The Magnetic Fields - Interview

31/03/2010, par Stéphan-Eloïse Gras | Interviews |
  • Facebook
  • Twitter
| permalien

THE MAGNETIC FIELDS

L'idée d'interroger Stephin Merritt sur son oeuvre me faisait trembler. L'ampleur de son travail - soit un triple album, soit un triptyque, et rien que quatre projets au bas-mot (Magnetic Fields, The 6ths, Future Bible Heroes, The Gothic Archies) sans compter les collaborations au théâtre - et sa légendaire ironie - le précèdent de loin. Le faire parler de son dernier album "Realism" a été l'occasion de redéfinir le "folk" et d'envisager une méthode "merrinesque" d'écriture de chansons... L'ère du soupçon pour la pop musique ?

Stephen Merrit

On dit que "Realism" est le pendant de "Distortion" et qu'il a été entièrement enregistré dans un studio en Californie, mais il sonne comme s'il avait été enregistré à l'extérieur. Cela apporte quelque chose de très frais au son. Peux-tu nous en dire plus à propos de l'enregistrement et de la production ?
Oh, c'est amusant que tu dises cela... Il y a deux éléments du disque qui ont été enregistrés à l'extérieur : d'abord les chants d'oiseaux. Sur "Better Things", il y a un merle moqueur. Le merle moqueur imite le bruit des oiseaux du voisinage et on l'entend souvent appeler à Los Angeles. Et sur une autre chanson, il y a un escadron entier d'oiseaux que je voyais perchés devant ma fenêtre. Je me suis dit qu'on allait les enregistrer, et on a placé un micro pour ce faire...

Une autre spécificité de "Realism", c'est l'époustouflante et très cosmopolite instrumentation utilisée. Mais il n'y a pas de batterie, à part sur "Dada Polka" ?
Oui, sur "Dada Polka", il y a des bongos. En fait, le morceau a été enregistré il y a deux ans donc je n'en suis plus très sûr mais je pense bien qu'il y du bongo joué à la baguette de batterie. Il y a aussi du cajón, pas sur "Dada Polka", mais sur d'autres chansons. Cela m'intéressait de diversifier les sons et les orchestrations, à la manière typique des chansons folk de Judy Collins. Plus particulièrement, j'étais intéressé par le travail de Joshua Rifkin sur l'album "My Life and Wildflowers" de Judy.

Est-ce que tu as nommé ce dernier album "Realism" à cause de l'aspect "variété" des chansons ?
Je l'ai nommé "Realism" à cause du style de la production, et par comparaison avec "Distortion". "Distortion" est plein de feedbacks et d'instruments tordus. "Realism" est l'opposé de cela.

C'est assez surprenant car "Realism" est supposé être un album folk, mais ce n'est pas du folk auquel on pourrait s'attendre vu l'acception actuelle du terme...
Eh bien, cela sonne comme du folk totalement normal pour moi, parce que j'ai grandi en écoutant les albums de Judy Collins et que malgré les différences de définition du genre, elle appartenait à la famille des chanteurs folk, et que donc ce qu'elle faisait était automatiquement étiqueté comme folk. Clairement, elle pouvait sortir n'importe quoi, c'était toujours étiqueté "folk". Elle aurait sorti un album disco à ce moment-là, on aurait dit que c'était du folk également. Je ne sais pas ce que les gens attendent d'un album folk aujourd'hui, je n'écoute pas de folk actuel. En fait, je n'écoute rien d'actuel. Je ne suis pas un moderne.

Qu'est-ce qui t'a séduit dans le folk britannique des années soixante ?
A vrai dire, je ne suis même sûr que quoi que ce soit m'ait attiré. Je pense que c'est la musique dont je me souviens. "Realism" est le récit de ma première enfance, d'une certaine façon. Évidemment, les auditeurs ne vont pas du tout percevoir cela !

Le philosophe français René Descartes disait que la réalité est inaccessible et qu'il n'y a aucune certitude à part le cogito. Est-ce que tu appliques une méthode comparable, une sorte de méthode cartésienne ?
Dans l'essentiel, oui. Je ne crois pas au réalisme du tout. Je ne l'approuve pas en tant que méthode artistique. Le folk, aux États-Unis, c'est le genre musical des gens socialement inférieurs, sauf s'ils sont afro-américains, en quel cas on appelle ça du blues. C'est une catégorie marketing déguisée en genre artistique.

Est-ce que l'on pourrait dire qu'il y a une "méthode Merritt" pour écrire de la musique ?
Hé hé... Oui, il y a une méthode Merritt pour résoudre les problèmes les plus complexes au monde...

les derniers articles


»» tous les articles
»» toutes les chroniques de disque
»» tous les posts du blog
»» toutes les interviews