comment ça se passe avec ton nouveau label Sanctuary, sur lequel était déjà sorti l'album précédent ?
J'ai toujours la même relation avec eux : je leur donne les bandes et ils sortent l'album. Mais au moment où je terminais le nouveau, je ne savais même pas si Sanctuary allait continuer à exister. Ils avaient beaucoup de problèmes et je ne savais pas trop ce qui allait se passer. Enfin, ils continuent, je garde espoir, même si la situation est incertaine. Pour les distributeurs, presque chaque pays a le sien. En France, c'est PIAS, après BMG pour "Music in a Foreign Language". Là, j'essaie d'en trouver un pour le Japon, ce qui me permettrait d'aller jouer là-bas.

Depuis notre dernière rencontre, il y a plus de trois ans, plusieurs musiciens importants ont disparu : Robert Quine, qui avait joué de la guitare sur tes disques, Grant McLennan, Syd Barrett et Arthur Lee plus récemment.
Je n'ai jamais été un immense fan d'Arthur Lee et de Syd Barrett, même si j'aime bien leur musique. Robert Quine, lui, était l'un de mes meilleurs amis. La nouvelle de sa mort m'a peiné, bien sûr... Mais parfois, il vaut mieux que les gens meurent plutôt que de continuer à vivre malheureux. Quine n'avait plus goût à la vie depuis la mort de sa femme. Je n'ai pas ressenti sa disparition comme une tragédie ; la tragédie, dans son cas, aurait été qu'il continue à vivre. Ses dernières années ont été assez tragiques... J'ai passé beaucoup de temps à le persuader de vivre, mais il n'en avait plus envie.
Le cas de Grant était différent. Au moment où il est mort, il vivait sans doute les moments les plus heureux de sa carrière. Pour moi, "The Friends of Rachel Worth" est le meilleur album des Go-Betweens, et à part eux, aucun groupe ne se reforme pour sortir son meilleur disque ! Ces dernières années, ils avaient gagné de nouveaux fans, et je pense que Grant était enfin heureux, avait pris goût à la vie, ce qui n'a pas toujours été le cas. Cela atténue un peu la tristesse que j'ai ressentie à l'annonce de sa mort, tout en la rendant d'autant plus injuste... Maintenant, je ne sais pas ce que Robert Forster va faire. J'aimerais beaucoup rassembler quelques personnes qui étaient fans des Go-Betweens pour enregistrer un album avec lui, en essayant d'être Grant sur quelques morceaux.

Photos par Julien Bourgeois [site].
Merci à Bérengère.

les derniers articles


»» tous les articles
»» toutes les chroniques de disque
»» tous les posts du blog
»» tous les CR de concerts et festivals