Loney, Dear - Interview

11/04/2007, par Guillaume Sautereau | Interviews |
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L'écriture est une chose facile pour toi ?

Ça l'était, au début. Ca devient difficile avec le temps. Maintenant, j'ai essayé tout ce que je voulais essayer quand j'ai commencé à écrire des chansons. J'ai écrit quelque chose comme 70 chansons, donc il devient de plus en plus dur d'arriver au bout d'une chanson. En plus, la plupart des chansons que j'ai écrites ne sont même pas encore sorties. En France par exemple, aucune. Quand j'écris, j'ai en tête toutes ces chansons qui ne sont pas encore sorties, ça représente un certain poids. Je pense que ça ira mieux quand elles seront effectivement sorties. Je reviens toujours à mes premiers albums pour les retoucher, les améliorer. Une fois que ce sera terminé, je pourrai passer à autre chose.

C'est pareil pour les paroles ?
Plus ça va, plus les paroles sont importantes pour moi. Je ne trouve pas les paroles des premiers albums mauvaises, mais j'ai commencé à vraiment m'en préoccuper plus tard. Mes dernières chansons, je me sens bien sur scène à les chanter, je sens qu'il fallait qu'elles deviennent plus personnelles. C'est intéressant, la façon dont on prend goût progressivement à l'écriture de chansons. Je viens de commencer ma carrière, je viens juste de commencer à toucher les gens, c'est la partie la plus importante de ce que je fais, le fait de toucher les gens.

Tu es connu en Suède ?
Je pense qu'on est plutôt inconnu en Suède. J'espère que cela va changer avec la sortie sur Subpop et le fait que j'ai signé chez EMI. Ca doit être un peu partout pareil, mais les Suédois ont besoin que d'autres leur disent que quelque chose est bien avant de l'apprécier par eux-mêmes.

On a parfois l'impression que chaque semaine nous vient une nouvelle merveille de Suède...
Je n'ai pas d'explication. Je pense que la période est peut-être favorable à l'écriture de musique en ce moment en Suède. La social-démocratie a aidé à ne pas s'inquiéter du lendemain. Je ne suis pas sûr pas que ce soit une bonne chose mais il est possible de ne pas travailler en Suède et de se consacrer à la musique. Ça ne s'est pas exactement passé comme ça pour moi, j'ai vécu très chichement, en dépensant très peu d'argent et en vendant mes CDR pour vivre. Mais c'était une bonne période dans ma vie. Maintenant ma façon de faire de la musique, avec une maison de disques derrière moi, est plus commune, mais je ne sais pas si c'est mieux, dans le fond.

Tu avais d'autres activités, tout de même ?
Oui, il y a quatre,cinq ans. Mais il y a trois ans j'ai arrêté, j'en avais marre de faire des choses que je n'avais pas envie de faire.

Et tu arrivais à vivre en vendant des CDR ?
Oui, j'en ai peut-être vendu trois ou quatre mille depuis le début. Comme je n'avais de maison de disques et donc pas de publicité, ma musique s'est développée par bouche à oreille. Je n'ai jamais été en contact avec un seul journaliste de la presse musicale suédoise, à l'exception d'une émission consacrée aux démos à la radio nationale. C'est assez étrange. Je ne sais pas exactement comment ça marche. Quand j'ai commencé à faire de la musique, je pensais que le fait d'avoir une maison de disques n'était pas très important. Maintenant je vois la différence. Ce n'est pas si important que ça de toucher le plus du monde possible, ce qui est important, c'est de faire de la bonne musique, de faire de bons concerts. Ce qui est en train d'arriver, ce n'est pas réellement ce que je souhaitais, mais ça me plaît. Ce que je veux faire, c'est composer et enregistrer, et puis faire des concerts de temps en temps.

Tu vas devoir sacrifier à des tâches bassement promotionnelles, comme en ce moment...
Oui, c'est étrange, c'est le prix à payer pour toucher un peu plus de gens et avoir un retour de leur part sur ma musique.

