Miossec - Interview

28/09/2011, par Jean-Charles Dufeu | Interviews |
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On vous avait prévenus avant l'été : contre toute attente Miossec est sympa. Il est aussi un peu bavard une fois lancé. Mais de là à être heureux, n'exagérons rien. Sans traduction aucune, l'interview ci-dessous se propose de retracer tels quels, ou peu s'en faut, les propos du Brestois le plus rock de France. Il fallait parfois tendre l'oreille pour saisir tous les accents de la voix discrète et douce du chanteur, mais en réécoutant les bandes, on se rend d'autant mieux compte de la simplicité avec laquelle le monsieur accueille l'exercice de la promo, courtois, avenant et poli au point où on croirait presque à un canular. Mais non. Sympa on vous dit !

Miossec

On s'est rencontré il y a une quinzaine d'années après un concert à Rennes, au Tabord. J'étais un ado un peu groupie à l'époque, et on s'était introduit de manière un peu cavalière dans votre loge pour vous serrer la main. Vous aviez l'air assez surpris et plutôt gêné. Aujourd'hui, vous êtes plus habitué à ce genre d'attitude de fans, vous y avez pris goût peut-être ?
Non, pas du tout. C'est toujours l'incompréhension. Avec l'âge, on a peut-être aussi une tendance à ne plus comprendre… On voit que les gens sont très intimidés, mais je trouve ça toujours très surprenant. Pour moi, il n'y a aucune raison. Mais comme j'ai un gros fond de timidité, je peux comprendre. Cela dit, ça reste à un niveau raisonnable. Ça n'a jamais été délirant. C'est l'avantage de ne pas être énorme.  

Toutes proportions gardées, parce que sur la scène française, vous êtes tout de même reconnu…
On va se tutoyer peut-être. Cela dit, je trouve ça agréable le vouvoiement, c'est vrai qu'on perd l'habitude, dans ce genre de milieu… Mais j'aime beaucoup le vouvoiement finalement, c'est assez agréable à manier en plus. Mais, tu peux me tutoyer quand même. 

Allons-y. Pour reprendre ce que je disais, tu occupes quand même une place plutôt privilégiée au sein de la scène française, qu'on pourrait appeler indépendante. Ça ne fait peut-être pas de toi quelqu'un d'énorme comme le serait une figure de la variété, mais tout de même… Non ?
Je n'ai jamais voulu faire partie de la variété. L'objectif numéro 1, ça n'a jamais été de vendre des disques, ni gagner beaucoup d'argent, c'est peut-être ce qui fait la différence. C'est pas si facile de distinguer la variété du reste cela dit. Il y a plein de chanteurs de variété qui ont une certaine éthique et une recherche. Je pense à Biolay par exemple, qui est un chanteur que j'aime bien. Je comprends ce qu'il essaie de faire. D'ailleurs sa place dans la variété est discutable. Il y a d'autres gens dont je comprends très bien ce qu'ils veulent faire aussi, mais c'est justement plaire au plus grand nombre.

Au début de ta carrière, tu avais cette image d'un artiste torturé, instable, tourmenté. Ça me semble moins être le cas aujourd'hui.
C'était vraiment de l'extérieur en fait. C'était pas une pose pour autant. Ça aurait été très fatigant (rires). Mais ce qui pouvait passer de l'extérieur comme une attitude torturée, de l'intérieur c'était une franche rigolade. Pour moi tout ça était une aubaine. Je n'avais jamais envisagé que ça puisse arriver et jamais je ne me suis dit que ça allait durer. C'est vrai que les premières années, j'en ai profité à fond. Avec une bande de copains, on était des fous furieux. Justement parce qu'on n'avait pas de plan d'avenir. C'est assez fabuleux de pouvoir se payer une crise d'adolescence à trente balais. En ayant connu le monde du travail et tout ce que ça implique. Là, il n'y avait pas de patrons, pas de trucs. C'était très fuck fuck (sic). 

