Oboken - Interview

10/10/2001, par Rodérick Petetin | Interviews |
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OBOKEN

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Se sent-on en décalage quand on fait de la musique comme cela en France ?
Bruno : en aucun cas, car on n'a jamais eu l'impression ou la volonté de faire de la " musique comme cela ", on fait simplement la seule musique que l'on soit capable de faire, celle qui puisse nous permettre d'exprimer quelque chose qui nous soit proche et personnel. De plus, je n'ai pas l'impression que notre musique soit géographiquement dépendante d'un pays. Je crois qu'elle ne doit pas grand chose à tel ou tel particularisme culturel ou social français. Philippe, pour l'écriture de la trame des chansons, a utilisé comme matériau de base quelques souvenirs éthérés de voyages en Nouvelle Zélande, Islande et au Canada. De mon côté, j'ai vécu 15 ans en Allemagne, j'y vis à nouveau et je n'ai pas l'impression de faire de la musique française. Nous faisons simplement de la musique, notre musique.

Philippe : ce n'est pas la 1ère fois qu'on nous pose ce genre de question. Il semble y avoir pas mal de gens pour qui nous sommes une sorte d'OVNI dans le paysage musical français... C'est une question assez étrange pour nous car nous n'avons jamais eu l'impression d'occuper telle ou telle place. Nous faisons simplement la musique qui nous vient à l'esprit. Je n'ai pas le sentiment que tout cela soit très conscient ou très contrôlé de notre part. "Peace of mind" est un disque de rupture, de départ. C'est un album nomade, qui a un côté insaisissable. Peut-être ceci crée-t-il naturellement chez l'auditeur une impression de déracinement...

Qu'est-ce qu'on se dit quand on sait que certains n'hésitent pas à vous hisser à la hauteur de Sparklehorse ou Neil Young ?
Bruno : c'est flatteur mais cela reste très abstrait et ne recouvre aucune réalité pour moi : j'ai mis tellement longtemps à écouter Neil Young (merci Philippe) et à découvrir qu'il y avait effectivement quelques chansons magnifiques cachées derrière ces nappes de steel guitar qui continuent à évoquer pour moi une troupe de beaufs américains bourrés en train de danser une quadrille dégénérée... Quant à Sparklehorse que je ne connais que depuis quelques mois, je trouve cette musique si aboutie, personnelle et magnifique qu'il me semble réellement curieux de nous y voir associé ou comparé : c'est flatteur mais cela ne peut avoir de sens pour moi.

Philippe : pour moi qui adore Neil Young (mais pas tout !) et Sparklehorse (quasiment tout !), c'est vrai qu'il y a de quoi être fier ! Mais d'un autre côté, ça veut dire aussi qu'il nous reste encore du boulot pour nous affranchir de nos influences !



Maintenant que ça bouillonne bien fort autour de vous, avez-vous envie de proposer des collaborations ? vous êtes-vous déjà frottés aux américains ?
Bruno : passons sur l'idée amusante d'un bouillonnement pour en venir à d'éventuelles collaborations. L'envie est présente, c'est évident. Ce ne peut qu'être synonyme d'ouverture, d'enrichissement et de nouveauté.
On fantasme régulièrement sur l'idée de développer de nouveaux projets autour des cuivres de Mark Hollis ou de Bed, des harmonies du clavier de Married Monk, de la voix de Stina Nordenstam, des univers lunaires de Jim O'rourke ou David Grubbs, des rythmes étrangement joyeux de The Sea and Cake, du folklore imaginaire du Penguin Café Orchestra et sur des tas d'autres projets de genre.

Philippe : bravo, tout y est !

Bruno : en revanche, concrètement, je ne sais pas si nous sommes déjà prêts pour ce type de collaboration. Il nous a fallu tellement de temps pour nous ouvrir complètement l'un à l'autre, pour accepter et gérer l'influence, l'ingérence de l'autre dans son propre travail alors que nous nous connaissons depuis 12 ans...
De plus, nous avons tous les deux la fâcheuse tendance à nous comporter en éponge, à absorber tout ce qui vient de l'extérieur. Je crois qu'il nous faut peut-être encore mûrir dans notre travail, apprendre à intégrer et gérer des influences extérieures, même très prégnantes sans quoi nous risquons d'appauvrir voire de détruire ce que nous avons bâti jusque là avec Oboken.
A la limite, la seule chose qui puisse nous encourager dans cette direction, c'est que jusqu'à présent, seule la mise en danger nous a permis d'avancer et de nous renouveler. Nous ne sommes jamais aussi mauvais que dans le confort et l'habitude.



Futur proche pour le groupe ? Et plus éloigné ?
Philippe : nous cherchons avant tout à faire des concerts. Nous sommes pour l'instant programmés sur quelques festivals (cf popscene). Il y aura probablement d'autres dates d'ici fin 2001 ou début 2002, mais rien n'est encore confirmé...

Bruno : nous avons déjà fait quelques concerts, dont deux avec une nouvelle formule très excitante pour nous. Nous avons en effet retravaillé l'ensemble de nos morceaux afin de n'en garder que la trame de base. Le but du jeu est d'essayer de garder tout le reste le plus libre possible et de le faire évoluer en fonction des conditions ou nous jouons, des réactions du public et de l'état dans lequel on est. Pour chaque morceau, nous avons à disposition un ensemble de choses possibles, comme des pièces d'un puzzle et libre à nous de les mettre en place ou non. En concert, nous ne voulons pas simplement reproduire nos morceaux d'une manière mécanique et figée mais essayer à chaque fois de leur apporter un soupçon de vie supplémentaire en les laissant ouverts à ce qui peut se passer alentours. Nous savons aussi que seule une mise en danger peut nous stimuler. Travailler comme cela pour les perfectionnistes maladifs que nous sommes, c'est aussi thérapeutique : cela nous oblige à accepter l'imperfection et l'échec possible comme partie intégrante de notre musique. Nous avons en tout cas la satisfaction de faire une musique réellement vivante. A long terme, il y a bien évidemment l'album suivant que nous avons déjà commencé à préparer. Il s'agit pour nous d'aller plus loin, plus profondément dans le sillon que nous avons commencé à creuser.

Philippe : nous nous inscrivons dans une démarche expérimentale, au sens premier du terme, c'est-à-dire que nous essayons des choses. Mais la plupart du temps, il s'agit avant tout de servir des chansons !


Propos recueillis par Rodérick.
Merci à Philippe et Bruno. Fred, David et Marion à Coup Franc!. Sans oublier Régis de Vergo.

 

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