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LUKE
TEMPLE
[page précédente]
Tu
fais également des peintures murales dans des appartements
huppés de New-York. Quelle place a la peinture dans
ta vie, par rapport à la musique notamment ?
C'est vraiment mon boulot de faire ça et je ne réalise
que des commandes donc il n'y a pas une grande part de créativité
dans cette activité. En revanche, la peinture a vraiment
été quelque chose de capital dans ma vie quand
j'étais plus jeune. Je suis issu d'une famille où
on fait des portraits de génération en génération.
Mais quand je suis allé à la fac, il y avait
trop de considérations annexes autour de la peinture
qui ne me plaisaient pas tant que ça. Je ne me sentais
pas aussi libre face à la peinture. Je me suis plus
intéressé à la musique qui était
quelque chose de nouveau pour moi, un terrain vierge à
explorer. Mais récemment, je me suis mis à
peindre mes propres créations... La musique et la
peinture viennent définitivement du même endroit
de mon cerveau. C'est le même processus de création.
Tu commences à construire quelque chose de très
brut et puis tu affines petit à petit. Et je conçois
de toute façon la musique de façon visuelle.
Dimension et espace sont des éléments de la
musique comme de la peinture.
Quand
on écoute ta musique il y a un paradoxe, parce qu'on
a l'impression que tout coule de source alors même
qu'on ne peut pas ignorer tous les efforts et le temps passé
derrière chaque chanson.
J'ai envie de créer un langage avec chaque chanson
que j'écris. Un langage doit avoir son rythme, doit
couler sans ruptures. Pour moi la musique fonctionne sur
le même mode. Je commence de façon très
brute et c'est presque douloureux de trouver le moyen le
plus facile, le plus direct qui va permettre à la
chanson de fonctionner. Parfois, il suffit de jouer du bon
instrument au bon moment ou au contraire d'en retirer un
et la chanson, tout à coup, se manifeste à
elle-même. C'est un peu comme essayer de jouer des
tours à l'auditeur en permanence. Sur le dernier
album, j'ai enregistré parfois jusqu'à dix
versions d'un même morceau pour ne retenir que celle
qui me semblait la plus claire. Ce que je voulais, c'est
obtenir une chanson qui sonne comme si elle avait déjà
été écrite précédemment.
Je sais quand je l'écoute que c'est ce qu'il faut
et qu'il n'y a pas d'autre choix possible.
Et c'est quoi cette histoire de café du matin,
visiblement c'est ton moment de prédilection pour
l'écriture de chansons...
En fait, c'est pour des raisons simples au départ.
Je dois travailler. Donc je me lève très tôt
le matin. Et c'est le seul vrai moment de la journée
qui est calme. Et c'est aussi le moment où mon esprit
est le plus ouvert. Parce qu'il n'a pas encore été
submergé par les préoccupations de la journée.
Je me sens donc libre mentalement à ce moment de
la journée. Par ailleurs, je travaille de façon
assez efficace sous la contrainte du temps. Quand j'ai un
temps bien défini pour travailler, je l'exploite
à fond et suis bien plus efficace que si je travaillais
toute la journée. J'en ai fait une sorte de routine.
Je me lève à six heures du matin, tout est
calme, New-York est calme... Pour le seul moment de la journée.
Comment
as-tu réagi aux réactions très positives
au sujet de ton premier album ?
Je pense que les chroniques sont comme des îles pour
elles-mêmes. Je ne vois pas trop comment elles pourraient
affecter ma réalité. C'est très flatteur
d'avoir de bonnes critiques, mais j'essaie d'être
aussi détaché que possible. J'ai eu aussi
ma part de chroniques négatives.
Et
est-ce différent pour ce que disent d'autres artistes
à ton propos, comme Sufjan Stevens, qui a déclaré
que tu avais l'une des plus belles voix de pop actuelle
?
Je connais bien Sufjan, c'est un vieil ami à moi.
C'était très plaisant d'entendre un ami complimenter
ma musique de la sorte. Mais j'essaie aussi d'être
détaché de ça en un sens. Et je pense
que je suis détaché de lui en tant que pop
star. Je le connais depuis trop longtemps pour ça.
Il y a aussi des amis à moi dont je respecte tout
autant l'avis.
Qu'y a-t-il de différent en termes de songwriting
sur ce nouvel album ?
Sur le précédent, la plupart des chansons
étaient des coups d'essai. J'étais en plein
apprentissage du fait même d'écrire des chansons.
Sur cet album j'avais beaucoup plus le temps d'expérimenter,
de faire des recherches en termes de production. Je me suis
éloigné aussi de la guitare. J'ai beaucoup
composé autour du synthétiseur qui était
un instrument nouveau pour moi. Au bout du compte, je pense
que le recours au synthétiseur a donné un
son beaucoup plus froid à cet album. Mais je pense
aussi qu'il est plus personnel. Et peut-être plus
émotionnel. Je l'ai fait relativement seul et j'avais
donc le temps d'en faire ce que je voulais vraiment. Par
ailleurs, j'avais un huit pistes pour cet album. Pour le
premier, j'avais un 24 pistes ce qui change complètement
la perspective. J'ai vraiment eu l'impression d'enregistrer
ce disque dans un espace confiné où chaque
centimètre carré était précieux.
Heureusement j'avais du bon café.
Propos recueillis par Jean-Charles Dufeu, un
grand merci à David Vertessen
A lire également, sur Luke Temple :
la chronique de "Snowbeast"
(2008)
la chronique de "Hold
a Match For a Gasoline World" (2006)
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