Ce rapport-là a un peu changé ? Vis-à-vis de PIAS notamment ?
Oh, non ça je m'en fous. (Rires). Comme c'est moi qui fais mes disques, je me considère comme mon propre employeur. Vu que les disques vendaient plus que les sommes investies, il n'y avait pas de comptes à rendre à qui que ce soit. C'était le maître mot en fait. Parce que pour moi la musique c'était un moyen de quitter le monde du travail. Et la musique c'était le seul moyen fiable d'arriver à ce type de liberté. Et avec cette liberté-là, il était hors de question de transiger. C'est plus le monde du travail qui m'a poussé à la musique, plus que l'attrait de la musique en soi. Le fait de ne pas supporter l'autorité me faisait penser que professionnellement, je n'avais pas beaucoup d'avenir. Il fallait bien trouver une solution.  

Tu disais tout à l'heure que tu n'as jamais eu l'objectif de vendre des millions de disques.
Ni même 500 000 en fait (rires).  

Ce qui aujourd'hui serait un score honorable de fait. D'après ce que je comprends en tout cas, à l'époque, vous étiez dans une sorte d'impulsion, sans plan vraiment réfléchi, sans objectifs définis. Est-ce qu'aujourd'hui, après huit albums, après une carrière déjà assez longue et reconnue, il y a plus un sens,  ou une direction à suivre ? Par rapport à la relative anarchie des premiers mois ?
Ouais, maintenant, je serais vraiment dans la merde si je retournais sur le marché du travail. Ce serait vraiment une catastrophe. Donc en fait, il faut essayer de se prémunir de tout retour trop brutal à la réalité. 

Et tu serais dans la merde parce que foncièrement tu ne te sens pas appartenir à ce monde-là ? Ou parce que le renoncement à la musique serait trop dur ?
C'est pas la musique qui me manquerait. J'ai plus un rapport à l'écriture qu'à la musique. Je prends une guitare ou un piano quand je dois composer une chanson. Mais c'est toujours fonctionnel, je n'ai jamais pris un instrument strictement pour le plaisir. 

Tu commences à écrire des textes pour d'autres noms de la chanson française, et même de la variété. Tu as écrit pour Axelle Red notamment. Est-ce que ce genre de travail pourrait se suffire à soi-même à terme ?
C'est quand même excitant de faire un disque. Ce qui est fabuleux c'est qu'il y a quelques années, j'aurais été stressé, c'est sûr, à l'idée de voir le disque sortir. Mais là, le fait de travailler énormément à droite à gauche, ça permet de relativiser énormément. Si le disque se ramasse, c'est pas grave, parce que je n'aurai pas de fins de mois difficiles malgré tout. Donc là, on parle encore boulot quoi ! (Rires…) 

Oui, c'est un peu l'objet de cette petite session. Maintenant ça fait un peu plus de quinze ans…
Que miraculeusement, ça continue… (Rires). 

Est-ce que tu perçois une évolution dans la façon dont tu composes, tu écris ?
J'ai le même goût toujours pour les mêmes écrivains. C'est d'abord l'économie maximale de style, être le plus condensé possible. Pas de faire de la poésie à deux balles. D'avoir une sorte de rigueur sur l'écriture.  

En écoutant le nouvel album, et en réécoutant les précédents, j'ai été frappé par la récurrence de certains mots, de certaines sonorités, sur plusieurs disques. Les textes gardent une certaine habitude, alors que la musique a tendance à beaucoup plus changer d'un album à l'autre.
Oui, c'est réduire un peu le champ du dictionnaire en fait. Pas faire le malin avec certains mots. C'est la contrainte de ne pas avoir un vocabulaire trop riche, qui serait déplacé. Il y a tout un vocabulaire qui serait déplacé. 

Sur le nouvel album, j'ai noté un vrai goût pour la répétition dans les textes, il y a quelque chose de très cyclique, parfois assez répétitif dans une chanson, la façon dont tu utilises le refrain… Est-ce que ça participe de cette volonté de faire dans le restrictif, de réduire le texte à son essence, à ce qu'il a de plus rachitique ?
Oh, oui. (Il hésite). Pour la première chanson "Tout a déjà été dit, personne n'écoute", à la limite, cette phrase se suffit en soi. J'aurais bien aimé la répéter pendant toute la chanson. J'ai hésité. Et puis finalement, j'ai fait autre chose. Mais c'est vrai que très souvent, quatre phrases suffisent. 

