Outfit-Interview

09/11/2015, par | Interviews |
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Outfit a produit avec “Slowness” l’un des disques les plus intéressants de l’année. Minimal dans sa structure, il révèle un réel talent de composition. Malheureusement passé inaperçu en France, il n'est pas trop tard pour effectuer une piqûre de rappel avec une interview d’Andrew Hunt, son leader, afin de percer le mystère d’un disque qui complexifie l’éloge de la lenteur.

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“New Air” est un titre parfait pour ouvrir l’album. Je trouve qu’il représente une sorte de synthèse de l’album. Ce titre s’est-il imposé de lui même comme une évidence pour débuter “Slowness” ?

Oui, alors que le titre n’était qu’au stade de l’ébauche, nous savions déjà que ce morceau allait ouvrir le disque. Ce morceau laisse passer un peu de lumière, contrairement au reste de “Slowness” qui se révèle parfois assez sombre. Je pense qu’il ne fallait pas non plus faire suffoquer l’auditeur dès le premier titre !

Il y a souvent eu dans les chroniques françaises des références à Talk Talk, en terme d’espace laissé dans votre musique. Le groupe était-il un des modèles que vous aviez en tête avant de vous mettre à travailler sur “Slowness” ?

C’est une comparaison très flatteuse ! Talk Talk a toujours été une influence pour nous car nous admirons la façon dont ils ont petit à petit épuré leur son. Ils ont commencé leur carrière en tant que groupe pop et ils ont déconstruit les fondations de leur musique jusqu’à obtenir une liberté qui leur a permis d’explorer leurs émotions dans un cadre qu’une pop-song ne te permet pas. Notre approche pour “Slowness” a été similaire. Nous sommes conscients depuis le début qu’être cinq dans un groupe rend parfois la musique trop dense. Lorsque nous composons, nous gardons toujours en tête l’objectif de laisser de l’espace dans nos chansons.

Vos goûts musicaux au moment de l’enregistrement de “Slowness” étaient-ils radicalement différents de ceux de “Performance” ?

Contrairement au premier album, nous avons choisi de ne pas prendre d’albums ou de styles de musique en référence. Nous voulions pouvoir nous autoriser à croire en notre intuition pour réussir à créer un disque dans un univers qui nous est propre. Pour le meilleur et pour le pire. De mon côté, j’écoutais pas mal de musique électronique abstraite pendant l’enregistrement. Mais parfois une influence se dévoile plus à travers une attitude ou une philosophie qu’en termes purement musicaux.

Les arrangements sont dépouillés mais plus ambitieux que sur “Performance”, la structure des chansons plus complexe. Pourrais-tu nous en dire plus sur le chemin parcouru depuis “Performance” pour arriver à ce résultat ?

Nous ne voulions pas nous sentir trop enfermés dans le format classique d’une pop-song car c’est quelque chose que nous avions poussé à l'extrême sur notre album précédent. Intrinsèquement, nous sommes un groupe qui compose des titres mélodiques. Il était intéressant d’essayer d’en tirer quelque chose de plus expérimental. Des titres comme “Happy Birthday” ou “Swam Out” résument bien notre volonté. Cette envie d’aventures sonores et d’expressions de nos émotions a toujours été le noyau du groupe. Pour “Slowness”, nous étions tous à un stade de nos vies privées qui nous faisait ressentir ce besoin de casser un peu les barrières de la pop. La vie n’est pas un long fleuve tranquille, et nous voulions que l’album le reflète.

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L’album a été enregistré entre Liverpool, Londres et New York. Comment vous êtes vous retrouvés à enregistrer dans trois endroits différents, et quelles influences ces trois sessions ont-elles eu sur l’album ?

