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merz - interview - POPNEWS Août 2008

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MERZ

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Les médias cherchent toujours le "next big thing" et ils ne s'intéressent pas nécessairement aux ressorties de disque.
Les maisons de disques ressortent tout en mp3 progressivement. Il y a une différence entre sortir un disque parce c'est un classique et le ressortir pour qu'il soit juste à nouveau disponible en magasin. Dans mon cas, c'était la seconde option.

Je pense qu'aujourd'hui, il faut essayer de promouvoir la bonne musique, pas seulement au moment de sa sortie mais de continuer à la promouvoir par la suite. Peut-être seras-tu amené à ressortir certains de tes disques plusieurs fois.
Pour moi, c'est comme aller au casino et jouer à la roulette. Tu mets tout ton argent sur le numéro 37 par exemple, et puis le chiffre ne sort pas, alors tu dois rejouer encore sur le même chiffre si tu y crois... Encore et encore... Le business de la musique me fait penser à cela. Il y a tellement de hasard là-dedans, tellement de variables, souvent culturelles, qui interviennent : l'accueil des gens au moment de la sortie d'un disque, qui est différent selon les pays, l'attitude des jeunes à l'égard de ta musique, etc...

Tu es décrit un peu partout comme un voyageur.
J'ai beaucoup voyagé lorsque j'étais jeune. Je ne suis pas un voyageur comme on imagine, le type qui se baladerait avec un sac sur son dos. Mais je me suis pas mal baladé pour découvrir les musiques provenant de différentes cultures. Par exemple, j'ai traversé 18 pays en Afrique.

Comment te débrouillais-tu pour voyager? Tu n'avais pas de métier à temps plein ?
Je n'ai jamais eu de métier fixe. Mes parents et ma famille sont tous musiciens, comédiens donc j'ai toujours été habitué à ce système de vivre en artiste free-lance. J'ai fait des tas de choses différentes. J'ai joué dans tout un tas de groupes différents et dans différents pays. C'était intéressant d'arriver dans un pays et de laisser son passé derrière soi.

On entend des échos de musique malienne, des rythmes africains dans ta musique.
Ce qui m'a marqué, c'est mon expérience avec des musiciens du désert de Calahari. Je leur ai rendu visite plusieurs fois et j'ai écouté pas mal leur musique. Mais je pense que ces influences sont assez inconscientes car je n'ai jamais essayé de faire un disque de world music.

Quand j'écoute le dernier Radiohead, "In Rainbows", j'entends pas mal d'influences africaines ou sud-américaines.
Je ne l'ai pas remarqué personnellement, mais c'est fort possible, il y a tellement d'influences à l'intérieur de leur musique. On entend pas mal d'influences jazz dans la façon de jouer du guitariste, par exemple.

Tu te sens proche de quels artistes ?
Je ne saurais te dire. J'espère juste n'être proche de personne ! J'écoute pas mal de musique. J'ai été dans un magasin en Angleterre l'autre jour qui vend des bouquins, DVD et CD et je me suis interrogé en sortant du magasin, "Tiens ! Mais je ressors de là uniquement avec des bouquins". Alors, même si la musique est très importante dans ma vie, comme dans celle de beaucoup de gens, peut-être que ces jours-ci, je considère les mots, la littérature plus sérieusement que la musique.

Y a-t-il des artistes qui t'influencent ?
Trop pour en mentionner juste un ou deux. J'essaye d'être ouvert au maximum.

Tu as choisi un titre en français pour ce nouvel album "Moi et mon Camion". Pourquoi avoir choisi ce titre ?
J'ai du bouger plusieurs fois ces dernières années pour des raisons personnelles. Pour ces déménagements, j'ai fait appel à des gars qui avaient un gros van avec écrit dessus "Moi et mon Camion" en écritures jaunes. J'aimais beaucoup l'esthétique de ces lettres. Il y a mille ans, beaucoup d'anglais apprenaient le français. Comme je voulais faire un disque très "anglais", j'ai pensé que cela pourrait être une bonne référence à l'histoire et aux racines de l'Angleterre.

Dans tes précédents disques, on se sentait perdus dans une jungle de paysages, urbains ou non. Avec ce nouveau disque, on imaginerait presque un feu de camp, quelque chose de plus posé.
Je voulais quelque chose de plus calme, apaisé, de plus aéré et de plus simple, de plus "installé".

Les paroles parlent de tes précédents voyages ?
Non, elles parlent plutôt de ce que je ressentais au moment de l'écriture du disque. C'est un mélange de quelques petits ingrédients autobiographiques noyés dans une grosse part de fantaisie et d'imaginaire.

Il y a beaucoup de musiciens sur ce nouveau disque, dont certains sont assez connus. Cependant, je pense deviner que tu as plutôt choisi de travailler avec des amis car leurs univers musicaux sont assez éloignés du tien.
Je voulais utiliser des gens avec qui j'ai des bonnes relations et qui partagent avec moi des valeurs de générosité et d'ouverture d'esprit, des gens qui se respectent et s'apprécient mutuellement. Il y a les Earlies, Charlie Jones qui joue de la basse avec Goldfrapp, Clive Deamer, le batteur de Portishead. On entend aussi ma femme et ma sœur qui chantent sur le disque. Il n'y a pas eu de collaborations pour lesquelles j'ai du prendre mon téléphone et dire "Hello, je suis Merz, voudriez vous jouer sur mon disque ?". Tout s'est fait naturellement avec des amis.

Cet album sonne très convivial. Comme une invitation.
Merci. C'est vraiment ce que j'ai essayé de faire. J'ai voulu rayer de ce disque tout un tas de mots de mon vocabulaire : le professionnalisme, la mode, l'ambition, l'ego, l'argent et tous ces trucs là !

Propos recueillis par ludochem

A lire également, sur Merz :
la chronique de "Loveheart" (2006)