Luke Temple - Interview

26/03/2008, par Jean-Charles Dufeu | Interviews |
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Il y a des interviews que vous regrettez d'avoir faites, parce qu'elles vous découragent a posteriori d'écouter la musique de celui que vous mettiez tant de ferveur à rencontrer. Et puis il y a des cas où c'est tout le contraire. Arrivé sur les lieux légèrement gêné de ne pas avoir plus écouté "Snowbeast" et son prédécesseur, j'en ressors avec nulle autre envie que celle de me plonger au plus vite dans la musique de ce jeune songwriter dont humilité et sincérité semblent être les maîtres mots. Bienvenue pour la visite du Temple, elle vaut le coup.


La dernière fois que tu as joué à la Maroquinerie, il paraît que tu n'as joué que des chansons inédites.
Oui, je fais ça assez souvent. C'est toujours plus excitant d'essayer sur scène de nouveaux morceaux. Et puis généralement quand on fait une tournée suite à un album, le disque est déjà sorti depuis pas mal de temps, parfois presque un an, et les chansons ne sont plus aussi fraîches que ça par rapport à celles qui viennent d'être écrites. Mais ce n'est pas un très bon conseil à donner, en termes d'efficacité promotionnelle, malheureusement...

J'ai été chargé de te poser une question de la part d'un de mes collègues : de quelle planète viens-tu ?
Eh bien... J'essaie quand même de faire en sorte que ce soit la terre en fait. Il y a certaines planètes que je trouve très intrigantes, parce qu'elles ne révèlent que très tard leur consistance, le fait qu'elles sont en fait constituées de gaz uniquement. Comme Saturne, qui a l'air d'être parfaite à distance mais lorsqu'on s'approche d'elle, on peut facilement passer à travers.

Est-ce que c'est une description qui pourrait également convenir à la musique que tu joues ?
Oui, à vrai dire. Parce que la façon dont j'écris est très chaotique, au commencement en tout cas. Je ne saisis pas forcément moi-même le sens que ça va avoir. J'assemble juste un tas de trucs qui n'ont pas grand chose à voir ensemble, et seulement après coup, j'essaie d'instaurer de l'ordre dans tout ça. C'est un peu comme essayer de contrôler le chaos. Parfois ça ne sonne pas du tout familier avant de l'avoir joué pendant très longtemps. Et seulement à ce moment-là, je commence à percevoir l'ordre qu'il y a là-dedans. J'aime beaucoup le sentiment d'incertitude et d'inconnu quand je compose. J'aime bien le fait de ne pas savoir ce qui va advenir au moment d'écrire mes chansons. J'aime le fait de ne pas avoir de règles. Ça devient de plus en plus difficile au fur et à mesure que je maîtrise mes instruments. C'est pour cette raison que j'ai troqué la guitare contre un banjo sur le dernier album, parce que je maîtrise beaucoup moins cet instrument. De temps en temps il y a donc d'heureux accidents qui peuvent subvenir. J'essaie d'apprendre le piano en ce moment. Il y a tellement de choses incroyables qui peuvent arriver quand tu frappes sur le piano un peu au hasard, c'est très différent de la guitare de ce point de vue.

Il semble que tu aies eu une vie assez mouvementée avant de commencer à faire des disques. Il paraît que tu as vécu dans les bois pendant un moment...
Oui, juste après mon bac, je ne voulais pas aller à la fac immédiatement. J'avais quelques problèmes avec l'autorité à ce moment-là. J'ai juste choisi un endroit au hasard dans la campagne... J'étais un peu comme un bébé à l'époque et je ne savais pas trop comment m'occuper de moi-même. J'avais un boulot vraiment dur où je devais faire du nettoyage dans des animaleries jusqu'à trois heures du matin. C'était vraiment exténuant et désagréable. Alors j'ai rencontré des types qui m'ont pris avec eux dans leur van et j'ai atteri dans une ville de Californie, Mandesino. C'était vraiment un paysage idyllique. Je n'avais pas du tout d'argent à l'époque. Et j'ai rencontré un type qui vivait dans son van. J'avais juste mon sac de couchage avec moi. J'ai trouvé du boulot assez facilement finalement, je vendais des bonbons dans un magasin. Et quand le boulot était fini, je rejoignais ce type, on prenait le van pour rejoindre un endroit isolé dans les bois, et je m'installais avec mon sac de couchage juste à côté de son van. Donc je n'étais pas complètement livré à moi-même. Et en plus ce n'était pas la saison des pluies !

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