Oui, c'est d'ailleurs le message de ta "Chanson protestataire", où quatre vers suffisent. Mais bizarrement, il y a beaucoup plus de quatre vers dans cette chanson.
Oui, et puis en plus, le message ne tient pas du tout en quatre vers, c'est du foutage de gueule en fait. (Rires). 

Un pied de nez protestataire au sein de cette chanson protestataire ?
Oui, voilà. La chanson se contredit elle-même. Donc bon (rires). 

Et justement, le message final, chuchoté très discrètement, sur le système bancaire, est-ce de la pure ironie ?
Oh non, c'est le vrai message. Mais ce qui me faisait marrer c'est que ça arrive après un paquet de merdes, à la fin. Il n'y a même plus de musique. Non, il y a de l'ironie mais c'est vraiment ce que je pense. L'ironie c'est plus dans la forme. Le fait de mettre ça à la toute fin. Et puis comme il y a tellement d'ironie avant, on n'arrive pas à prendre au sérieux le message de la fin. Alors que pour moi, il est extrêmement sérieux. (Rires) D'ailleurs je voulais que ce soit encore moins fort. Je voulais que les gens entendent un chuchotement au fond et soient obligés de monter le volume de leur sono. Mais ça ne faisait rire que moi et ça énervait tout le monde, donc on a coupé la poire en deux.  

Miossec

Et en ce qui concerne ta façon de chanter, est-ce qu'il y a eu une évolution selon toi depuis le début de ta carrière ? Et si oui, dans quel sens ?
Je me suis rendu compte que je prends vraiment plaisir à gueuler en concert. C'est vraiment énorme comme plaisir et c'est affolant de voir ce que ça donne en studio. Quand tu gueules sur bandes, c'est catastrophique. C'est horrible. On avait fait des versions des morceaux où on jouait en live et je braillais vraiment. Mais ça fait vraiment poivrot en train d'éructer au bout du comptoir. C'est chiant, j'aimerais vraiment bien pouvoir gueuler plus comme ça sur album. Mais c'est bien qu'il y ait les concerts qui arrivent pour ça. C'est deux métiers différents. On peut brailler en concert, ça a de la pertinence. Mais sur disque… 

Pour moi, le côté un peu monocorde du chant va un peu dans le même sens que ce que tu disais pour le texte. Il y a un côté très ramassé. Jamais vraiment d'éclats ou d'envolées. Je me trompe peut-être, mais j'ai le sentiment que c'était un peu moins le cas sur les tout premiers albums. 
Sur les premiers, j'entends un gamin qui chantait. J'aimerais pas rechanter comme ça. Les gamineries mélodiques, bon… Non, ce que j'aimerais bien vraiment, c'est gueuler sur un disque, faire du braillard.  

Ce qui impliquerait de changer la musique ?
Pas forcément, parce que sur le nouvel album, la musique est déjà plus brute. Pour "Chanson pour un Insomniaque", j'avais fait une version où je braillais, et ça ressemblait à de la musique industrielle.  

D'ailleurs, dans les choeurs, il y a souvent des gens qui braillent, il y a ce côté viscéral, qui compense un peu le chant très ramassé au premier plan. 
Oui, c'était l'idée. D'avoir des choeurs dans le fond qui gueulent. Mais qui chantent pas en français. Juste des notes.  

Cet album-là semble effectivement plus brut…
Il y a des gens qu'aiment pas du tout, j'adore. (Rires) 

Et c'était une note d'intention pour toi, ce type d'enregistrement ? 
Ouais. Je voulais vraiment pas faire de chanson française, comme ça a été fait depuis le début. Aujourd'hui, on se retrouve avec que de la variété partout, même ce qu'on considère comme des groupes respectables. Il y a plein de chanteurs que je déteste aujourd'hui. Pour moi c'est de la soupe et de la variété. Donc pour moi, c'était hors de question de faire ça. Comme pour le premier disque en fait.  

D'ailleurs, il avait ce côté brut aussi, même s'il était acoustique.
Oui, mais c'était une catastrophe comment il a été accueilli. Il y avait les Inrocks qui étaient derrière. Mais autrement, dans le monde de la chanson française, on a été complètement grillés avec cet album.  