Comment vois-tu ta musique évoluer ?
C'est intéressant, c'est ce qui est au cœur de mes préoccupations. Je l'imagine un peu plus ronde, plus chaude, un peu plus basée sur le rythme. Peut-être un peu plus de swing, un peu plus de funk. J'ai déjà enregistré quelques titres, et ça me plaît bien. C'était la première fois que j'enregistrais en étant conscient qu'il y avait des gens qui allaient écouter ma musique, ce qui n'avait pas été le cas pour les quatre premiers albums, à l'exception de ma famille et de mes proches. C'est difficile, il faut que je fasse abstraction de cette nouveauté.

Tu penses que cela pourrait te bloquer, te forcer à t'autocensurer ?
Cela pourrait, et cela serait une mauvaise chose, une très mauvaise chose. Mais il faut que je fasse avec.

Loney, Dear

Ton compatriote Jens Lekman joue avec une section de cuivres sur scène, c'est quelque chose qui te plairait ?
J'adorerais. J'ai assez envie de développer le côté "groupe" de Loney, Dear, et c'est quelque chose que j'aimerais essayer. J'aime beaucoup ce que fait Jens Lekman, son approche de la musique.

Tu n'as pas son appréhension des journalistes et des interviews ?
Non, je pense que c'est une bonne chose. Ce n'est pas seulement parler à un microphone. Tu parles à un humain, et derrière quelqu'un va lire tes propos, ils vont l'intéresser, peut-être. J'aime bien lire ce genre d'articles dans les magazines moi-même, alors je trouve que ça vaut le coup de donner des interviews. Je ne dis pas forcément ça quand je viens de passer la soirée à faire quatre interviews par téléphone. Pour l'instant, je n'ai pas encore beaucoup d'expérience en la matière. Et puis personne n'a encore rien écrit de désagréable sur ma musique. Cela va venir cette année (rires) !

D'où te vient cette voix de falsetto ?
C'est quand j'ai commencé à chanter. J'étais un enfant, et je chantais naturellement comme ça. Ensuite, j'ai arrêté de chanter, j'étais passionné par les synthétiseurs. Quand j'ai recommencé à chanter, plus tard, j'en suis revenu à ce que j'avais l'habitude de faire, c'est-à-dire chanter en falsetto. Chanter avec ma voix naturelle, c'est quelque chose que j'ai commencé à faire plus tard. Ma première voix, c'est le falsetto. Maintenant, je maîtrise les deux, et parfois le falsetto rend la musique un peu étrange, mais cela ajoute une certaine puissance à la musique sur disque. Et puis j'aime beaucoup superposer les pistes de voix, aussi, j'ai toujours beaucoup aimé expérimenter avec l'enregistrement multi-pistes. J'essaie de construire un studio en ce moment. Je veux dire, un studio qui fonctionne tout le temps de manière fiable ! Je n'ai plus le temps de bidouiller maintenant, quand je veux enregistrer, il faut que ça marche ! Aujourd'hui, je passe mon temps à réparer mon ordinateur et à faire des sauvegardes de mon disque dur.

Au début de notre conversation, tu as parlé de disques que t'avait prêtés un ami quand tu as voulu te mettre à la pop. C'étaient quels disques ?
C'était un groupe suédois qui s'appelle Popsicle... Tu connais ?

Oui, j'ai un single, "Hey Princess"...
Ok, c'est un grand titre. Maintenant, quand je réécoute ce groupe, je ne le trouve pas extraordinaire, mais je pense que c'était le groupe idéal pour me permettre de saisir
le côté "pop" de la pop music. Quand j'écoute ma musique aujourd'hui, je suis assez content qu'elle ne ressemble pas trop à celle des Popsicle, mais elle m'a permis de me mettre à faire de la musique.

Tu avais quel âge à l'époque ?
J'avais entre 17 et 18 ans. J'ai 27 ans maintenant. De l'idée à la sortie de mes disques, cela m'a pris dix ans !

Photos par Julien Bourgeois (pages 1 et 2) et Guillaume Sautereau (page 3).
Merci à Benjamin.

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