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  NEIL YOUNG

On exagère souvent lorsque l'on vante l'exceptionnelle constance du talent de Neil Young : la carrière du loner a connu ses zones d'ombre, ses moments de faiblesse, et les meilleurs passages de l'excellent "Ragged Glory" n'égalent pas un instant le sublime "Everybody knows this is nowhere". On exagère, aussi, quand on le dépeint en précurseur des mouvements les plus excitants de l'histoire du rock : le loner a souvent été le premier surpris des hommages qu'on lui rendait, et a pris nombre de trains en marche. Néanmoins, peu d'artistes auront aussi bien épousé la longue et complexe histoire du rock, au point de créer sur près de quatre décennies, l'oeuvre la plus impressionnante et la plus riche que ce genre musical ait jamais compté.

La carrière de Neil Young commence véritablement avec l'un des premiers grands groupes du rock américain, le Buffalo Springfield. Jusqu'ici, l'immigré (illégal) canadien n'avait participé qu'à des aventures musicales sans avenir, mais le groupe formé avec son ami Stephen Stills devient bientôt l'un des plus prestigieux du rock californien. L'aventure, même si elle met Young sous la lumière des projecteurs, est de courte durée : ses prises de bec avec Stills provoquent le split du groupe. Le Canadien entame donc une carrière solo. Mais après un premier album, il s'adjoint un groupe alors nommé the Rockets, qu'il rebaptisera Crazy Horse. Cette formation lui permet d'enregistrer l'orageux "Everybody Knows this is Nowhere", son premier véritable classique, en 1969. D'autres suivront.

L'année d'après, c'est la veine folk rock de Neil Young qui reprend le dessus avec "After the Gold Rush", sans doute son meilleur album. Dès lors, jusqu'aux années 90, les disques du Canadien ne cesseront d'évoluer entre ces deux extrêmes, guitares furibardes et acoustique mélancolique. Mais pour l'heure, il rejoint Stills au sein du supergroupe folk Crosby, Stills & Nash, le temps d'un album référence, "Déjà Vu", et de quelques concerts et festivals dont celui de Woodstock, où il refuse d'être filmé. De premiers signes d'indocilité, qui ne l'empêchent pas de devenir plus célèbre que jamais. Young connait en effet une première apothéose avec "Harvest", album plaisant mais pas transcendant de country rock "middle of the road", sorti en 1972.

Toutefois, Neil Young ne se contente pas des hommages convenus que lui rendent des hippies en voie de normalisation. La mort par overdose de Danny Whitten du Crazy Horse en 72, celle d'un roadie un an plus tard, sont l'occasion d'un virage dans sa carrière musicale : ses disques désormais plus sombres, lui valent l'hostilité de la critique. Cette période aboutit toutefois à deux nouveaux classiques : ("Tonight's the Night" en 1975 (en fait enregistré en 1973), et le presque hard rock "Zuma", la même année, en compagnie du Crazy Horse. La suite est plus erratique, jusqu'à ce que la génération punk découvre en ce vieil hippy en rupture de ban avec ses congénères l'un de ses parrains, notamment les Sex Pistols qui le reprennent à la télévision.

Le loner renvoie l'ascenceur aux jeunes punks sur un nouveau classique, "Rust Never Sleeps", en 1979, et lors de la tournée du même nom où il caricature et tourne en ridicule tous les clichés du rock. Au cours des années 80, encouragé par la reconnaissance de la nouvelle génération, Young cherche à se renouveler sans cesse : gros rock sur Re-ac-tor, électronique et vocoder sur "Trans", rockabilly sur "Everybody's Rockin'". Toujours intéressant mais jamais renversant, ses nouveaux albums sont des semi-échecs. Mais entretemps, émerge une troisième génération qui se réclame elle aussi du loner, et signe un tribute album en 1989, "The Bridge". Dès lors, le Canadien est remis en selle, et n'hésite plus à dénoncer un star system qu'il n'a jamais complètement rejoint.

"Freedom", l'album de cette critique est, ô paradoxe, un succès complet. Tout au long des années 90, Neil Young est à nouveau au devant de la scène et assume des titres un peu ridicules comme celui de "grand-père du grunge". Il signe alors une série de bons albums, qui rappellent à chaque fois son immense influence sur la musique de l'époque : "Ragged Glory" et son rock incandescent ; l'assourdissant live "Weld/Arc" ; le paisible "Harvest Moon" ; un "Unpplugged" ; un "Sleeps with Angels" hommage à son fan suicidé, Kurt Cobain ; "Mirror Ball", enregistré avec les rustres de Pearl Jam, leur idiot de chanteur heureusement en retrait ; un disque instrumental pour le "Dead Man" de Jim Jarmusch. Après 1996, et un "Broken Arrow" plutôt raté, Young redevient plus discret. Mais qu'importe. Il est l'un des rares vétérans du rock à encore susciter le respect.

Sylvain

> Discographie :

Buffalo Springfield

> Buffalo Springfield (1967)
> Buffalo Springfield Again (1967)
> Last Time Around (1968)

Crosby, Stills, Nash & Young

> Déjà Vu (1970)
> Four Way Street (1971)
> So Far (1974)

Neil Young (avec ou sans Crazy Horse)

> Neil Young (1969)
> Everybody Knows this is Nowhere (1969)
> After the Gold Rush (1970)
> Harvest (1972)
> Journey Through the Past (1972)
> Time Fades Away (1973)
> On the Beach (1974)
> Tonight's the Night (1975)
> Zuma (1975)
> Long May you Run (1976)
> American Stars'n Bars (1977)
> Give to the Wind (1978)
> Comes a Time (1978)
> Live Rust (1979)
> Rust Never Sleeps (1979)
> Hawks & Doves (1980)
> Where the Buffalo Roam (1980)
> Re-ac-tor (1981)
> Trans (1983)
> Everybody's Rockin (1983)
> Old Ways (1985)
> Landing on Water (1986)
> Life (1987)
> This Note's for you (1988)
> Freedom (1989)
> Eldorado (1989)
> Ragged Glory (1990)
> Arc-Weld (1991)
> Harvest Moon (1992)
> Lucky Thirteen (1993)
> Unplugged (1993)
> Sleeps with Angels (1994)
> Mirror Ball (1995)
> Dead Man (1996)
> Broken Arrow (1996)
> Crazy Moon (1997)
> Year of the Horse (1997)