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NERVOUS
CABARET
[page précédente]
Tu
parlais de Max Ernst. Tires-tu ton inspiration d'autres
disciplines artistiques, le cinéma par exemple ?
Absolument. "Asa nisi masa", sur le premier album,
était totalement inspirée par "Huit et
demi" de Fellini. Je trouve que la musique est visuelle,
et j'aimerais bien qu'on intègre davantage cette
dimension dans notre travail, dans les pochettes, les vidéos...
Fred : nous nous intéressons tous d'une
manière ou d'une autre à des formes d'expression
visuelle comme la peinture ou le cinéma. Nous sommes
très impressionnés par la créativité
intense qu'on trouve dans les films de Jodorovsky, par exemple.
"La Montagne sacrée" est un film important
pour nous.
Elyas : la chanson "The Ark" vient de
"L'Arche russe", ce film de Sokourov tourné
au musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg
en un seul plan-séquence qui condense 300 ans de
l'histoire de la Russie. C'est l'un des plus beaux films
que j'ai vus récemment, je n'arrivais pas à
y croire ! Ce qui m'a intéressé aussi, c'est
que Saint-Pétersbourg, comme la Nouvelle-Orléans,
est construite sur un marais asséché. C'est
une chanson d'évasion, qui dit : le monde est tellement
pourri, donnez-moi une arche pour que j'y mette les plus
belles choses qui existent et que je m'en aille.

Vous
aimeriez que certaines de vos chansons soit remixées
?
Oui, beaucoup. "Père Lachaise" ou "No
Politics No Sex" s'y prêteraient bien. Ou des
plus anciennes comme "Mel Gibson" ou "Instant
Lady". Ce serait marrant que des gens comme Diplo ou
Hot Chip fassent ça. Ou d'autres... Ce qui m'intéresserait,
ce serait des remix pour danser en club, mais aussi des
relectures plus abstraites, façon cut-up. C'est sain
de laisser ses chansons aux mains d'autres personnes pour
voir ce qu'ils en font.
Pensez-vous
faire partie d'une scène new-yorkaise ?
Don : non. Bien sûr, nous avons plein d'amis
musiciens, mais sans vraiment faire partie d'une scène.
Je crois que la musique de Nervous Cabaret et la vois d'Elyas
sont beaucoup trop émotionnelles pour les hipsters
new-yorkais ! Nos plus proches cousins sont sans doute Gogol
Bordello, car eux non plus n'ont pas peur d'y aller à
fond.
Elyas : ou un groupe comme Animal Collective. J'aimerais
que nous connaissions la même évolution qu'eux.
Ils peuvent jouer dans des configurations différentes,
devant divers publics, ils expérimentent constamment.
Pour moi, c'est probablement le meilleur exemple d'un groupe
qui ne fait partie d'aucune scène.
Chez certains, ce type d'appartenance n'est qu'un phénomène
de mode. Ma scène à moi, ce sont mes amis
et les gens que je fréquente au quotidien, des gens
normaux, des acteurs, des photographes, des médecins,
des bouchers, des plombiers... Et la plupart se moquent
de savoir ce qu'on fait comme musique.
Comment
expliques-tu que vous n'ayez pas plus de succès aux
Etats-Unis ?
Notre musique est peut-être un peu difficile à
appréhender pour le public américain, mais
nous y travaillons, nous essayons d'entrer en contact avec
des gens qui aiment ce que nous faisons. Notamment sur la
côte Ouest, où nous avons des fans désormais.
Ce sont principalement des gens que nous avons rencontrés
à New York. En même temps, nous aimons venir
jouer ici car nous avons un public, sans qu'on sache vraiment
pourquoi, car je ne pense pas que les Français comprennent
forcément mieux notre musique. Peut-être aussi
que le business fonctionne un peu différemment chez
vous. Pour ce qui est des tournées, c'est le cas.
Mais j'aimerais aussi aller jouer en Indonésie, à
Bali...
En attendant, nous allons tourner avec le groupe complet
jusqu'à la fin de l'année, puis avec une formation
allégée en espérant gagner un peu d'argent
pour le réinvestir dans le groupe. C'est vrai que
la situation est un peu étrange : j'ai grandi à
Londres et j'habite à New York, mais pour l'instant
nos disques ne sortent ni en Grande-Bretagne, ni aux Etats-Unis.
C'est comme si un chanteur français ne sortait pas
ses disques en France !
Interview
et photos par Vincent Arquillière
Merci à Naïve
A
lire aussi :
La
chronique du dernier
album
La chronique du premier
album
Une précédente
interview d'Elyas Khan
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