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LUKE
TEMPLE
Il
y a des interviews que vous regrettez d'avoir faites, parce
qu'elles vous découragent a posteriori d'écouter
la musique de celui que vous mettiez tant de ferveur à
rencontrer. Et puis il y a des cas où c'est tout
le contraire. Arrivé sur les lieux légèrement
gêné de ne pas avoir plus écouté
"Snowbeast" et son prédécesseur,
j'en ressors avec nulle autre envie que celle de me plonger
au plus vite dans la musique de ce jeune songwriter dont
humilité et sincérité semblent être
les maîtres mots. Bienvenue pour la visite du Temple,
elle vaut le coup.

La
dernière fois que tu as joué à la Maroquinerie,
il paraît que tu n'as joué que des chansons
inédites.
Oui, je fais ça assez souvent. C'est toujours plus
excitant d'essayer sur scène de nouveaux morceaux.
Et puis généralement quand on fait une tournée
suite à un album, le disque est déjà
sorti depuis pas mal de temps, parfois presque un an, et
les chansons ne sont plus aussi fraîches que ça
par rapport à celles qui viennent d'être écrites.
Mais ce n'est pas un très bon conseil à donner,
en termes d'efficacité promotionnelle, malheureusement...
J'ai été chargé de te poser
une question de la part d'un de mes collègues : de
quelle planète viens-tu ?
Eh bien... J'essaie quand même de faire en sorte que
ce soit la terre en fait. Il y a certaines planètes
que je trouve très intrigantes, parce qu'elles ne
révèlent que très tard leur consistance,
le fait qu'elles sont en fait constituées de gaz
uniquement. Comme Saturne, qui a l'air d'être parfaite
à distance mais lorsqu'on s'approche d'elle, on peut
facilement passer à travers.
Est-ce que c'est une description qui pourrait également
convenir à la musique que tu joues ?
Oui, à vrai dire. Parce que la façon dont
j'écris est très chaotique, au commencement
en tout cas. Je ne saisis pas forcément moi-même
le sens que ça va avoir. J'assemble juste un tas
de trucs qui n'ont pas grand chose à voir ensemble,
et seulement après coup, j'essaie d'instaurer de
l'ordre dans tout ça. C'est un peu comme essayer
de contrôler le chaos. Parfois ça ne sonne
pas du tout familier avant de l'avoir joué pendant
très longtemps. Et seulement à ce moment-là,
je commence à percevoir l'ordre qu'il y a là-dedans.
J'aime beaucoup le sentiment d'incertitude et d'inconnu
quand je compose. J'aime bien le fait de ne pas savoir ce
qui va advenir au moment d'écrire mes chansons. J'aime
le fait de ne pas avoir de règles. Ça devient
de plus en plus difficile au fur et à mesure que
je maîtrise mes instruments. C'est pour cette raison
que j'ai troqué la guitare contre un banjo sur le
dernier album, parce que je maîtrise beaucoup moins
cet instrument. De temps en temps il y a donc d'heureux
accidents qui peuvent subvenir. J'essaie d'apprendre le
piano en ce moment. Il y a tellement de choses incroyables
qui peuvent arriver quand tu frappes sur le piano un peu
au hasard, c'est très différent de la guitare
de ce point de vue.
Il semble que tu aies eu une vie assez mouvementée
avant de commencer à faire des disques. Il paraît
que tu as vécu dans les bois pendant un moment...
Oui, juste après mon bac, je ne voulais pas aller
à la fac immédiatement. J'avais quelques problèmes
avec l'autorité à ce moment-là. J'ai
juste choisi un endroit au hasard dans la campagne... J'étais
un peu comme un bébé à l'époque
et je ne savais pas trop comment m'occuper de moi-même.
J'avais un boulot vraiment dur où je devais faire
du nettoyage dans des animaleries jusqu'à trois heures
du matin. C'était vraiment exténuant et désagréable.
Alors j'ai rencontré des types qui m'ont pris avec
eux dans leur van et j'ai atteri dans une ville de Californie,
Mandesino. C'était vraiment un paysage idyllique.
Je n'avais pas du tout d'argent à l'époque.
Et j'ai rencontré un type qui vivait dans son van.
J'avais juste mon sac de couchage avec moi. J'ai trouvé
du boulot assez facilement finalement, je vendais des bonbons
dans un magasin. Et quand le boulot était fini, je
rejoignais ce type, on prenait le van pour rejoindre un
endroit isolé dans les bois, et je m'installais avec
mon sac de couchage juste à côté de
son van. Donc je n'étais pas complètement
livré à moi-même. Et en plus ce n'était
pas la saison des pluies !
[suite]
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