Jean-Louis Murat - Interview

01/09/2004, par V | Interviews |
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JEAN-LOUIS MURAT

Comment l'idée est venue de faire un album à trois ? Et pourquoi faire apparaître vos trois noms (Jean-Louis Murat, Fred Jimenez et Jennifer Charles) sur la pochette ?
J'y tenais. Au début on voulait prendre un nom de groupe, mais c'était mieux de capitaliser sur mon nom. Il faut faire passer des messages simples sinon les gens n'y comprennent plus rien. Donc ça s'est fait à trois. En tournée, Fred m'a fait écouter ses musiques et, petit à petit, j'ai écrit des textes. Quand on en a eu douze on s'est dit : "tiens, on va faire un disque". Et comme dès la première chanson je pensais à un duo bilingue et que Jennifer pouvait être dans le coup, toutes les chansons se sont écrites en pensant à elle. Elle est ensuite venue enregistrer. En deux prises c'était torché. On a travaillé à parts égales, d'où les trois noms. Fred a écrit les mélodies, les arrangements, la production. Moi, les textes.

L'album sonne très pop. C'est gai, enlevé. On entend des chœurs à la Beach Boys...
Fred : Certainement. Stéphane Prin, l'ingénieur du son, y est aussi pour beaucoup. On voulait un résultat simple et frais, sans artifices.

Jean-Louis, encore une collaboration avec une femme. On se souvient de l'album avec Isabelle Huppert...
J'ai aussi chanté avec Mylène Farmer, Holden, Marie, Camille. C'est extra de chanter avec des filles et je ne compte pas m'arrêter là. Comme j'aime bien le langage amoureux, j'aime écrire des chansons à deux voix, avec une partie pour les filles. C'est assez intéressant d'écrire au féminin... Mais ce sont des amies, aussi.

Il est beaucoup question d'amour dans cet album. Dans les autres aussi, d'ailleurs.
Qu'est ce qu'il y a d'autre sur Terre ? L'amour, je ne connais que ça. L'amour au sens large : l'amour des enfants, du soleil, des oiseaux, des femmes... Le plaisir de boire, de s'envoyer en l'air. Amour, plaisir, désir : c'est ma matière. Le reste, je ne sais pas.

Tu sembles apprécier le mot même d'"amour".
Oui. Je n'ai pas peur de dire je t'aime, je ne suis pas du genre pingre pour faire des déclarations. Je suis très libéré, je peux parler d'amour pendant des heures. Et je ne peux pas passer une journée sans être amoureux.

Jean-Louis Murat


Avec Jennifer Charles, ça ressemble effectivement à une histoire d'amour...
Ah ben... C'est bien normal, mais c'est plus de la courtoisie. On peut faire un écrin pour une femme sans obligatoirement avoir une histoire avec elle.

Fred : Jennifer est très sensuelle...

Jean-Louis : Faudrait être en pierre pour pas tomber amoureux d'elle. En tout bien tout honneur. Elle est adorable et quand tu la connais, tu l'adores. Elle est anachronique, décalée, on dirait une héroïne d'un roman du 19e siècle. Elle a quelque chose comme ça, de pré-raphaélite. Elle évoque une mythologie aquatique. C'est Ophélia qui descend une rivière et on entend chantonner.

La dame du lac...
Bien sûr. Ou alors la reine des prés, la "queen of the meadow", qui pousse les pieds dans l'eau. Toujours cette sensualité de l'eau. D'ailleurs elle est coulante, elle coule (Fred Jimenez opine du bonnet). C'est une rivière figée par instant et qui reprend son cours. Tu ne sais jamais où elle est. Elle a une dimenson poétique étrange, fascinante, d'un autre temps. Oui, elle est passionnante.

N'est-ce pas difficile de travailler avec quelqu'un d'aussi fascinant ?
Non car elle est très pro. C'est ça, les New Yorkais. Elle est prête à faire des répètes, à tout contrôler, à venir longtemps à l'avance pour la moindre télé française. Pas un artiste français n'est aussi pro.

Fred : Elle est aussi très exigeante. Tu ne peux pas lui proposer n'importe quoi. Elle nous tire vers le haut.

Jean-Louis : Des fois elle nous faisait sa petite moue : "Mmmh... J'ai pas envie de le chanter". Mais elle est très polie. Et sa présence nous obligeait à une certaine tenue.

