V/A - N.Y. No Wave & New York Noise

13/08/2003, par | Albums en bref |
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V/A - N.Y. No Wave - The Ultimate East Village 80's Soundtrack
(Ze/Discograph)
V/A - New York Noise - Dance music from the New York Underground
(Soul Jazz/Discograph)

V/A - N.Y. No Wave - The Ultimate East Village 80's SoundtrackAlors que les jeunes groupes new-yorkais - de Radio 4 aux Liars en passant par les Yeah Yeah Yeahs et The Rapture - remettent au goût du jour la fusion punky/funky/arty qui secoua la ville au début des années 80, deux compilations concomitantes nous replongent opportunément dans cette période d'expérimentations tous azimuts. Si l'une explore plutôt le "non-courant" no wave du Lower East Side et l'autre la "dance underground", à tendance plus club, ces délimitations restent assez floues, à tel point que certains artistes sont présents sur les deux - signe du grand mélange des genres qui prévalait alors -, et qu'on compte même quelques (rares) doublons.

Le premier de ces disques, "N.Y. No Wave", ne doit pas être confondu avec le mythique album collectif "No New York" assemblé par Brian Eno en 1978, même si certains artistes figurent forcément sur l'un et l'autre. Autant prévenir tout de suite le fan de Louis Philippe et de Steely Dan : c'est le genre de galette dans laquelle on compte plus de lames de rasoir que de fèves, le disque idéal pour se débarrasser de ses voisins où faire déguerpir ses invités quand la fête s'éternise. Il pourrait même être vendu avec un cachet d'aspirine. Guitares dissonantes et saturées, basse menaçante, saxo en roue libre, chant récalcitrant, structures aléatoires et qualité sonore itou : on n'est pas vraiment ici dans l'easy listening. Une esthétique du jaillissement - de la giclée, serait-on tenté d'écrire, en référence au "Love Comes in Spurts" de Richard Hell -, de la matière brute et de la confrontation, presque "amusicale", et qui de fait aura peu de descendants directs. Seul Sonic Youth saura transcender l'héritage en intégrant la radicalité sonore de la no wave à des formats rock plus pérennes. Certains morceaux rassemblés ici, comme ceux de Rosa Yemen (avec la Française Lizzy Mercier Descloux, qu'on retrouve également sous son propre nom), annoncent d'ailleurs étrangement les albums "Bad Moon Rising" ou "EVOL". On peut aussi considérer les Lounge Lizards de John Lurie comme les continuateurs de l'esprit "jazz-punk" de James Chance/White (le petit classique "Contort Yourself"), quoique leur virtuosité les emmena vite vers une musique plus sophistiquée et moins brutale. Idem pour le saxophoniste et compositeur John Zorn, autre New-Yorkais assez éloigné de l'amateurisme revendiqué de cette scène, mais dont certains des innombrables projets (Naked City, Painkiller) sont animés par un esprit proche - propension à la brièveté, à l'extrémisme sonore, à la provocation.
Parmi les autres artistes présents, on retrouve l'incontournable Lydia Lunch (au sein des très agressifs Teenage Jesus and the Jerks, mais aussi avec deux morceaux enregistrés sous son nom, dont une étrange torch song démembrée), les maussades Mars, avec les deux faces de leur premier 45-tours, ou encore Suicide, avec deux chansons plutôt accessibles, tirés de leur second album et d'un single de la même période : de loin le groupe le plus influent du lot, quoique n'ayant jamais vraiment appartenu au mouvement no wave en tant que tel. Curieusement, Arto Lindsay n'est pas représenté ici par des titres de son mythique trio DNA, mais par deux morceaux signés Arto/Neto, très différents de la musique gracieuse, sous perfusion brésilienne, qu'il produit aujourd'hui.

