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OBOKEN
[début]
Attention question conne : d'ou vient le nom Oboken ?
Bruno
: Philippe est seul coupable...
Philippe
: au départ, Oboken désignait mon projet solo. Le nom vient
d'Hoboken, une ville américaine située près de New York.
J'ai enlevé le H car sans cette lettre, je trouvais le nom
plus beau visuellement, notamment lorsqu'on l'écrit en minuscules.
Sur le fond, compte tenu à la fois de son origine et de
sa consonance nordique, oboken évoque une sorte de pont
imaginaire entre l'Europe et les USA, qui résume assez bien
ma position par rapport à la musique. Lorsque nous avons
décidé de travailler en duo, le nom est resté.
J'ai
cru comprendre que vous n'habitiez pas tout près l'un de
l'autre : comment se passe la composition ? Bruno
: pour "peace of mind", Philippe a écrit tous les morceaux
(sauf quelques uns plus anciens développés en commun) ainsi
que tous les textes. Il m'a envoyé le résultat et c'est
seulement là qu'a commencé mon travail. Comment retravailler
tout cela pour que ce qui était un travail solitaire devienne
un projet commun ? Plus que de simplement malaxer ce matériau
à ma sauce, il a été question pour moi de totalement me
réapproprier cet ensemble d'éléments et d'essayer d'y donner
un sens qui soit mien aussi. Je ne fais aujourd'hui aucune
différence entre les morceaux de "peace of mind" et d'autres
morceaux que je peux faire tout seul tant ils font aujourd'hui
intégralement partie de mon univers. Ce dernier, à travers
cette forme de composition et de collaboration avec Philippe,
s'est bien entendu considérablement enrichi et élargi.
Philippe
: après avoir réalisé chacun un album solo, nous avions
à nouveau envie de travailler ensemble comme auparavant.
Humainement, ça nous paraissait plus riche que de rester
chacun dans son coin. Mais dans les faits, j'ai eu personnellement
beaucoup de mal à franchir le pas, à m'ouvrir à cette collaboration.
Du coup, je trouve que les rôles se sont répartis de façon
assez bancale sur le disque, ce qui donne lieu encore maintenant
à quelques frictions d'ego qu'il faut dépasser. A mon sens,
l'idéal serait que nos contributions respectives soient
de plus en plus imbriquées, que nous en percevions de moins
en moins les contours, tout en nous retrouvant tous les
deux dans le résultat. Je pense qu'il faut que nous soyons
avant tout au service des morceaux. J'espère vraiment que
nous atteindrons un jour ce degré d'osmose. Sur le plan
humain, personnellement, je ne peux pas rêver mieux !
On sent dans "peace of mind" une volonté de mélanger
les sons électroniques et les instruments classiques : est-ce
que cela traduit la rencontre de vos influences respectives
?
Bruno
: il n'y a pas pour nous de volonté de mélanger les sons
électroniques aux instruments classiques : si les choses
sonnent de cette manière, c'est plus le résultat d'un travail
sur les textures des sons. Sur "the fall" par exemple, nous
utilisons un son qui correspond à l'idée précise que nous
avions du morceau. Après avoir cherché comment s'approcher
de ce rendu, il est apparut que seul ce son pouvait convenir,
et il s'avère effectivement que c'est un son électronique.
Mais cela aurait très bien pu être une note de violoncelle.
Philippe
: à certains moments les idées s'enchaînaient de façon très
intuitive. Nous avancions à tâtons, en essayant plein de
choses et en les laissant évoluer naturellement dans le
temps. "Evil child", par exemple, s'est construit comme
ça. Je trouve qu'il y a eu de très beaux moments de liberté
dans les sessions d'enregistrements.
Bruno
: d'autre part, je pense qu'il serait trop simple de réduire
Oboken à, d'un côte Philippe qui aurait en charge le côté
songwriting traditionnel et de l'autre, moi-même, chargé
de donner à l'ensemble une connotation suffisamment moderne
pour être présentable à l'aide de tout ce qui se pratique
du côté des musiques électroniques. Les choses sont une
fois de plus beaucoup plus complexes que cela. Quand à nos
influences respectives, c'est un peu le même principe qui
est à l'œuvre : on ne peut pas se contenter de l'idée que
nos influences ne soient qu'opposées et qu'elles se complètent.