Un que tu n'aimes pas, c'est Johnny Hallyday, le "Johnny Vacances" raillé sur "Mashpotétisés".
C'est une blague, c'est pas méchant ! Mais c'est vrai que les Français pensent qu'Elvis Presley a tout piqué à Johnny Hallyday ! Dans l'inconscient collectif français, la Tamla Motown a tout piqué à Claude François. Il y a un côté comme ça, ici (rires)

Fred : Il y a une malhonnêteté à ne pas dire que certains succès français sont des adaptations. "Les Champs-Elysées" de Joe Dassin, on croit que c'est composé par Pierre Delanoé, alors que c'est une reprise d'un Anglais.

Jean-Louis : Et voilà ! C'est typiquement français de penser qu'on a tout inventé. Ça doit venir du colonialisme.

Qui a signé la pochette ?
Deux illustratrices belges. Le cahier des charges, c'était de faire comme dans les pubs des compagnies aériennes des années 1960.

Vous en êtes contents ?
Ouais.

Fred : Très ! Surtout après avoir vu les propositions de pochettes qu'on nous envoie, avec d'autres groupes...

Jean-Louis : Les nanas n'avaient jamais fait ça avant. L'une fait des livres pour enfants et l'autre est prof. J'aime bien faire bosser les artistes sur d'autres choses que leur créneau.
Avec son côté BD, la pochette n'a pas de continuité avec celles d'avant...
Oui, mais c'est bien d'avoir des pochettes qui ne soient pas toutes semblables.

Fred : On ne voulait pas non plus tomber dans le pastiche absolu des années 1960. C'est comme la musique : il y a des réminiscences, mais ça reste actuel.

Jean-Louis : Les grands disques ont des pochettes parfaites. "Let it be"... Le contenant doit coller avec le contenu.

On dirait que l'album a été composé comme une histoire, avec un début, un milieu et une fin.
Mmh, oui... C'est une expérience sur 12 chansons. C'est un peu : "une Américaine à Paris", mais on n'a pas cherché le concept à outrance.

Tu dénonces le piratage sur Internet. Tu as même traité les internautes de "voleurs de poules".
Je le pense toujours. Tu vas voir ce que vont dire les gens du cinéma quand ils vont couler... Les choses ont un coût. Certains journalistes disent "la musique devrait être gratis". OK, alors les journaux devraient être gratis. Les raisins et les pommes n'ont qu'à être gratis aussi, et les chambres d'hôtel aussi ! Il faut bien qu'on vive.

Fred : c'est vrai que les CD sont chers mais les places de ciné aussi...

Jean-Louis : Attends, à la Bourboule en juin, t'avais trois kilos de cerises pour le prix d'un CD. Place de la Bastille, un double café, deux tartines et un jus d'orange, c'est le prix d'un CD. Faut quand même pas exagérer !

Mais le web ne peut-il pas donner leur chance à des petits groupes qui n'en auraient aucune auprès des maisons de disques ?
On a fait ça avec les Rancheros, on a fait de la pub, on est passés sur Inter. Résultat, on en a vendu 250. Tu peux vivre avec ça, toi ? Les Rogojine ont fait comme ça aussi. Ça n'est pas viable.

Tu ne veux plus te faire photographier, paraît-il ?
Oui, je trouve aussi que c'est une arnaque. J'ai tellement fait de séances photos avec des mecs qui me faisaient chier pendant trois heures à 10 000 balles la séance. Et à la fin, il n'y avait rien de potable. Alors je fais tout moi-même. Je fais des polaroïds, ça me coûte 10 balles. Et je fais les pochettes à la maison. Avec les nouveaux contrats d'EMI, tout est divisé par deux : frais de pochette, frais de mix... Divisés par deux ! Alors puisqu'il faut réduire les coûts, je réduis les coûts.

Ah, je pensais que les autoportraits au polaroïd, c'était une démarche artistique...
Bien sûr, il y avait aussi une dimension artistique. Mais moi au départ, je voulais travailler avec des bons photographes, comme dans les magazines de mode. Mais ça coûte la peau du cul. Il faut les faire venir en avion en première classe, à 30 000 balles la séance, pour acheter deux photos à 10 000 balles. Alors je me sers de mes polaroïds. Ce que je faisais à un usage perso et privé, je m'en sers pour mes pochettes. Et ce que j'économise sur les pochettes, ça nous fait deux jours de plus de mix.

Bien. Mais moi, j'ai besoin d'une photo pour l'interview. Alors, on fait comment ?
Je t'enverrai une photo...

(Lui tendant un appareil photo numérique). Et si tu prends la photo toi-même ?
Non, non, je ne marche pas !

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