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Vendredi
12. Mon vol arrive avec une bonne heure et
demie de retard à Newark, vers 18 h, heure locale.
Suit une longue attente pour le contrôle des passeports,
empreintes digitales et pupille. Pas de sortie pour ce premier
soir, donc. Je me contente de m'installer dans la moitié
de deux-pièces qu'on m'a (presque) prêtée
à Brooklyn pour dix jours et de faire connaissance
avec mon hôte, Chad Parks, chanteur, guitariste, auteur,
compositeur, cuisinier, organisateur de buffets, etc. -
car c'est franchement difficile de vivre de sa musique à
New York, peut-être encore plus qu'ailleurs.
Samedi
13. Temps superbe, ce qui sera le cas pendant
presque tout le séjour. Ma longue balade dans le
bas de Manhattan passe par Murray Street, qui est aussi
le titre d'un album de Sonic Youth. Le verso de la pochette
est illustré par un panneau indiquant le nom de la
rue. En arrière-plan, un immeuble de bureaux type
verre et acier. Je n'ai pas dû photographier le même
panneau, et les bâtiments dont j'ai souvenir dans
cette rue étaient plutôt des immeubles d'habitation
de quelques étages, avec "fire escape"
sur la façade, ceux qu'on s'attend à trouver
dans cette ville.

Il me semble que le groupe
avait un studio de répétitions dans cette
rue, pourtant assez éloignée des quartiers
plus bohèmes qu'on associe généralement
à Sonic Youth (Lower East Side, Village…).
Murray Street étant proche du site du World Trade
Center, ils ont dû l'abandonner après le 11
septembre. J'ignore à quel numéro le studio
se trouvait. Peut-être en face de ce club nommé
New York Dolls ?
La veille, j'ai regardé
la liste des concerts dans "Time Out" (le "Village
Voice", posé à divers coins de rue, peut
aussi faire l'affaire). Dire qu'on a l'embarras du choix
est un euphémisme, qu'il y en a pour toutes les bourses
aussi. Je serais bien retourné voir pour la énième
fois The National, qui joue au Bowery Ballroom, mais c'est
complet. Histoire de commencer doucement, j'opte pour une
soirée gratuite organisée par la radio WFMU
au Southpaw, un bar de Brooklyn avec une grande salle de
concerts (ou l'inverse). Pour entrer, il faut prouver que
vous avez 21 ans, même si vous avez dépassé
la trentaine, puisqu'à l'intérieur on ne peut
pas fumer mais on peut boire de l'alcool - et notamment
de la Brooklyn Lager, qui, contrairement aux bières
vendues dans la plupart des salles françaises, a
vraiment un goût de bière.
WFMU est une radio indépendante et fière de
l'être, qui propose des émissions de musique
et de libre expression extrêmement variées.
Ce soir, on fête la sortie d'un livre de textes et
d'illustrations sur la radio préfacé par Jim
Jarmusch, dont le bon goût n'est plus à prouver.
Malgré la programmation pointue, et bien qu'on soit
à New York, l'ambiance n'est pas trop branchouille.
En plus ou moins tête d'affiche, il y a l'increvable
Alan Vega, accompagné d'une jeune femme qui fait
des sons bizarres et pas très agréables avec
ses petites machines. Lui se contente de proférer
des imprécations incompréhensibles, et jamais
l'ombre d'une mélodie ne vient effleurer nos oreilles.
C'est encore plus radical que Suicide, mais franchement
moins bien, quand même. Heureusement, Vega est rejoint
sur la fin par le groupe Oneida
- passablement obscur malgré une tripotée
d'albums - pour une version complètement flinguée
de "Rocket USA", qui fait soudain renaître
l'intérêt du public. Oneida donne ensuite un
concert complet et c'est plutôt bien, à la
fois hargneux et hypnotique. Mais le son est tellement fort
que je pars avant la fin.
Le site du Southpaw :
http://www.spsounds.com
Le site de WFMU : http://www.wfmu.org

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