Votre
album est sorti il y a 3 ou 4 mois maintenant, êtes-vous,
avec le recul, satisfait du résultat ?
Bruno
: je ne sais pas car je n'ai pas encore assez de recul
pour pouvoir écouter ce disque avec une réelle neutralité.
Je n'ai d'ailleurs jamais réellement réussi à atteindre
cette position d'auditeur neutre avec ma propre musique.
Je reste cantonné dans une position de frustration où
il m'est difficile d'entendre ma musique tout autant que
les commentaires s'y rapportant.
En revanche, en tant que personne à l'origine de cette
musique, oui je suis satisfait de cet album. Je pense
qu'il reflète exactement les choses que l'on souhaitait
exprimer à ce moment, tant soit au niveau de la forme
que du fond. Il n'y a de notre part aucune complaisance
sur ce disque, tout ce qui y figure est délibéré et nous
l'assumons comme tel. Cela peut ressembler à de l'arrogance
mais c'est simplement le résultat d'un long processus
de travail.
Philippe
: personnellement, je suis satisfait car l'album correspond
à l'idée que je m'en faisais tant sur le fond que sur
la forme. Avec le recul, ce qui me plaît le plus est le
côté double de ce disque à la fois sombre et onirique,
tendu et apaisé, tourné aussi bien vers l'atmosphère des
villes que vers celle des grands espaces (pas mal de climats
font référence à des voyages en Islande, en Nouvelle Zélande
ou encore au Québec).
Je suis également très satisfait de ce qui s'est passé
entre Bruno et moi sur le plan humain, jusque dans nos
moments de tension, qui nous ont appris à affronter et
à désamorcer les conflits lorsqu'ils se présentent. Humainement,
c'est une expérience très positive que de mélanger nos
deux visions des choses.
Comment
s'est passé le passage de l'auto produit (L. Sophia Records,
votre propre label) à l'association Village Vert / Wagram
? La maquette de "peace of mind" ressemblait-elle au disque
qui est actuellement dans les bacs ?
Bruno
: nos premiers efforts en solo (déjà sous le nom d'Oboken
pour Philippe et de Solal, pour moi-même) auto produits
au sein de notre label L. Sophia Records bénéficient depuis
presque deux ans d'une distribution via Ici d'ailleurs.
Ils semblaient à priori très curieux d'écouter le résultat
de nos efforts conjoints et nous ont laissé espérer une
éventuelle collaboration avec eux. Ce sont donc les premiers
à avoir écouté les maquettes de "peace of mind". Parallèlement,
nous avions aussi envoyé quelques CD à d'autres labels,
parmi lesquels, Le Village Vert. La suite est simple :
Ici d'ailleurs n'a pas du tout aimé et Le Village Vert,
beaucoup. Nous avons mis pas mal de temps à réaliser ce
qui se passait tellement cela nous paraissait incroyable.
Je crois même que Philippe lors du premier contact téléphonique
avec Fred Monvoisin (patron du label) lui a demandé s'il
ne s'agissait pas d'une mauvaise plaisanterie...
Philippe
: la phase d'auto production a été pour nous un moyen
de satisfaire et d'affirmer notre besoin d'indépendance.
Pour le 2ème album, nous étions au départ restés dans
cette logique : nous avions tout planifié pour enregistrer
"peace of mind" par nos propres moyens, avec l'aide de
deux amis pour l'organisation des sessions. Et puis, au
stade des maquettes, on s'est dit : pourquoi ne pas en
adresser à quelques labels triés sur le volet ? Nous avons
donc envoyé 12 CD, essentiellement à des labels indépendants.
Le Village Vert a réagi très vite, quelques jours à peine
avant la date prévue pour le début de l'enregistrement
! Frédéric Monvoisin nous a tout de suite laissé aller
jusqu'au bout de ce que nous avions prévu, en toute liberté,
sans contrainte. Et nous le remercions sincèrement d'avoir
agi de la sorte. Ça nous semble suffisamment rare pour
être souligné.
Bruno
: quant à la maquette, elle ressemblait pour beaucoup
au disque final, mais comme son nom l'indique, c'était
une maquette : le propos principal était là mais il manquait
encore tout le travail d'ajustement, de mise en place,
d'articulation qui allait donner tout son sens au projet.
C'est le but que nous nous étions fixé en entrant en studio
: nous approprier définitivement ce projet tant au niveau
du fond que de la forme. Nous ne voulions pas simplement
ré-enregistrer scolairement et proprement ce que nous
avions déjà fait : il fallait au contraire, grâce au travail
de studio, pouvoir y introduire toute la matière qui allait
donner à ce disque toute son âme.
Bizarrement,
nous n'avons pas retouché aux instrumentaux qui sont restés
tels que Philippe les avait composés, ce n'étaient déjà
plus des maquettes mais des propositions entièrement abouties.
Philippe
: a contrario, des morceaux comme "violence", "peace of
mind" ou "evil child" ont énormément évolué entre les
maquettes et le produit fini. Bruno y est pour beaucoup,
ainsi d'ailleurs que Renaud Hébinger, l'ingénieur du son
qui a travaillé avec nous sur le disque. Bizarrement,
au stade final, ces morceaux se retrouvent souvent à l'opposé
des versions maquettes : "peace of mind" est très rythmé,
très chaloupé, alors que sur la maquette il était au contraire
très lent et plombé. Pour "evil child", c'est carrément
l'inverse : la maquette était très rock tandis que la
version finale se trouve être l'un des morceaux les plus
calmes et éthérés de l'album.
[suite]