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MADNESS
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L’album
que vous avez sorti en
1982, "The Rise And
Fall", est résolument à part dans votre
discographie. C’est un disque étonnamment mélancolique
et nostalgique. Comment
le jugez-vous aujourd’hui
?
Lee
: "Rise And Fall" ? A l’origine, c’était
censé être notre "Sergent Pepper",
n’est-ce pas ? C’était un disque qui parlait
du fait de grandir, de nos
familles, maisons et quartiers
d’enfance à Londres,
comme Primrose Hill... Dans
l’intention, c’était
presque un concept album.
Suggs (paraissant agacé) : Oui, oui, c’était un bon disque.
Mais enfin, c’était un concept album dont on a très vite
oublié quel en était le concept. Donc à l’arrivée,
on a enregistré cet album exactement comme tous les autres.
Lee : C’est typiquement le genre de concept qu’on trouve au pub
les soirs de grande beuverie, "Oh yeah, j’ai trouvé une
super idée !", et puis après coup, on se rend compte
que c’était en fait complètement merdique. Enfin, ça
nous semblait intelligent à l’époque. Mais cela reste un
album vraiment bon, on l’a réécouté dernièrement
en roulant sur l’autoroute…
Suggs : Exact, moi j’étais sur la banquette arrière, et
toi tu restais devant, à te masturber en écoutant tes propres
solos de saxophone. Non, réellement, c’était intéressant
de le réécouter plus de 20 ans après. C’est un disque
sur lequel les chansons avaient été écrites par 6 ou 7
compositeurs différents, donc, il se passe pas mal de choses différentes
dessus. Il est aussi empreint, c’est vrai, d’une assez profonde
mélancolie.
On
y perçoit une grande influence de Ray Davies.
Suggs
: Complètement, oui, ça c’est sûr.
Lee : Définitivement l’une de nos grandes inspirations
musicales.
Suggs : Neil Tennant, des
Pet Shop Boys, a dit un jour que nos chansons étaient
"joyeuses et tristes à la fois". Il y a souvent dessus
une forme de pathos, c’est le mot. Ma femme, elle, aurait plutôt
tendance à dire
qu’elles sont "pathétiques", mais bref. D’une
façon générale, j’ai du mal à intellectualiser
tout ça. Nous partagions tous à l’époque un sentiment
commun mais le problème était qu’on n’avait aucune
idée de ce dont il s’agissait.
Dans
les années 80, vous aviez acquis en Grande-Bretagne
un statut d’immenses stars, que vous n’avez
jamais réellement connu ailleurs en Europe – et
moins encore aux Etats-Unis. Avez-vous une explication à ça
?
Suggs
: Je pense que c’est lié à notre hygiène
alimentaire spécifiquement anglaise. Les anglais ont
toujours bouffé de la merde, ce qui influe très
facilement sur le ramollissement
de leur cerveau… (rires)
Sexuellement par contre,
on est toujours au top. Pour
répondre à votre
question, je ne sais pas.
Beaucoup de gens nous ont
déjà demandé ça,
et j’ai envie de leur retourner la question : "pourquoi
nous avez-vous boudés ?" Je suppose qu’on
a pas du voyager assez et
faire suffisamment de tournées à l’étranger.
Au début de notre carrière, nous étions
constamment en vadrouille
et ça nous a très
vite lassés. Du coup, nous avons décidé de
rester en Angleterre, où nous avions assez de succès
pour subvenir à nos besoins. Nous étions alors
un énorme poisson dans un petit aquarium.
Lee : Les Etats-Unis sont
tellement immenses qu’on ne s’y sentait
pas franchement à l’aise. On est allé partout à Los
Angeles, San Francisco, San Diego… Mais sur place, on ne rêvait
que d’une chose : retourner en Angleterre.
Suggs : Le monde est un endroit si vaste… Certains groupes de rock adorent
tourner en permanence et donner des concerts dans le monde entier, mais nous, ça
n’a jamais été notre truc.
Lee : Elvis Costello allait souvent jouer aux Etats-Unis. Mais a-t-il jamais
vraiment explosé en terme de ventes là-bas ?
Suggs : Aucune idée
Lee : Et UB40 ?
Suggs : Eux marchaient pas mal aux States, je crois. Bon, notre problème,
c’est qu’on est fainéants, voilà.
Lee : La musique noire en vogue aux USA dans les années 80 n’était
pas terrible non plus. C’était quoi ? Des choses comme Jimmy Cliff…
Suggs : Voyez, Lee se met à parler comme le Prince Charles. (rires)
Lee : C’est vrai. I love you, Camilla !
Suggs : Quoi qu’il en soit, la musique qui marchait aux Etats-Unis à l’époque était
si éloignée de ce que nous faisions que nous n’avons jamais été réellement
adoptés là-bas. En Europe, je ne saurais expliquer pourquoi vraiment
on n’a jamais rencontré de succès de masse. On n’a
pas donné assez de concerts, c’est sans doute aussi simple que ça.
Ces
temps-ci en Angleterre, pas mal de nouveaux jeunes groupes
pop – les Kaiser Chiefs, Ordinary Boys, Dogs Die In
Hot Cars… – se réclament de Madness,
un peu comme au milieu des années 90 lors de la vague
brit pop. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Suggs
: Je me sens comme quelqu’un qui serait en train de
flâner dans un parc, à qui un vieil homme viendrait
soudainement coller sa main
aux fesses. (rires)
Lee : Je suis flatté personnellement, ça fait
plaisir.
Suggs : Moi aussi, comme
Lee, ça me touche, mais je trouve ça également
un peu triste que les gens se réfèrent constamment aux années
80, et jamais aux années 90 ou 2000. Il s’est passé de
bonnes choses musicalement au cours de ces années, l’acid house,
la dance… Mais les groupes actuels peinent à trouver des points
de référence contemporains, ils puisent uniquement dans le passé.
Lee : Les Kaiser Chiefs en tout cas sont cool, on a partagé une affiche
dernièrement avec eux, ils ont une sacrée énergie.
Suggs : Et nous en avons aussi toujours autant.
Propos
recueillis par Julien Espaignet
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