Marlon Williams - Interview

12/02/2016, par | Interviews |
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Nouvelle signature de Dead Oceans, Marlon Williams sort son premier album solo en Europe, quelques mois après l’Australie et la Nouvelle-Zélande où la promotion s’est effectuée à guichets fermés. Moins marqué country que ses collaborations précédentes, le disque révèle surtout une voix exceptionnelle. Nous l’avons rencontré, détendu et affable malgré un disque qu’il porte à bout de bras depuis bientôt deux ans, pour connaître le parcours qui lui a permis de réaliser un des meilleurs disques de ce début d’année.

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Comment es-tu venu à écouter du bluegrass et de la country et qu’est-ce qui t’a passionné dans ce style de musique ?

Mon père écoutait beaucoup de musique à la maison. Pas beaucoup de country, surtout des disques des Beatles ou d’Elvis Presley. Le premier disque se rapprochant de la country que j’ai écouté était “Music For Big Pink” de The Band. J’avais treize ans et je suis tombé littéralement amoureux de ce disque. De fil en aiguille, j’ai découvert les albums de Gram Parsons puis j’ai continué ma recherche en remontant le temps. Tout ça par moi même. Mais j’aime aussi d’autres styles de musiques qui ont tous pour point commun d’aller droit au but. J’adore le gangsta rap par exemple. Tu ressens la frustration et la colère. J’apprécie énormément que le hip-hop évolue constamment, que ce soit au niveau du langage ou bien de la musique. Qui aurait imaginé en 1995 qu’un album comme le dernier Kendrick Lamar puisse un jour exister ? La société n’est plus la même, le vocabulaire utilisé dans les chansons non plus. C’est tout simplement fascinant.

Essaies-tu à ta façon d’apporter une vision plus moderne de la country ?

Probablement, même si j’essaie de ne pas trop y penser pour ne pas dénaturer ma musique. Nous avons tous dans nos morceaux des structures de base qui sont immédiatement reconnaissables. Les thèmes abordés également, comme la solitude. Ce sont ces fondations que j’essaie d’amener vers d’autres directions.

Plus jeune, tu as chanté dans un choeur de cathédrale. Est-ce une expérience dont tu t’inspires pour composer aujourd’hui ?

Bien sûr. C’était dans le choeur du lycée où je faisais mes études. Je ne vivais quasiment que pour ça et le plaisir de découvrir un nouvel air à interpréter chaque semaine. Le fait que nous devions l’apprendre rapidement représentait un challenge vraiment motivant. Involontairement, j’ai accumulé beaucoup de techniques de chant et de fragments de musiques dans un coin de mon cerveau. Lorsque je compose, j’ai comme des flashbacks d’harmonies qui reviennent.

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Cela signifie t-il que tu cherches à casser une partie de ton savoir lorsque tu composes ?

En quelque sorte car j’aime tellement les titres que j’ai interprétés pendant ces années que lorsque je suis en studio d’enregistrement, j’ai parfois envie de juste enregistrer en guitare/voix pour retrouver cette simplicité et cette pureté.

J’ai cru comprendre que tu composais principalement à la dernière minute, lorsque tu entres en studio. Pourrais-tu nous expliquer pourquoi ?

Je n’ai jamais réellement développé de discipline et de technique pour écrire des chansons. Mais ça ne s’applique pas qu’à la musique, je ne suis pas quelqu’un de structuré dans la vie de tous les jours. C’est une des raisons pour laquelle je joue certains titres qui ne sont pas de moi. Je vais vraiment me prendre en mains et tenter d’écrire ou de finaliser mes idées en amont, au lieu de tout faire à la dernière minute.

C’est sans doute pour cette raison que l’enregistrement s’est passé en famille, avec des musiciens et producteurs avec qui tu as déjà collaboré et enregistré par le passé. Était-ce important pour toi pour obtenir le résultat que tu t’étais fixé ?

Oui et les avoir autour de moi pour me bousculer un peu m’a fait le plus grand bien. Mais, étrangement, je tiens le rôle inverse sur les disques de mes amis (rire). C’est moi qui leur botte les fesses pour les motiver ! Mais attention, ça ne veut pas dire que je néglige l’aspect composition de mon travail. J’adore simplement collaborer avec d’autres personnes. C’est en jouant avec d’autres que j’ai pu grandir musicalement. Depuis le début il y a toujours eu des gens pour rendre mes idées plus concrètes. Ça rend les choses plus faciles. Mais je sais déjà qu’un jour je réaliserai un disque par moi même, sans aucune aide extérieure.

