Melmac - Game_02

01/01/2003, par David Larre | Albums |
  • Facebook
  • Twitter
| permalien

MELMAC - Game_02
(Ronda) - [site]

MELMAC - Game_02Les frères Reverter, qui officient sous le nom de Melmac, se sont faits connaître par une musique inspirée, plutôt minimale, dont le spectre s'étend d'une sorte de post-rock instrumental proche de Mogwaï ou de Godspeed à une electronica abstraite et progressive qui n'a rien oublié des leçons de la musique contemporaine (Steve Reich ou les productions du label ECM). Mêlé à divers projets et compilations (dont POPvolume#2), le groupe, décidément aventureux, a décidé de fonder son propre label, Ronda, et produit aujourd'hui son premier album, Game_02, présenté comme une performance improvisée de 36 minutes (enregistrée au Pop In en mai de cette année). L'improvisation semble rimer chez eux avec rigueur, car la cohérence de cette longue plage qui se déroule dans un véritable continuum sonore, sur la base de sons électroniques rudimentaires, de beats étouffés et de bruits concrets, est sans faille. Les sons s'enchevêtrent lentement les uns aux autres, s'effacent, réapparaissent, tissant une atmosphère urbaine, nocturne et trouble, de laquelle émergent, comme des silhouettes dans la brume, des bribes de discours (bulletin radio, extraits d'interviews, compte à rebours) ou les dernières traces du corps humain (bruit de talons sur le pavé, souffle ou pulsations cardiaques). Il ne faut pas croire que le groupe se donne là le rôle réducteur d'un capteur d'effets de surface, leur travail ne consiste pas simplement à donner un équivalent sonore de l'électrocardiogramme ou des caméras de sécurité, il apparaît davantage comme le témoignage distant et fidèle des rumeurs sourdes d'une ville la nuit dont les éclats sont répercutés à différents niveaux de profondeur, selon des indices esthétiques et affectifs qui vont de la sérénité contemplative à la franche angoisse. Souvent très belle, toujours étrange, leur musique ne prend jamais l'auditeur de haut, l'abstraction n'est pas ici un refus de la chair, bien au contraire, elle est une sorte de miroir orienté, selon un processus concerté, de manière à recueillir les reflets les plus incertains, les plus fragiles, du réel. L'expérience se révèle aussi rare que déroutante : oserez-vous la tenter ?

David

Acheter sur Amazon Écouter sur Spotify


les derniers articles


»» tous les articles
»» toutes les chroniques de disque
»» tous les posts du blog
»» tous les CR de concerts et festivals