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OKKERVIL
RIVER
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Est-ce
que vous étiez déjà passé à
autre chose quand le Black
Sheep Boy Appendix est sorti l'année
dernière ? Notamment, est-ce que vous aviez déjà
en tête les chansons de ce nouveau disque ?
Will
Sheff : je pense que l'attitude qu'on avait à cette
époque était peut-être en train de changer.
Mais c'était surtout basé sur l'idée
qu'on ne voulait pas être toujours et encore dans
le même schéma, année après année.
Je ne voulais pas être étiqueté comme
ce pauvre mec pathétique : "oh je suis un misérable
tristounet, violent et bizarre". Je pense qu'à
un moment on a aussi eu envie d'aller faire un tour ailleurs
d'un pur point de vue artistique. Black Sheep Boy était
censé être quelque chose d'assez violent, mais
j'ai fini par écouter tellement de choses qui m'ont
dérangé dans la musique censée être
violente. Il y a quelque chose dans la musique des Sex Pistols
qui dit "je vais vous faire mal". Mais quand j'écoute
de la Soul ou de la musique plus douce, je me rends compte
qu'on n'a pas forcément besoin d'être un sociopathe
pour toucher les gens. Je voulais faire un disque avec l'idée
de jeu et de plaisir et non plus de violence rêche
et noire. Cela dit, qu'on ne se méprenne pas, j'adore
"Black Sheep Boy". Mais le personnage du Black
Sheep Boy ne meurt pas par hasard à la fin du disque.
On a beau aimer quelque chose, on a quand même envie
de le tuer au bout du compte. Tout simplement pour ne pas
se répéter à l'infini.
D'où
vous vient d'ailleurs cette obsession du morbide ? Est-ce
que cela traduit un besoin d'ordre quasiment naturel ?
Will
Sheff : ce n'est pas réellement un exutoire. Je pense
que c'est une tentative de révéler des choses
aux gens qu'ils ne verraient peut-être pas autrement
qu'avec ces chansons. Je n'essaie de convaincre personne,
mais ce que j'aime c'est l'idée qu'on puisse confronter
les gens avec cette réalité, un peu effrayante,
un peu obscure et inquiétante.
Vous
êtes souvent décrit comme un groupe de punk-folk.
Est-ce que ça colle bien à l'image que vous
avez de vous-mêmes ?
Will
Sheff : le gars qui s'est occupé de notre site Internet
à l'époque (il faisait partie du groupe d'ailleurs)
a écrit ça comme ça sur la page de
descriptif. Il aurait pu écrire autre chose. J'imagine
que ça renvoie à la même idée
autour de notre musique, il y a quelque chose d'assez direct
et percutant qu'on peut retrouver à la fois dans
le punk et dans le folk. J'aime ces deux courants, et je
n'ai certainement pas envie de dénigrer le punk.
Même quand je parlais des Sex Pistols, ce n'était
certainement pas pour les dénigrer. Mais ce n'est
pas comme ça que je veux penser la musique d'Okkervil
River. J'espère qu'elle est un peu moins binaire
qu'un simple grand écart entre deux courants.
De
quoi rêviez-vous enfant ?
Will
Sheff : je ne savais pas trop ce que je voulais faire quand
j'étais jeune. Je n'avais pas d'idée très
précise de tout ça. Mais comme j'avais une
vie intérieure assez dense, mais finalement pas tellement
de vie en dehors de ma tête, je savais que j'avais
envie de faire quelque chose lié à la créativité.
Je ne crois pas que j'avais vraiment le courage de m'avouer
que la seule chose que je voulais vraiment faire était
d'être créatif pourtant. Ça n'a été
que très tard que j'ai découvert que c'était
par la musique que je voulais m'exprimer. J'avais dans l'idée
de faire des films ou je ne sais quoi. Mais je savais que
ça tournerait autour de la création quoi qu'il
arrive...
Est-ce
que l'un de vos rêves n'était pas de faire
la première partie de Lou Reed ?
Will
Sheff : jamais de la vie. J'ai toujours adoré Lou
Reed, c'était l'un de mes héros de jeunesse.
Mais jamais de ma vie je n'aurais espéré partager
la même affiche que lui. C'était assez incroyable
de se dire qu'on faisait la première partie d'un
des types qu'on admirait le plus au monde. Mais ça
s'est réellement passé de façon parfaite.
Nous l'avons trouvé extrêmement chaleureux,
gentil, avenant. On avait été mis en garde
par plein de gens qui nous avaient dit que c'était
un vrai connard. Ça s'est révélé
complètement faux en ce qui nous concerne. C'était
vraiment un moment à part dans la vie du groupe.
Je savais qu'il était fan du groupe donc quand il
nous a fait contacter, ça ne sortait pas complètement
de nulle part. Ce n'était pas une surprise complète
de bout en bout. Mais ça restait un événement
assez incroyable.
Qu'est-ce
qui pourrait dépasser ça aujourd'hui ? Pour
quelle personnalité pourriez-vous faire la première
partie avec le même sentiment de fierté ?
Will
Sheff : Bob Dylan. Si je devais citer deux noms seulement,
ce serait Lou Reed et Bob Dylan. On peut donc dire qu'on
a déjà réalisé 50% de nos fantasmes
en tant que groupe aujourd'hui.
Propos
recueillis par Jean-Charles Dufeu
Photos par Julien Bourgeois [site].
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