Tu l’envisages comme un album avec juste ta voix et une guitare ?

Oui, directement à l’essentiel. Même si cette idée me paraît terrifiante, c’est quelque chose que je veux vraiment réaliser.

Nous t’avons découvert en solo avec le single “Dark Child”. L’album se révèle bien plus varié musicalement que ce à quoi nous pouvions nous attendre. Est-ce un choix délibéré, comme une collection de titres qui te tenaient à coeur ?

Oui car, si c’est mon premier album solo, j’avais déjà enregistré quatre disques avec d’autres artistes. J’ai donc voulu explorer d’autres territoires en prenant le risque que ma voix arrive à donner une unité à l’ensemble des morceaux. Et puis qui n’a pas envie de créer un peu de surprise avec son premier disque. Je préfère nettement tenter quelque chose d’original plutôt que d’ennuyer l’auditeur.

Tu donnes aujourd’hui une deuxième vie à ce disque avec sa sortie en Europe. As-tu déjà commencé à anticiper l’étape suivante ? Comment vois-tu l’avenir ?

C’est difficile car je suis déjà épuisé par la promotion en Australie et en Nouvelle-Zélande. Le disque est sorti là bas en avril 2015 et je travaillais sur ce projet depuis la mi 2014. Donc presque deux ans après je continue à me battre pour ce disque. Mais je ne vais pas me plaindre, j’ai une chance inouïe de pouvoir accéder au marché européen. Pour ce qui concerne l’avenir, j’ai déjà plusieurs idées en tête, mais je n’ai pas eu le temps de les concrétiser. Une fois la tournée terminée, je vais prendre des vacances et me reposer. Car j’ai besoin de me reconnecter avec une vie normale pour prendre du recul. C’est seulement après que je me mettrai concrètement au travail pour le deuxième album.

En live, tu adaptes les versions de tes chansons en fonction de l’endroit où tu te trouves et du public. Ce qui est plutôt rare de nos jours. Le partage de tes chansons avec le public est-il ce qu’il y a de plus important pour toi ?

Jouer sans cesse les mêmes morceaux en live te permet de leur donner une nouvelle vie, de les attaquer sous des angles différents. Parfois je les emmène dans des directions que je n’aurais jamais imaginées. C’est un moyen de trouver une bonne balance pour rendre le live plus intéressant pour moi et pour les auditeurs. C’est un excellent exercice de tenter d’accrocher le public en trouvant une direction musicale adaptée à leurs attentes. Comme je ne suis pas devin, il faut donc choisir entre différents scénarios et trouver le meilleur (rire).

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Te considères-tu plus comme un chanteur que comme un songwriter ?

Comme un chanteur, c’est ce qui m’a amené à la musique. Chanter me procure un tel plaisir ! Que ce soit mes propres titres ou bien ceux d’autres artistes. J’ai encore beaucoup de chemin à parcourir avant de me considérer comme un songwriter. J’espère le devenir un jour, car c’est un objectif que je me suis fixé, mais je vais devoir énormément travailler.

Au delà de la performance musicale, t’impliques-tu beaucoup dans tout ce qui concerne ton image (pochette de disques, vidéos etc) ?

Oui, je contrôle tout et j’aime cet aspect de mon travail. Je choisis les réalisateurs de mes vidéos par exemple. Pour moi cela fait partie d’un tout. Je ne cherche pas à créer un personnage autre que celui que je suis, mais il faut quand même que mon image soit cohérente par rapport à ma musique. Ce n’est pas évident, je commence à peine à trouver la bonne esthétique. Je n’ai malheureusement pas le temps de m’y consacrer autant que je le souhaiterais. David Byrne parle très bien de ça dans son livre “How Music Works” que je lis en ce moment.

Tu as effectué une tournée dans des églises en Nouvelle-Zélande. Est-ce quelque chose que tu aimerais reproduire en Europe ?

Oui, même si je l’ai déjà fait avec la chorale il y a quelques années. J’avais 16 ans. La tournée était sponsorisée par l’église catholique, ce qui nous a permis de séjourner dans des hôtels cinq étoiles dans les pays baltes, en Espagne, au Portugal ! Nous avons joué dans des cathédrales magnifiques. Ce ne sera plus dans les mêmes endroits ni dans les mêmes conditions, mais j’adorerais effectuer une tournée solo dans des églises en Europe. Ce sont des endroits qui me sont familiers et je m’y sens bien pour jouer ma musique.

Crédit photos : David Jégou

Merci à Agnieszka Gérard


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