Il est vrai que Philippe a beaucoup écouté de folk américain
et que j'ai toujours eu du mal à supporter cette musique,
à cause des carcans trop stricts à mon goût dans lesquels
elle évolue. Entre temps, et grâce à lui, j'ai découvert
qu'il y avait aussi simplement de magnifiques morceaux qui
ont une portée beaucoup plus étendue que ne le laissaient
présager ces normes de composition.
Philippe
: je trouve également que les choses ne sont pas si simples.
C'est vrai, j'adore Neil Young, Nick Drake ou Mark Koselek.
Mais j'écoute tout autant Gastr Del Sol, the Sea and Cake,
The Penguin Café Orchestra, Mark Hollis, Labradford ou Bed
! et j'en oublie d'autres... d'ailleurs, probablement au
contact de Bruno, j'ai le sentiment de prendre de plus en
plus mes distances avec le folk. J'ai plus que jamais envie
d'ouverture, de mélanger les genres, de brouiller les pistes
!
Bruno
: de toute façon, je ne me sens pas très à l'aise avec cette
notion d'influences : elle implique trop pour moi une idée
de catégorisation, de hiérarchisation de choses trop différentes
entre elles. En plus il est devenu beaucoup trop évident
qu'un musicien n'a forcément que des influences musicales
! Je préfère parler de références, cet assemblage de petites
choses abstraites et personnelles qui constituent mon univers
propre et qui me servent de lien avec le monde réel, qui
me permettent de le structurer à ma manière. Ces petites
choses sont bien sûr souvent des musiques, des sons ou des
bruits, mais aussi des lieux, des images, des personnes,
des joies, des peines... Je crois que c'est Henry Miller
qui à propos de l'activité artistique parle de transformation
du chaos extérieur en paix intérieure : voilà une idée qui
me parle.
Philippe
: il y a tant de ponts possibles entre les modes d'statement
! Il suffit de regarder à quel point le travail de collage
effectué par Beck en musique est proche de la démarche de
certains plasticiens. Et il y a beaucoup d'autres exemples
: sur notre disque, je trouve que des morceaux comme "it's
over" ou "the end" lorgnent beaucoup vers l'univers de David
Lynch. Et quand je me mets au travail pour composer une
musique ou écrire un texte, je pense souvent à un ami cinéaste,
Marc Weymuller, dont la personnalité et le travail me fascinent.
Il n'y a donc pas musique d'un côté et autres formes d'art
de l'autre, mais plutôt un joyeux brassage de tout ça !
Je n'ai réellement accroché au disque qu'à la
3ème ou 4ème écoute : je suis seul dans ce cas-là ou l'album
paraît en premier lieu assez aride pour beaucoup ? Philippe
: certaines personnes trouvent qu'il y a un climat de tension
assez marqué sur ce disque. Mais d'autres nous disent aussi
l'inverse, que c'est un disque reposant, assez planant.
Donc c'est difficile à dire. Tout ceci est tellement subjectif
!
Bruno : personnellement, je ne sais pas, je n'ai
encore posé la question à personne.
Racontez-moi
"brain box", comment est née cette sublime chanson ?
Bruno
: c'est à Philippe qu'il faut poser la question : je n'y
suis pas pour grand chose. Sur ce titre, je n'ai fait que
renforcer ce qui me paraissait le mériter : un rythme et
une assise harmonique plus marqués sur les refrains.
Philippe
: à vrai dire, je ne me souviens plus très précisément du
contexte, de ce qui a pu me pousser à écrire ça et pas autre
chose. Sur le plan musical, je sais seulement que c'est
la 1ère fois que je construisais une partie de guitare par
collages de plusieurs petites parties auto samplées. C'est
Bruno qui m'avait donné l'idée à l'écoute de certains morceaux
de son disque solo. En outre, une des astuces sur ce morceau
réside dans des parties de guitare construites en canons.
De mémoire, c'est également la 1ère fois que j'utilisais
une mandoline. Et puis Bruno a rajouté cette partie de batterie
/ basse très lourde, avec un son très métallique, qui selon
moi fait littéralement "décoller" la chanson.
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