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THE NEW PORNOGRAPHERS

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Vous vous êtes déjà produits à Paris ?
Je crois que nous avons joué une fois, mais je ne me souviens plus dans quelle salle.

A part Destroyer et Broken Social Scene, vous sentez-vous proches d'autres groupes canadiens, ou plutôt isolés à Vancouver ?
En fait, je ne suis plus à Vancouver, j'habite Brooklyn depuis un an et demi. Mais nous gardons des liens avec les groupes de Vancouver : Destroyer, bien sûr, Black Mountain ou Frog Eyes, que j'aime beaucoup. Vu la taille du pays, c'est quand même difficile de connaître tout le monde. En revanche, tourner aux Etats-Unis permet de rencontrer beaucoup de musiciens et groupes américains, comme Spoon… C'est vraiment excitant de se retrouver avec des groupes dont on est fan, de constater qu'on est devenus leurs pairs et qu'il y a une estime mutuelle. C'est la meilleure raison de faire partie d'un groupe : être respecté par d'autres musiciens qu'on admire.

Le groupe américain dont vous êtes les plus proches musicalement, c'est peut-être les Shins.
En effet, je vois ce qui peut nous rapprocher. J'ai toujours été un grand fan de ce groupe et je trouve étrange qu'ils soient soudain devenus aussi populaires, aux Etats-Unis en tout cas. Je me souviens être venu en Europe en 2002 et tout le monde me demandait quelle musique j'aimais. Je répondais que j'adorais les Shins, et personne n'en avait entendu parler ! J'étais étonné, car je trouvais que leur premier album était vraiment l'un des meilleurs disques du moment. Ils font partie de ces groupes dont la carrière met du temps à décoller. Enfin, "Garden State" leur a donné un sacré coup d'accélérateur ! (rires)

Quels sont les groupes qui t'ont donné envie de te lancer toi aussi dans la musique ?
Adolescent, j'étais vraiment obsédé par R.E.M., c'était mon groupe préféré. Mais je ne peux pas dire qu'ils m'aient donné envie de faire de la musique, car la leur m'a toujours paru magique. Quand j'écoutais leurs disques, je ne me disais pas que je pourrais faire la même chose ! Plus tard, j'ai commencé à écouter les Pixies. Je les trouvais aussi bons, mais quand j'écoutais leurs chansons, je comprenais ce qui se passait, comment elles avaient été enregistrées… Elles n'étaient pas forcément plus faciles à jouer que celle de R.E.M., mais elles donnaient en tout cas cette impression. Ils utilisaient des ingrédients simples pour obtenir un son vraiment étonnant. Je pense que c'est le premier groupe qui m'ait fait écrire de la musique. Après, je me suis tourné vers des songwriters plus sophistiqués, des artisans comme Burt Bacharach ou Brian Wilson. Je crois qu'à la base, c'est la formule des New Pornographers : tenter de combiner le songwriting classique des sixties avec les Pixies et ce genre de rock garage agressif.

Vos pochettes, les titres des albums et des chansons ont souvent quelque chose de mystérieux, d'intrigant. Est-ce intentionnel ?
(Il hésite) Non, pas vraiment… En fait, mes textes me semblent plus littéraux, plus simples aujourd'hui. Dans le passé, c'était surtout la sonorité des mots qui m'importait. Je trouve d'abord des mélodies, je cherche ensuite des mots qui collent bien mais qui ne veulent pas dire grand-chose, puis j'essaie d'en faire des paroles. C'est pour ça qu'elles peuvent paraître étranges. J'essaie de leur donner un sens, mais il n'est jamais très précis. C'est difficile à expliquer : parfois, des mots me viennent à l'esprit, je ne sais pas trop ce qu'ils veulent dire mais j'aime la façon dont ils sonnent et ils me semblent appropriés, donc je les garde.

