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SOULED AMERICAN
> Souled American : comme le disait le songwriter Richard Thompson, "culte" veut la plupart du temps dire "inconnu" et "mal payé". On n'aura pas de mal à dire que Souled American est l'archétype du groupe culte, inconnu à peu près partout et mal payé en retour de sa musique aride et dangereusement belle. Pourtant, lorsqu'ils sortent leur premier album en 1988, ils sont les premiers - bien avant Palace and co - à ramener la country - la vraie, les pieds dans la boue et les yeux qui pleurent - dans le pré carré de l'indie-music US.
Pourtant, pas de revival stetson & santiags pour ces chicagoans. Déjà le décalage avec les orthodoxes du genre est patent : une basse quasi-reggae, une batterie contrariée, et surtout la voix extraordinaire de Chris Gigoroff, croisement entre un Johnny Cash décharné et un coyote méchamment imbibé. Pendant les 3 albums suivants - dont un album de reprises - Souled American poursuit sa route de pionnier, évoluant en douceur d'un swamp-rock tortueux vers une country laid-back très languide. Le petit écho critique qu'ils recoivent tardivement en Grande-Bretagne ne servira pas à grand-chose puisque la faillite de leur maison de disques, Rough trade, les ramène à leur point de départ, c'est-à-dire nulle part.
Le second acte va dès lors se jouer avec un petit label allemand et deux disques joués de l'autre côté du miroir, sous les aurores boréales. Avec "Frozen" (1994) c'est le grand écart entre les racines et le vide, et accessoirement l'invention d'un nouveau genre, entre Hank Williams, le Gene Clark de "No Other" et les musiques fonctionnelles de Brian Eno. La country est vidée de ses entrailles et proprement nettoyée. Totalement diffractée, tamisée, la musique est réduite à un champ de guitares étales et abstraites, sur laquelle reigne épisodiquement la voix croassante du crooner glacial Grigoroff. Ce que la country engourdie perd d'american dans ce disque, elle le gagne largement en soul. Un disque plus proche des premiers Labradford ou de l'ambient que du folk des feux de camp.
Bizarrement, la déferlante post-rock de Chicago ne bénéficiera pas à Souled American, à peu près totalement ignorés non seulement aux USA mais également en leur fief Chicago. C'est dans l'indifférence totale qu'ils sortent "Notes Campfire" en 1996, qui prolonge et creuse un peu plus leur nouvelle orientation : la batterie n'a le droit qu'à un coup de cymbale sur tout l'album, les guitares et la basse entrent en hibernation - ou en cure de psychotropes - et Chris, plus largué et expressif que jamais, chante "There's no love on my street/No wave from the corner/ Man, it's all dark on my street/ And I don't understand."
Les esprits paresseux ne voient toujours en Souled American qu'un émule mollasson de Palace ou de Smog, alors que nous préférerons toujours y voir une ambition définitivement unique et subversive - et réussie - d'épuiser le vieux canasson de la country, le mettre à terre, l'achever, l'enterrer, et ne garder que les meilleurs souvenirs. Récemment des américains archéologues redécouvrent avec enthousiasme Souled American - qui avait toujours été là -, Richard Buckner ou Jim O'Rourke sont des fans déclarés. Quant à l'avenir, le groupe, réduit à deux, n'a pas trouvé de label pour sortir le prochain album : c'est toujours aussi difficile de sortir du statut de groupe culte.
Laurent Vaissière
Discographie :
Albums
> Fe (Tumult records, 1987)
> Fubber (Tumult records, 1988)
> Sonny (Tumult records, 1989)
> Around the horn (Tumult records, 1990)
> Frozen (Checkered Past records, 1993)
> Notes campfire (Catamount records, 1997)
Etant donné qu'il est difficile de trouver les disques mentionnés, voici les coordonnées des labels
Tumult records : http://www.tumult.net
Contact : aminor@dnai.com
Checkered Past records : http://www.checkeredpast.com
Contact : scott@checkeredpast.com
Catamount records : http://www.catamountco.com
Contact : catamount1@mindspring.com
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