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NERVOUS
CABARET
[page précédente]
Quelles
sont selon vous les principales évolutions entre
le premier et le deuxième album ?
Fred : il y a eu plus de travail sur les cuivres.
Nous étions quatre musiciens cette fois-ci, chacun
a écrit des arrangements, nous avons essayé
de nouvelles idées en studio... Nous avions avec
nous Jonathan Delachaux, un clarinettiste genevois, qui
nous a beaucoup apporté. Nous avons doublé
pas mal de parties sur cet album, ce qui nous a permis de
passer d'une petite section de cuivres à un véritable
groupe au son beaucoup plus riche.
Les chansons aussi sont plus complexes que sur le premier
album, moins brutes, plus travaillées, mieux définies.
Les mélodies sont plus claires, plus évidentes.
Pour moi, c'est un grand pas dans la bonne direction, le
groupe a vraiment évolué.
Elyas : on a aussi progressé sur la production.
Tout le monde était au maximum de ses possibilités
et on a vraiment obtenu ce qu'on voulait. On se connaissait
mieux, nos capacités étaient plus grandes
que sur le premier album. Grâce à cela, nous
avons pu faire quelque chose de plus net, de plus resserré.
Ce deuxième album nous a mis en confiance, nous pensons
que nous pouvons aller encore plus loin, défricher
et expérimenter encore.

Comment
sont écrites les chansons ? C'est d'abord toi à
la guitare, puis chacun apporte ses idées ?
A la base, c'est ça. "No Politics No Sex",
"Père Lachaise" et "Les Enfants du
papillon", sur le nouvel album, à l'origine
ce sont des démos que j'ai faites quand j'étais
à Paris, après la sortie du premier album.
J'avais un studio à ma disposition et j'ai tout enregistré
moi-même, la batterie, la basse et la guitare.
Fred était aussi là dès le début,
il m'a donné beaucoup d'idées d'arrangements.
Puis Brian, qui nous rejoindra pour la tournée, est
venu travailler avec nous. A ce stade, les chansons avaient
déjà pris forme. Les autres musiciens sont
alors intervenus en écrivant leurs parties et le
disque est devenu ainsi beaucoup plus riche.
Les
arrangements de cuivres sont assez différents d'une
chanson à l'autre. Ca peut sonner klezmer, dixieland,
ska... Vous aviez la volonté dès le départ
de varier les ambiances ?
Oui, absolument. En fait, c'est parce que Don, Sam et Fred
écoutaient beaucoup de disques dans des styles très
divers.
Don : les autres venaient chez moi dans la journée,
alors que j'étais censé travailler, et on
écoutait des choses comme "Soul Makossa",
du jazz dixieland, du swing des années 20 ou des
disques du label Stax. On essayait de rejouer les parties
de cuivres qui nous plaisaient, sur "Père Lachaise"
par exemple. Un peu comme du sampling. On voulait comprendre
comment ils créaient les harmonies, comment ils jouaient
à contretemps...
Elyas : nous étions en studio quand l'un
de mes amis a apporté la collection "Ethiopiques"
complète (anthologie de la musique éthiopienne
des années 60-70, ndlr). On a tous trouvé
ça incroyable, on a écouté ces disques
sans arrêt. Il y a une sorte de plénitude spirituelle,
d'évidence qui se dégage de cette musique,
et qui nous a beaucoup inspirés dans notre façon
d'envisager globalement la nôtre. Quand nous enregistrions,
il y avait de grandes discussions entre nous et avec le
producteur sur certaines parties, les changements que nous
voulions apporter… C'étaient des négociations
incroyables ! Et puis, il y a eu l'arrivée de Jonathan
qui a ajouté des parties de clarinette. C'est l'un
des musiciens les plus remarquables que nous ayons rencontrés.
Il est également peintre et il était à
New York pour une expo. Nous l'avons kidnappé et
forcé à jouer, et il en est sorti quelque
chose de vraiment très bon ! (rires)
Tu
as passé quelques mois à Paris après
la sortie du premier album. Pourquoi ?
C'était normal que je reste ici car notre label,
Naïve, est en France. C'est vrai aussi que nous fantasmions
tous sur la ville. Moi, c'est depuis que j'ai lu Henry Miller
! Bien sûr, Paris a beaucoup changé depuis,
mais elle a gardé son pouvoir d'attraction. Et puis,
vu que je me sens responsable du groupe, je voulais surtout
savoir comment fonctionnait une maison de disques, qui fait
quoi, combien il y a d'étages... Je venais embêter
tout le monde, je frappais aux portes, "Salut les gars,
tiens, salut Patrick Zelnik (le boss de Naïve, ndlr),
comment ça va ?" Patrick Zelnik m'a dit qu'il
aimerait qu'il y ait plus de gens comme moi dans les groupes,
qui viennent à sa rencontre... Ce serait bon pour
les groupes, et bon pour les affaires. C'est sûr,
parfois je dois emmerder les gens à fourrer mon nez
partout, mais bon, je me fais des amis facilement, c'est
un don ! (rires)
Par ailleurs, j'étais bien content de sortir de Brooklyn
! Je suis allé dans un studio, c'était vraiment
bon marché, 5 euros de l'heure, et je me suis dit
qu'il fallait en profiter pour avancer. J'étais inspiré
et je me disais que j'allais pouvoir retourner à
New York avec des choses à faire écouter aux
autres. Je ne voulais pas rentrer les mains vides.
D'où
vient l'inspiration pour tes textes, qui ressemblent parfois
à de l'écriture automatique ?
C'est très varié. "Les Enfants du papillon"
est le portrait d'une personne que j'ai tenté d'écrire
avec les mots les plus simples possible. "Sleepwalkers"
est une autre étude de caractère. Dans mon
esprit, c'est une conversation avec l'imagination de Max
Ernst, ou avec sa peinture. J'aurais du mal à expliquer
ce que ça signifie vraiment. Je crois qu'il y a des
choses très immédiates et d'autres qui demandent
plus de temps pour être comprises. J'ai tendance à
écrire des textes de plus en plus "disloqués",
c'est vrai. Mais un jour, j'écrirai quelque chose
que tout le monde comprendra du premier coup. Je ne sais
pas encore quand, mais je le ferai !
[suite]
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