M. Ward - Interview

20/04/2005, par | Interviews |
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Tu reprends des morceaux très différents, en te les appropriant.
J'ai un point de vue assez particulier et idéaliste sur la musique, les chansons. Pour moi, une fois que quelqu'un a écrit une chanson, elle appartient à tout le monde. Elle est plus importante que la personne qui l'interprète. J'ai visité le Louvre aujourd'hui, et j'ai pensé à ça en voyant toutes ces statues grecques dont on ne connaît pas les sculpteurs. Ca n'enlève rien à leur beauté ; pour moi, ça aurait même tendance à en rajouter. Le mystère de leur origine plane autour d'elles.
J'aime l'idée que des créations peuvent traverser ainsi le temps et l'espace. Quand tu joues de la musique classique, tu passes ton temps à apprendre des compositions des siècles précédents et à les reproduire fidèlement. Alors que dans la pop, le rock, les reprises sont souvent différentes de l'original, qu'on cherche à réactualiser. Moi, j'aime l'idée d'avoir un lien avec le passé. Ainsi, sur le dernier album, il y a une version instrumentale de "You Still Believe in Me", un titre du "Pet Sounds" des Beach Boys ; un morceau du répertoire de Louis Armstrong, "Sweethearts on Parade" ; un de la Carter Family, "Oh Take Me Back" ; et le dernier morceau est de Bach.

Comme si tu voulais résumer l'histoire musicale de l'humanité...
J'aime bien cette idée. En fait, tous ces morceaux viennent de mon enfance. J'ai une grande famille et mes parents, frères et sœurs écoutaient différents genres de musique. Ces reprises représentent donc mon bagage musical.

Sur ton album précédent, il y avait une reprise à peine reconnaissable de "Let's Dance".
Ce qui m'intéressait, c'était de faire ressortir le texte, que les choix de production de David Bowie avaient relégué au second plan. Je voulais essayer de mettre en valeur les paroles et la mélodie, et avec elles les sentiments qu'elles véhiculent.

Tu as participé à un "Songwriters Tour". Te considères-tu comme un songwriter au sens traditionnel du terme ?
Oui, je crois. La seule histoire que je connaisse, c'est la mienne. Si un songwriter, c'est quelqu'un qui gagne sa vie en écrivant des chansons, j'en suis assurément un. Après, c'est vrai que certains de mes morceaux sont instrumentaux. Mais les grands compositeurs parviennent à exprimer des émotions très fortes sans le renfort des mots. C'était le cas pour John Fahey, avec juste une guitare. C'est un idéal que j'aimerais atteindre, c'est très stimulant. J'adore la musique instrumentale, les albums de surf music... J'y trouve un mystère plus grand que dans les morceaux avec des paroles. En fait, j'aime les deux. J'ai commencé en composant des instrumentaux à la guitare mais ces derniers temps, je chante de plus en plus.

Tu as une voix assez étonnante. Comment la définirais-tu ?
En fait, je trouve que mon style de chant est presque identique à mon jeu de guitare. (Il réfléchit longuement) Depuis que tu es enfant, tu écoutes des disques et la musique que tu fais est juste le reflet de ça, de ces milliers d'influences emmagasinées. Elles rejaillissent de façon mystérieuse, et c'est pour cela que ça m'intéresse toujours de faire de la musique. Ca peut être quelque chose que tu as écouté la semaine précédente ou quelque chose que tu as entendu quand tu étais petit, par hasard. Aux Etats-Unis, il y a des sortes de brocantes sur des parkings, où des centaines de familles vendent des objets divers : c'est un peu cette idée-là, un grand bric-à-brac. C'est donc difficile de dire exactement d'où ça vient. Comme si je te demandais pourquoi tu parles de telle façon...

Tu faisais partie du mouvement "Vote for Change" avec d'autres musiciens américains. Penses-tu que les artistes ont un rôle politique à jouer, ou qu'ils doivent plutôt se contenter d'interventions ponctuelles ?
L'année dernière, il y avait urgence. De toute façon, je pense que les musiciens, et les artistes en général, doivent s'exprimer sur ce genre de sujets s'ils le souhaitent. Nous ne devons pas laisser les politiciens prendre seuls toutes les décisions importantes. C'est la pire façon de diriger un pays, quel que soit le pays. Qu'on soit artiste, dentiste ou clown, on doit s'unir pour que notre voix porte. Les politiciens ne le feront pas pour nous. Le plus gros problème aux Etats-Unis, actuellement, c'est que les décisions qui impliquent tous les citoyens sont prises par un petit nombre de gens. Avec de tout petits cerveaux.
De manière générale, je me méfie des grosses compagnies. Je me sens plus proche des radios indépendantes que de celles qui acceptent de l'argent des majors pour passer leurs disques, et je suis très content d'être sur un petit label, avec des gens qui font un très bon travail. Je ne ressens pas l'envie, ni ne vois l'intérêt de faire une musique plus commerciale pour plaire au grand public et passer sur de grosses radios. J'aime les vieux disques, les vieilles chansons ; dans l'ensemble, ce qui marche aujourd'hui, ce n'est pas ma tasse de thé.

Propos recueillis par Vincent Arquillière

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