Ça a quand même été un certain succès public.
Oui, mais malgré toute cette critique négative. Pour les gens de la chanson française, c'était n'importe quoi, ce disque. Il n'y avait que le public rock qui comprenait un peu cet album. 

J'ai parfois l'impression que tu as un regard tendre et un peu nostalgique sur cet album, Boire, qui me semble, à t'entendre ou te lire dans d'autres interviews, comme un coup d'éclat d'entrée de jeu. J'ai eu le sentiment parfois que tu cherchais à reconquérir cette spontanéité des premiers moments, tout au long des disques suivants.
Ah non. Non, c'est impossible à retrouver. Il faut pas la chercher je crois. Quand j'ai fait Boire, je revenais de la Réunion, j'étais complètement à la rue. J'avais pas d'endroit où dormir, c'était vraiment… C'était la dernière chance avant de repartir dans l'Océan Indien. Il n'y avait pas une volonté précise de faire de la musique. C'était juste… la dernière bouée de sauvetage. Ce genre de contexte, tu peux pas le retrouver. 

Tu as un discours volontiers auto-critique sur tes albums passés…
Oui, ben heureusement. 

Peut-être, mais ce n'est pas si courant que ça non plus. En tout cas, j'avais le sentiment que Boire était un peu l'album sauvé des eaux, dans cet océan d'auto-critiques.
Ah ouais, oui, pour ça. Parce que pour moi c'était inespéré. 

Miossec

Sur le nouvel album, en quoi est-ce qu'on a des Chansons Ordinaires ? Est-ce que c'est une petite coquetterie ce titre ?
Non, c'est pour plagier Perros, qui a écrit "Une Vie Ordinaire". Puis comme je suis copain avec son fiston… Et puis une chanson ne peut être qu'ordinaire quoi. Ou alors c'est extraordinaire et ça devient "Le Bal des Laze", de Polnareff.  

J'aurais été tenté d'y voir là encore une marque d'ironie. Ou peut-être une façon de se dédouaner par avance face à la potentielle critique, une façon de dire, je ne cherche à rien faire d'extraordinaire, mes chansons sont à prendre comme telles, que ça vous plaise ou non. 
Non, pas vraiment, parce que quand on fait un disque, il y a toujours de la prétention. Tu fais pas ça à la légère. Il y a une part d'orgueil à vouloir faire de la musique, monter sur une estrade… C'est vraiment pas un boulot normal. Non, appeler ça "Chansons Ordinaires", bon. Le boulot que tu passes dessus, tout ça, c'est pas ordinaire. Mais dans les textes, oui, par contre là, ça colle. Toutes les paroles sont ordinaires. Là-dessus ça marche. 

Et cette idée d'avoir un tracklist très linéaire, chaque titre étant "Une chanson X", "Une chanson Y", ça t'est venu en cours d'enregistrement, ou c'était également prémédité ?
Non, ça me faisait marrer de voir se superposer tous ces titres. Et le fait que ce soit un disque qui rentre un peu dedans, un peu brut, justement, tout le clergé qui détient le bon goût de la chanson que je ne supporte pas, c'était aussi une façon de les emmerder un peu. C'était une façon d'affirmer que c'était des chansons, et pas du rock ou je ne sais quoi.  

Parfois les titres sont presque plus explicites que les textes eux-mêmes. Je pense notamment à "Chanson pour un Fait Divers" à nouveau, dont les textes, hors contexte, sont très évasifs. 
Ouais, on comprendrait pas la chanson, sans le titre. Donner des titres très clairs, ça rend les chansons explicites, et c'est pratique en fait. Je ne me suis rendu compte de ça qu'après. Ça pose le sujet quoi. Sur cette chanson, je me suis dit seulement après coup que c'était bien d'avoir ce titre. Et j'étais content d'avoir cette chanson qui explique rien du tout aussi.  