V/A - New York Noise - Dance music from the New York UndergroundLe titre de la seconde compilation, "New York Noise - Dance Music from the New York Underground", est assez trompeur : si elle explore bien la scène underground de la charnière 70's-80's, la plupart des groupes ne sont pas à proprement parler bruitistes, ni vraiment dansants - pour cela, il faudrait sacrément doper les rythmiques. Le disque rassemble notamment deux formations jumelles, aussi méconnues qu'essentielles, et ayant récemment refait surface : Liquid Liquid (blanc et masculin) et ESG (noir et féminin). Même accent mis sur les percussions plus ou moins exotiques, même tension, même façon de scander les paroles plutôt que de les chanter - influence du rap naissant ? Pas la place ici de s'étendre sur ces deux groupes à l'histoire rocambolesque : on conseillera simplement d'écouter leurs disques (le principal de leurs œuvres respectives a été réédité sur Mo'Wax pour les premiers, Soul Jazz pour les seconds), et d'essayer de les voir en concert : Liquid Liquid, vraisemblablement dans sa formation d'origine, a livré un set fulgurant en juillet dernier au Nouveau Casino, tandis qu'un ESG "recomposé" s'est produit aux dernières Transmusicales de Rennes.
Parmi les autres groupes rassemblés sur cette compilation, beaucoup eurent des durées de vie et des discographies encore plus brèves et confidentielles, et peu d'infos subsistent sur Konk, The Dance ou The Bloods. Material, projet principal de Bill Laswell, existe toujours, en pointillés, mais n'a plus grand-chose à voir avec son incarnation d'origine, d'un intérêt d'ailleurs assez moyen. Defunkt, les plus funky - voire jazzy - du lot, étaient toujours en activité dans les années 90, il est possible qu'ils existent encore. Glenn Branca, guitariste des éphémères Theoretical Girls - qu'on aurait plutôt vus sur l'autre disque, comme Mars et DNA -, est devenu l'un des principaux compositeurs d'avant-garde actuels, avec ses éprouvantes symphonies pour guitares saturées (on en trouve les prémices ici) et ses compositions pour orchestres classiques. Dinosaur L était la formation "disco" d'Arthur Russell, musicien explorateur mort en 1992, auteur d'expérimentations rythmiques incroyables, qu'il serait bon de rééditer. Les Bush Tetras, quatuor en majorité féminin, ont laissé à la postérité une poignée de maxis et demos de funk minimaliste, avant de se reformer sans vraie nécessité au milieu des années 90. A la croisée du punk, de la no wave, des franges les moins commerciales du disco et du hip-hop old school (dernier genre qui pourrait faire à lui seul l'objet d'une autre compilation), ce disque, comme le précédent, est donc un instantané d'une ville et d'une époque, faisant renaître une musique suffisamment vive et intrigante pour qu'elle n'inspire pas que de la nostalgie.

Vincent

James White and the Blacks - Contort Yourself
Lizzy Mercier Descloux - Wawa
Lydia Lunch - Lady Scarface
Suicide - Mister Ray
Mars - 3E
Teenage Jesus & the Jerks - The Closet
Rosa Yemen - Rosa Vertov
Arto/Neto - Pini, Pini
Lizzy Mercier Descloux - Torso Corso
James White and the Blacks - Almost Black
Mars - 11 000 Volts
Lydia Lunch - Mechanical Flattery
Rosa Yemen - Decryptated
Teenage Jesus & the Jerks - Empty Eyes
The Contortions - Designed to Kill
Arto/Neto - Malu
Teenage Jesus & the Jerks - Less of Me
Rosa Yemen - Larousse Baron Bic
James Chance & Pill Factory - That's When Your Heartaches Begin
Rosa Yemen - Herpes Simplex
The Contortions - Twice Removed
Suicide - Radiation


Liquid Liquid - Optimo
Konk - Baby Dee
The Dance - Do Dada
Material - Reduction
Lizzy Mercier Descloux - Wawa
DNA - 5:30
Rammellzee vs. K. Rob - Beat Bop
James Chance & the Contortions (ou James White and the Blacks) - Contort Yourself
Glenn Branca - Lesson No. 1
The Bloods - Button Up
Dinosaur L - (You're Gonna Be) Clean on Your Bean
Theoretical Girls - You Got Me
Bush Tetras - Can't Be Funky
Mars - Helen Fordsdale
ESG - You Make No Sense
Defunkt - Defunkt

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