Le nouvel album s'appelle "Challengers", qui est aussi le titre d'une des chansons. Doit-on y voir de l'ironie ? Vous vous considérez comme d'éternels challengers ?
Il y a un peu de ça, oui. C'est aussi en lien avec le dessin de la pochette, qui représente un homme dans une position de boxeur. La chanson elle-même n'a pas grand-chose à voir, mais j'aimais bien l'idée derrière le mot "challengers" : comme si nous étions les "underdogs" (ceux qui sont donnés perdants, ndlr) et que nous affrontions le champion…

Penses-tu que vous pourriez apporter des sons plus électroniques ou expérimentaux à votre musique ?
Hum… (il hésite) Je ne me vois pas trop aller vers l'électronique… Il y a quelques sons de ce genre sur nos disques, mais nous ne ferons sans doute jamais de la techno, cela ne nous ressemble pas. Si Bruce Springsteen enregistrait un disque de techno, vous trouveriez sans doute cela pathétique ! Nous ne voulons pas être comme ces artistes qui tentent désespérément d'être au goût du jour. Ceci dit, je pense que nous avons toujours essayé d'être un peu expérimentaux. Car même si la musique qui nous a inspirés peut paraître relativement classique, elle a des côtés expérimentaux. Chez Brian Wilson ou Burt Bacharach, on trouve des sons et des harmonies assez étonnants, qui pour moi sont aussi expérimentaux qu'un type faisant du bruit avec un saxophone. Sauf qu'eux intégraient ça dans des chansons très écrites. C'est ce qui me fascine chez ces songwriters, ils se permettent des audaces folles. Si tu prends "McArthur Park" (de Jimmy Webb, interprété par Richard Harris à la fin des années 60, et plus tard par Donna Summer, ndlr), c'était numéro un au hit-parade alors que c'est une chanson de huit minutes, complètement dingue ! Pour moi, le groupe actuel qui réussit ça le mieux, c'est Animal Collective. C'est sans doute le groupe le plus stimulant du moment, je les adore.

Par le passé, on avait l'impression que tu ne voulais pas écrire des chansons trop simples. Sur "The Laws Have Changed", par exemple, on se demande où est le refrain...
Je crois que j'ai toujours travaillé comme ça. Peut-être est-ce intentionnel, finalement, c'est dur à dire. Il y avait dans doute une volonté d'expérimenter un peu sur les structures. En effet, j'aime bien quand les gens ne savent plus où est le refrain ! Quand on répétait, quelqu'un disait : "Rejouons le refrain", et je lui répondais : "De quelle partie tu parles ?". Et nous avions des opinions différentes sur ce qui était le refrain, les couplets ou le pont… C'est plutôt drôle de se disputer avec les autres membres du groupe pour ça ! Mais je crois quand même que je sais où est le refrain dans mes chansons.

A l'inverse, "Adventures in Solitude", sur le nouvel album, est peut-être ce que tu as fait de plus simple et touchant.
Quand nous avons commencé à enregistrer la demo de cette chanson, nous n'en étions pas très satisfaits, quelque chose ne fonctionnait pas. Nous avons alors décidé d'enlever les instruments les uns après les autres, et quand nous nous sommes retrouvés avec juste un piano, une harpe et la voix, ça sonnait comme nous voulions. C'est vrai que c'est sans doute notre chanson la plus directe. Les paroles sont encore un peu obscures, mais il apparaît quand même clairement que c'est une chanson très triste. J'en suis vraiment fier. C'était un peu risqué de la mettre sur l'album car c'est une chanson où je me livre beaucoup, où j'apparais vulnérable… Jusqu'ici, les réactions ont été très positives, beaucoup plus que ce à quoi je m'attendais.

Les prochaines chansons seront dans cet esprit ?
Oui, je pense que c'est la direction que nous prendrons sur les disques suivants : pas forcément des ballades, mais des morceaux qui n'ont pas besoin d'être soutenus par un gros son de batterie. C'est peut-être l'âge, c'est peut-être aussi que nous avons déjà écrit beaucoup de morceaux rock… Sur "Challengers", il y en a peu, et quand nous faisions le disque, je me disais qu'il n'y avait pas assez de chansons rapides, enlevées. Quand je l'écoute maintenant, je me dis que nous aurions presque pu nous en passer.

Propos recueillis par Vincent Arquillière
Photos par Julien Bourgeois
Merci à Beggars

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