Orwell - L'archipel, île par île

25/04/2005, par Guillaume Sautereau | Track by track |
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J'avais reçu un questionnaire par courrier électronique, le genre d'email adressé à 250 personnes que j'ai pris l'habitude d'effacer immédiatement. Et puis cet ami qui insiste, qui me dit que je devrais répondre aux questions, que c'est étonnant. Au terme de l'exercice, des chansons sont censées résumer mon existence. Celle qui s'avère la plus essentielle pour moi, d'après ce petit jeu, est  "On Islands"  de New Musik, groupe techno pop des années 80. Si j'ai ri de cette conclusion sur le moment (le morceau est pour le moins obscur), je trouve la coïncidence plutôt intéressante alors que sort "L'archipel", notre nouvel album. Car le choix de cette métaphore pour évoquer les idées de communauté et de place au sein d'une société, d'une famille ou d'un couple - présentes dans le disque - résonne différemment à la résurgence de cette anecdote. Et puis il y a cette photo de mes parents à la plage, datant d'une époque où je n'existais pas, qui s'est retrouvée presque par hasard sur la pochette de l'album. Elle me semble aujourd'hui parfaite, quand je constate l'insouciance qu'elle dégage, alors que je sais les tourments qu'a connus ce jeune couple par la suite pour assurer la survie de sa petite île, sur laquelle j'ai grandi.

ORWELL - L'archipel

In your playground
Un morceau inhabituel pour démarrer le disque. Presque de la virulence, rare chez les paisibles trentenaires que nous sommes. Sans doute la facette la plus extravertie de ce qu'on peut produire, un titre loin de notre culture française (chanter dans une autre langue permet d'être un peu plus théâtral dans l'interprétation, de sortir de soi). Pratique puisque le morceau traite de l'immobilisme. Une anecdote : alors que nous étions en train de mixer l'album, nous avons reçu la visite de JP Nataf au studio. Bien sûr, nous lui faisons écouter notre travail (ce titre en l'occurrence) et, à ce moment, je me rappelle la nette référence à la chanson des Innocents, "Un monde parfait", dans l'arrangement des chœurs. Je lui avoue en préambule, un peu gêné. Il a souri.

Mon adversaire
Retour à l'identité, ou plutôt à une certaine dualité. Les deux visages du groupe cohabitent dans ce morceau, celui qui rêve d'écrire comme Burt Bacharach en face de celui qui essaie de se réaliser dans sa propre langue. Le caractère sinueux de la mélodie peut rappeler "Alone Again (Naturally)" de Gilbert O'Sullivan, spolié au passage par Vladimir Cosma pour le générique de "La Boum". On aurait pu lui pardonner, mais si on ajoute l'inadmissible son de synthé du générique de "Sam et Sally", ça fait beaucoup.

Jérôme Didelot

De l'autre côté
Cela peut paraître stupide, mais lorsque j'ai ébauché ce morceau, j'avais en tête le souvenir du dessin animé "Butterfly Ball", qui passait quasiment tous les soirs sur Antenne 2 quand j'étais gamin. J'adorais l'ambiance utopique de cette petite comédie musicale en animation, que l'on doit à un membre de Deep Purple. Difficile de croire que la chanson est interprétée par l'effrayant Ronnie James Dio, sorte de Freddy Krueger du "heavy metal" des années 80. J'espère n'avoir pas inconsciemment essayé de chanter comme lui. Je suis content du rendu des chœurs un peu stridents du refrain. J'avais en tête les voix incroyables des choristes Flo et Eddie (des Turtles) sur le brillant album des Psychedelic Furs, "Forever Now", produit par Todd Rundgren. Heureusement, nous avions sous la main Julien, alias Jack and The', un ami musicien à l'organe haut perché.

Everywhere
Peut-être notre rêve américain, en tout cas une tentative délibérée de reconstituer un son qui nous est cher, courant dans certains disques des années 70. L'irrésistible partie de Wurlitzer d'Alexandre nous y a bien aidés. Pour évoquer l'appel des grands espaces et l'insatiable curiosité de celui qui se cherche, il fallait bien ça. N'oublions pas le subtil son de batterie concocté par Sébastien, homme à tout faire de Few Notes Overboard !, musicien, technicien, vidéaste, bon père... bref, l'homme idéal.

Alexandre

Happy Where You Are
Voici un titre qui ne ressemble pas à sa démo. La maquette a dû végéter pendant deux ans, elle sonnait comme un vague groupe de brit pop qui aurait enregistré dans sa cuisine. Et puis nous avons tenté de prendre une direction plus "groovy", ce qui a permis à Thierry de caser la guitare "cocotte" qu'il essaie de glisser dans chaque morceau. Bon, ce n'est pas encore du Chic, mais sûrement ce qu'on peut faire de plus dansant. Un certain James Warren est aux chœurs, on en reparle plus bas.

Interruption
L'archipel est conçu comme un disque vinyle, avec deux parties qui pourraient constituer deux faces. Ce titre instrumental sert à marquer la séparation, nous quittons donc la naïve jubilation des premiers morceaux pour entrer dans un registre plus cérébral, voire mélancolique. Il permet aussi à Régis, notre batteur, de faire valoir son toucher jazz. Et puis les violons et les mandolines y font bon ménage.

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