Oui, c'est un peu le contraire d'un fait divers cette chanson, puisqu'elle raconte tout sauf le fait. Justement, qu'est-ce que tu as gardé de ton ancien boulot de journaliste, en tant que parolier notamment ?
Ouais, mais j'ai fait plein de boulots en fait. Les gens se souviennent souvent de moi en journaliste parce que c'était le dernier boulot en date que je faisais avant de me mettre à la musique. Ben non, depuis que je suis gamin, je suis un bouffeur de journal, quoi. J'ai toujours eu cette tendance. C'est ce qui me nourrit le plus en fait. Plus que la littérature. Le problème c'est qu'il n'y a plus beaucoup de risques dans l'écriture journalistique. Il y a une tendance à faire moins de style qu'à une époque. Le maître pour moi c'était Philippe Garnier. Je peux noter les références d'un bouquin qu'il a fait sur le journalisme. (Il prend mon carnet et note "Grover Lewis à Rolling Stone"). C'est un bouquin très drôle.  

Et est-ce que tu as d'autres figures tutélaires de ce type qui t'influencent pour les paroles ? Je me souviens qu'au début de ta carrière tu citais souvent Brel en modèle. 
Au niveau des paroles, oui, c'est assez monstrueux. Ah oui, comme un modèle. Mais surtout pas à copier. C'est fabuleux ce qu'il fait, je suis toujours admiratif. Mais tout en sachant très bien qu'il faut surtout pas mettre un pied sur son terrain. Il y en a plein qui ont essayé, et c'est ridicule. C'est marrant parce qu'avec les années, j'ai eu l'occasion de travailler avec Gérard Jouannest, qui était son pianiste. Du coup j'en ai appris des tonnes sur Brel. Des histoires assez drôles. Comment il pissait dans les pianos désaccordés, des trucs comme ça. Des trucs super rassurants. C'était un fou furieux quoi. Aujourd'hui il suffit de pas grand-chose pour passer pour un dingue. Moi je suis catalogué comme un mec incontrôlable, mais c'est vraiment du pipi de chat à côté. L'époque s'est tellement normalisée… Pete Doherty a complètement pigé tout ça. C'est affolant. 

Et toi tu considères que cette réputation est complètement usurpée ?
Non, pas du tout. (Sourire) Quand tu fais de la chanson tu es une caricature de toute façon. Tu as plein d'autres vies. Heureusement. Ta vie en tournée, ce n'est qu'une petite partie, peut-être que 10%. Il en reste 90% à vivre (rires).  

Est-ce qu'avec les années, les albums, l'expérience, les rencontres, tu vas vers une certaine forme de sérénité ?
Non, non. Non parce que, plus tu fais d'albums plus la répétition devient dangereuse. Moins on a de choses à dire. L'expérience c'est ce qu'il y a de pire.  

Je comprends que l'avenir soit angoissant, mais est-ce que tu n'éprouves pas une certaine fierté en portant ton regard sur le passé, ta carrière jusqu'ici ? 
Non, ça c'est pas possible. J'écoute n'importe quel morceau, je saute sur l'appareil pour l'arrêter tout de suite. Non, je peux pas écouter ce que j'ai fait. Je perçois des trucs pas bien. J'entends tout ce qu'on aurait dû modifier. Non, t'arrives pas à te reposer et te dire "c'est cool". Ça arrive quand tu écris pour les autres. Là, c'est des vrais shoots de plaisir, quand t'entends tes paroles dans la bouche de quelqu'un d'autre et que ça marche. Là par contre c'est gratifiant. Et là tu peux réécouter sans problème. (Rires) 

C'est une nouvelle carrière qui t'attend alors.
Ouais. C'est pas mal. Tu es à la maison, tu écris, c'est bien ça. Après, la scène reste un truc dont il faut pouvoir se sevrer. C'est au niveau chimique en fait. Le corps s'habitue au trac et tout ça. C'est pas psycho mais purement physique. Tous ces shoots et ces descentes, ça devient vital. C'est pour ça que tous les chanteurs qui arrêtent paraissent déprimés. C'est vrai qu'ils le sont, mais pas forcément parce qu'ils ne montent plus sur scène, c'est parce que leur corps n'a plus ces shoots. Comme les sportifs qui se mettent à cloper comme des malades et à faire des abus, parce qu'il y a un manque à combler.

Bon, eh bien il ne me reste plus qu'à te souhaiter que ça continue en ce cas, pour éviter ça. 
Ce qui est bien c'est que c'est toujours indépendant de sa volonté. (Rires). Le jour où ça marche plus, t'es viré comme un bon à rien et puis voilà. 

Photos de Maéva Pensivy

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