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LOU BARLOW

Comment vous assumez cette image de roi de la lo-fi qu'on vous a collée ? Est-ce que ce n'est pas un peu pénible parfois ?
En fait, je m'en moque un peu. Je pense que les choses que j'ai enregistrées en lo-fi sont bien. La seule chose que je trouve bizarre c'est que j'enregistre en studio depuis 1995. J'ai fait des disques hi-fi avec Folk Implosion notamment... "Natural One" était enregistrée dans un grand studio. Donc je pense que cette étiquette colle seulement à une partie de ce que je fais. C'est juste que parfois je regrette que les gens se focalisent là-dessus. Quand on me demande "Pourquoi vous enregistrez toujours en lo-fi ?", j'ai envie de répondre "Mais qu'est-ce que vous voulez dire ?" (Rires...)

Vous avez une façon de jouer de la guitare très particulière. Sur 80% des chansons de Sentridoh, vous avez ce rythme très particulier qu'aucun autre guitariste n'exploite vraiment... D'où ça vient ?
Mhh... Je n'en sais rien. C'est juste mon style. Je suis très fier de ça, mais peu de personnes reconnaissent que c'est différent de ce qu'ils ont l'habitude d'entendre. J'étais un peu déçu que personne ne parle de cette rythmique particulière après tous les albums de Sentridoh. J'avais le sentiment d'avoir développé quelque chose d'unique. Mais vous êtes la première personne à m'en parler. Quand j'ai appris à jouer de la guitare acoustique, j'en jouais vraiment très rapidement parce que j'étais plutôt hard-core à l'époque. J'essayais de jouer de la batterie en même temps que de la guitare d'une certaine façon. Mais je suis content que vous me parliez de ça, vous êtes vraiment le premier (rires).

Est-ce que ce n'est pas frustrant de savoir que la plupart des gens qui écoutent les chansons de Sentridoh se disent que ça a pu être fait en cinq minutes alors que ce n'est pas forcément le cas ?
Oh, non... Ça prend des jours, des heures. Mais bon, c'est comme ça. Les gens sont sensibles au son qui est très cheap. C'est une façon d'écouter de la musique qui se rapproche d'une façon de consommer... Les gens aiment à savoir qu'on dépense du temps et de l'argent à faire quelque chose. Quand ils écoutent du Radiohead, ils veulent quelque chose qui soit à la hauteur, comme la preuve qu'on y a passé du temps. Mais quand ils écoutent quelque chose avec un son comme celui des Sentridoh, les gens pensent immédiatement qu'il n'y a pas eu d'efforts derrière tout ça, que c'est quelque chose de paresseux. Mais je vous assure qu'il y a beaucoup de travail derrière. Mais tant pis. Moi, je m'en rends compte. Et quelques autres s'en rendent comptent aussi...

Avec Sebadoh, vous avez repris Will Oldham ("Riding Boy") et Smog ("A Hit"). Vous les connaissez ou ce sont seulement des artistes dont vous appréciez le travail ?
Je les ai rencontrés. J'ai fait une tournée avec Bill (Callahan) il y a quelques temps. Et j'ai vu Will il y a très longtemps. J'ai dû le rencontrer quand il avait 14 ans. 14 ou 15 ans. Il était ami avec le groupe qui est devenu Slint par la suite. Il les suivait un peu partout. Un jour où Jason Loewenstein et moi on jouait en acoustique pas loin de chez lui, j'ai dû dormir dans la maison de ses parents, chez qui il habitait à l'époque. C'était une immense maison. Ses parents avaient été charmants avec nous. Mais je ne l'ai pas revu depuis qu'il est devenu Bonnie "Prince" Billy. Il est devenu plus énigmatique. Quand je l'ai rencontré la première fois, c'était vraiment un jeune fou... C'est autre chose maintenant.

Et Bill Callahan ?
Je le connais un peu aussi. Mais... Il est... C'est vraiment quelqu'un de singulier. J'ai quelques problèmes à communiquer avec lui. Il communique de la même façon que J. Mascis. Il parle très lentement. Ça me rappelle tellement Jay que je deviens tout de suite nerveux quand je lui parle. Mais ce n'est pas sa faute, c'est juste sa façon d'être. Je l'ai vu le mois dernier à Austin. Il était avec Joanna Newson. Je lui ai dit bonjour et il m'a répondu en me disant "Salut. Je te présente ma copine." Et je me suis dit "Mon Dieu, c'est Joanna Newson !" Elle est magnifique. J'aime beaucoup sa musique aussi. J'étais très content pour lui en tout cas.

Toujours avec Sebadoh, vous avez joué un rôle très important dans la création du label Domino. J'ai lu que Laurence Bell (fondateur et patron actuel du label) vous était très reconnaissant de lui avoir fait confiance au début de son entreprise...
Au début, Sebadoh avait signé avec un label qui s'appelait Fire. Laurence travaillait pour ce label à cette époque. On avait sorti quelques trucs avec eux. Et puis, Laurence voulait monter son propre label et nous a demandé si ça nous intéressait. On a dit d'accord, bien sûr. C'était un très bon ami. A cette époque, tout était de petite envergure. Il venait nous chercher à l'aéroport dans le van de ses amis, on dormait sur son parquet... Quand il a monté Domino, "Bubble and Scrape" a été le premier disque qu'il a sorti il me semble. Mais je lui suis bien plus reconnaissant qu'il ne doit l'être envers moi. Mes disques ne vendent rien. Il a perdu beaucoup d'argent à chaque sortie d'album. C'est moi qui dois lui être reconnaissant, pour tout ce qu'il a fait. Beaucoup de gens n'en auraient pas fait autant.

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