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LLOYD COLE
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Toi qui es avant tout un chanteur et un songwriter, as-tu beaucoup appris des musiciens avec lesquels tu as travaillé ?
Enormément. D'ailleurs, aujourd'hui, même si je ne suis pas aussi bon qu'eux, j'arrive à imiter assez bien Neil, ou à programmer une batterie électronique comme Fred Maher. Richard Quine, qui est l'un de mes meilleurs amis, a écouté mes parties de guitare sur les derniers albums et m'a dit que je n'avais plus besoin de lui ! Ce n'est pas tout à fait vrai, car il a des idées différentes des miennes.
Pourquoi avoir choisi des musiciens venant plutôt du rock ou de l'avant-garde quand tu t'es installé à New York ?
Je voulais étendre mon univers et bousculer un peu ma sensibilité "pop". Je me demandais ce qui se passerait si j'essayais de devenir un véritable chanteur de rock, si je me lâchais. Je pense d'ailleurs que mon premier album solo est celui que j'ai pris le plus de plaisir à enregistrer. Il y a des morceaux franchement idiots, voire atroces, mais les chansons qui sont belles le sont vraiment. Je préfère ça à un disque simplement moyen.
Comment as-tu enregistré ton dernier album ?
En cinq ou six mois d'affilée, seul. Les autres musiciens ne sont intervenus que les dernières semaines : Neil a joué de la guitare sur quelques morceaux, Dave des Negatives de la steel guitar... Il y a aussi quelques musiciens avec lesquels je n'avais jamais collaboré avant.
Tu l'as enregistré à la maison ?
Pas tout à fait, mon studio est à une petite dizaine de kilomètres de chez moi, là où j'ai aussi mon bureau. J'avais donc un peu l'impression d'aller tous les jours au bureau, "nine to five" ! La pièce est assez spacieuse car l'immobilier est plutôt bon marché là où je vis. L'équipement est celui d'un studio professionnel.
D'où vient la tonalité acoustique, presque folk, du disque ?
Je pense qu'elle découle directement de l'expérience des concerts solo. Cependant, il est impossible de reproduire en studio l'atmosphère particulière de ces shows. Il fallait donc tenter de la recréer par l'instrumentation, avec un côté intimiste, chaleureux. Je voulais que le son ressemble à celui d'un petit ensemble. Comme pour Rattlesnakes, en fait, sauf qu'ici il ne s'agit pas d'un groupe rock : il n'y a pas de batterie, mais un piano électrique, une basse, une guitare acoustique sur la plupart des morceaux.

Peux-tu nous parler de ton nouveau label, Sanctuary, où devrait également paraître le nouveau Morrissey ?
C'est un label anglais. Au départ, au début des années 80, c'était la compagnie de management d'Iron Maiden, puis c'est devenu une maison de disques pour sortir les albums solo des membres du groupe. Aujourd'hui, ce doit être le plus gros label indépendant en Europe. Je pense qu'ils sont plus importants que Polydor, donc je ne suis pas sûr qu'on puisse encore parler d'indépendant... Ils ont racheté pas mal de back-catalogues : Pye pour les Kinks, Trojan pour Desmond Dekker... Ils signent beaucoup d'artistes qui sont dans la même position que moi, qui veulent faire des disques comme ils l'entendent, sans qu'une maison de disques vienne y mettre son nez. Donc, ils m'ont approché quand ils ont su que je voulais sortir un nouvel album. Je leur ai dit : "D'accord, mais vous ne pourrez pas l'écouter avant !" Ça s'est passé comme ça, très simplement.
Avant cela, il y a eu plusieurs sorties atypiques sur le label français XIII Bis, notamment un coffret hétéroclite (anciens albums, instrumentaux, live...) paru quasiment sans promotion.
Au départ, XIII Bis voulait sortir l'album "The Negatives" [1999] en France, Allemagne et Bénélux. J'aimais bien l'idée de travailler avec un label qui n'était pas basé en Grande-Bretagne. Le problème, c'était que le copyright de beaucoup de chansons était détenu par Universal, car elles avaient été enregistrées avant que je ne les quitte. C'était très compliqué, et il a fallu neuf mois pour me dégager de ce contrat et pour en signer un avec XIII Bis. J'étais prêt à abandonner la musique... Après cette épreuve, je me voyais mal démarcher encore pour obtenir un deal de distribution dans le reste de l'Europe et aux Etats-Unis. Ces disques ne sont donc sortis que chez XIII Bis, qui a fait un beau boulot, notamment en France et en Allemagne. Mais évidemment, ils ne bénéficiaient pas de la même exposition que s'ils étaient parus chez Universal, par exemple. En Grande-Bretagne, personne n'était au courant de la sortie de "The Negatives"...
Produis-tu encore des groupes ?
Non, et je ne pense pas refaire de la production dans l'immédiat. J'ai du mal à rester assis dans un coin du studio sans rien faire, ce qui est le rôle d'un producteur. C'est aussi une question de temps : si quelqu'un me demandait en ce moment, je serais contraint de refuser car je suis trop occupé, je voyage toute cette année. J'aimerais quand même bien m'y remettre plus tard, car je crois que j'ai fini par comprendre quelle était la tâche d'un producteur, même si je ne suis pas sûr de pouvoir l'accomplir. Ce rôle, c'est de faire jaillir tout le talent d'un groupe. Les musiciens doivent avant tout se sentir à l'aise, en confiance. Malheureusement, la plupart des producteurs ne travaillent pas comme ça, et les jeunes groupes sont souvent intimidés.
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