L’album en lui-même a été enregistré à Liverpool, mais j’ai composé plusieurs titres à New York (où il habitait , alors que d’autres membres du groupe avaient quitté Liverpool ndlr). Nous retrouver tous ensemble pour prendre le temps de travailler sur le disque nous a permis de réaliser que nous étions tous dédiés à une vision commune de la musique. Il aurait été facile de mettre fin au groupe, mais nous ne l’avons pas fait. Cette détermination d’avancer ensemble nous a rendu encore plus proches, aussi bien en tant qu’amis que comme musiciens. On sent une réelle unité sur ce disque.

Vous avez enregistré et produits vos deux albums par vous-même. Quelle raison vous a motivé ?

L’argent, la flexibilité et une volonté de développer nos compétences.  Je trouve que c’est fun d’apprendre à réaliser un projet par toi-même.

N’avez-vous pas envie de faire appel à un producteur extérieur pour un prochain disque, afin de voir ce qu’il pourrait apporter au groupe ?

Nous y avons pensé à plusieurs reprises. Mais il aurait peut être fallu que nos chansons soient plus adaptées à un type d’enregistrement traditionnel. Nos titres sont travaillés à partir de méthodes ésotériques, aussi bien au niveau du son que la structure. Il aurait été difficile d’attendre d’une personne extérieure qu’elle comprenne notre fonctionnement. Mais si un jour nous enregistrons un album dans les conditions du live, un producteur nous sera certainement très utile. Nous ne sommes pas opposé à l’idée de l’intervention d’un producteur, il faut juste trouver la bonne personne.

Andrew, tu as vécu une relation à longue distance qui a eu un impact sur ce qu’est devenu “Slowness”. La situation va être inversée car tu habites maintenant à New York avec ta femme. Considères tu que vivre aussi loin du groupe, basé à Liverpool, et cette nouvelle vie à New York comme un nouveau challenge artistique qui va nourrir le prochain album d’Outfit ?

Ma femme et moi venons juste de déménager au Royaume-Uni. Si nous enregistrons un troisième album, cela va rendre les choses beaucoup plus faciles.

Pourrais-tu nous en dire plus le nom de l’album, “Slowness” qui fait référence à une nouvelle de Milan Kundera ?

Il y a un passage du livre où Milan Kundera se sert de la notion de lenteur pour décrire le désir et l’envie, et la rapidité pour décrire l'impulsion de l’oubli. Il utilise l’image d’un homme marchant dans la rue à vive allure, essayant de fuir un évènement qui l’a stressé et mis en colère. De l’autre côté de la rue se trouve un homme plongé dans ses pensées, se remémorant une relation amoureuse. Il est tellement heureux qu’il marche très lentement. Ce passage du livre m’a frappé, parce que je vivais une relation à longue distance avec ma femme, mais aussi mes amis. Je trouve que l’éloge de la lenteur est vraiment sous-estimée.

Vous venez d’achever votre tournée européenne. Quelle approche avez-vous donné aux chansons en live par rapport à l’album ?

Il a été très facile de jouer ces titres en live car nous avons utilisé peu d’instruments en studio. Nous avions donc un équipement pas compliqué à gérer, et suffisamment de personnes sur scène pour rendre justice au disque. Nous avons également sélectionné quelques titres plus anciens, pour que les concerts soient variés, mais avec un fil conducteur.

L’exercice du live vous est-il facile ou préférez-vous le travail en studio ?

Nous adorons jouer live, mais cela entraîne toujours des problèmes pratiques. Je pense que notre personnalité ressort plus sur disque qu’en concert. Je ne suis pas en train de dire que nous sommes mauvais sur scène, mais juste que ce qui fait la magie du groupe est conçu en studio. Tout part de là. Nous ne passons pas un mois enfermés dans une pièce à expérimenter avant de commencer à enregistrer. Mais nous prenons soin de trouver le bon équilibre pour construire nos morceaux et nous prenons un sacré plaisir à le faire.

 

Un grand merci à Andrew Hunt et à Estelle Ngantchou

Crédit photos : Ben Morgan

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