Parquet Courts, vite

02/10/2013, par | Autre chose |
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On ne sait pas si les Parquet Courts sont le futur du rock’n’roll, mais on peut en tout cas affirmer que c’est un groupe aussi excitant et fulgurant sur scène que sur disque. A vérifier ce mois-ci avec quelques dates françaises et un nouvel EP.

Avec la sortie de leur premier album “Light up Gold” et plusieurs dates dans les festivals (notamment en France), l’Europe a eu tout loisir de découvrir les Parquet Courts durant l’été. Les critiques élogieuses ne semblent pas être montées à la tête des Américains, qu’on rencontre dans leur hôtel parisien deux jours après leur prestation remarquée à Rock en Seine. Austin Brown, chanteur-guitariste dégingandé aux faux airs de Thurston Moore jeune, ayant préféré se soustraire aux obligations promotionnelles, on se retrouve face aux trois quarts du groupe, occupés à se faire servir des verres de vin rouge, éventuellement allongé de Coca (on leur précise que les Espagnols appellent ça un calimucho, que ça doit se boire très frais et qu’on préfère ne pas goûter).

De gauche à droite : Andrew Savage, l’autre chanteur-guitariste et songwriter, son frère Max, batteur rouquin, et le bassiste Sean Yeaton. Le second ne dira pas un mot et se replongera dans un gros bouquin sitôt la discussion terminée ; le troisième sortira deux phrases ; le premier, sans être expansif à l’excès, sera heureusement plus prolixe. On sent une tête bien faite et bien posée sur les épaules, et une certaine distance amusée, ce que laissaient présager ses textes sardoniques et joliment tournés – il dira d’ailleurs les écrire généralement avant la musique.

 Parquet Courts

Hormis Sean qui est de Boston, les Parquet Courts sont texans mais se sont installés à New York. On s'en étonne un peu, le Texas ayant nous semble-t-il le vent en poupe, grâce notamment à Austin et au festival South by Southwest. Andrew explique simplement ce déménagement par la soif de nouveauté, la volonté d'aller voir ailleurs. "New York est assez éloigné du Texas, à la fois géographiquement et par l'état d'esprit des habitants. Je viens de Denton, une ville universitaire de plus de 100 000 habitants, ce n'est pas une "smalltown", mais la plupart des gens que j'y connais sont partis pour Austin ou New York. Ça me semblait donc logique d'y aller moi aussi". En fait, Andrew n'a pas totalement coupé les ponts avec son Etat d'origine où il avait fondé deux groupes, Fergus & Geronimo et Teenage Cool Kids. Si le second semble aujourd’hui abandonné, il espère pouvoir continuer à jouer avec le premier (un duo avec Jason Kelly, à la base), souvent comparé aux Mothers of Invention de Frank Zappa pour son esprit non-conformiste. "Je ne dirai pas forcément que c’est facile d’avoir deux groupes en même temps, mais ça me semble faisable."

“Light up Gold” enchaîne pied au plancher des morceaux souvent très brefs, rapides et agressifs (la moitié ne dépassent pas les deux minutes), parfois plus longs et lancinants, tournant autour de quelques accords. Certains y ont vu une sorte de chronique de la vie – aussi exaltante que difficile – dans une grande ville, New York en l’occurrence. Ecoutez par exemple “Stoned and Starving” : "I was walking through Ridgewood, Queens. I was flipping through magazines. I was so stoned and starving". Andrew approuve : "Oui, un morceau comme “Yonder Is Closer to the Heart” parle aussi de ça, pour autant ce n’est pas non plus le thème unique de nos chansons, si tant est que les paroles aient vraiment un thème précis. Mais forcément, nos textes reflètent notre environnement. On peut y trouver un certain désenchantement face au quotidien, mais aussi de l’humour."

Parquet Courts

L’album a été enregistré en live, en trois jours. Par manque d’argent ? "C’est vrai que nous n’avions pas un radis, mais le fait de devoir le faire vite nous a permis de rester spontanés, ce qui est une bonne chose. Nous préférions faire ça plutôt que d’étaler des séances d’enregistrement sur une longue période." Les Parquet Courts semblent les premiers étonnés de l’accueil dithyrambique réservé à “Light up Gold”. "Notre seul but en commençant le groupe était de donner le plus de concerts possible à New York, même si personne ne venait, et de sortir un disque, même si personne ne l’achetait… On se disait que si on avait beaucoup de chance, on viendrait peut-être jouer en Europe. Nous avons donc déjà largement dépassé nos objectifs !"

En enchaînant cet été les Eurockéennes, la Route du rock et Rock en Seine (pour ne citer que les festivals français), les Américains ont clairement changé de braquet : "A New York, nous avons plutôt l’habitude de jouer dans de petites salles, des endroits DIY où tu peux fumer à l’intérieur et où tout le monde peut boire de l’alcool. C’est de là que nous venons." Sean sort de son mutisme pour acquiescer : "Personnellement, ça ne me gênerait pas de jouer toute ma vie dans des bars. Nous aimons tous nous sentir proches du public, ce qui est difficile quand plusieurs mètres et des barrières nous séparent." Les deux musiciens disent néanmoins avoir apprécié leurs récentes dates françaises, et notamment la Route du rock, "sans doute notre meilleur concert de la tournée".

Parquet Courts

On leur cite les noms pêchés dans les critiques de l’album et autres articles et commentaires, ou ceux qui nous sont venus à l’esprit, pêle-mêle : Modern Lovers, Velvet Underground, Neil Young, Richard Hell, The Feelies, Pavement, Sonic Youth, The Fall, Wire première époque, The Strokes, The Walkmen… Ils approuvent : "On a pu être surpris par certains rapprochements, mais je pense que chacun de ces groupes a au moins un fan dans le groupe. Leur musique a forcément eu une influence sur celle que nous jouons, d’une manière ou d’une autre. Après, quand un journaliste cite un artiste que nous n’avons jamais écouté, ça ne signifie pas forcément qu’il est à côté de la plaque. Ça peut me donner envie de le découvrir. Mais on est toujours content quand les comparaisons sont pertinentes, quand la personne qui a écouté le disque a compris quelles étaient nos origines musicales."

Parmi leurs contemporains, ils disent apprécier Tyvek, un groupe de Detroit qui sonne un peu comme eux, The Men, avec lesquels ils ont tourné, ou Ty Segall et toute la nouvelle scène garage californienne. En revanche, ils ne se sentent pas spécialement proches d’autres groupes new-yorkais. Andrew : "Dans les années 2000, la mode était plutôt aux groupes dansants comme LCD Soundsystem, The Rapture… Aujourd’hui, il y a une importante scène hardcore, également des choses plus indie pop, et puis toujours une forte tradition expérimentale… Je vais voir beaucoup de concerts dans divers styles, et je ne pense pas que Parquet Courts puisse être rattaché à une scène en particulier."

Parquet Courts pochette

Encore tout frais en Europe, le premier album est en fait sorti une première fois aux Etats-Unis à l’été 2012, avant d’être réédité début 2013 sur le petit label de Brooklyn What’s Your Rupture. Pas très étonnant, donc, qu’un nouveau EP, “Tally All The Things That You Broke”, débarque dès cet automne, en attendant un deuxième album prévu pour l’année prochaine. On y retrouve des titres secs et nerveux dans la lignée de l’album, comme “You’ve Got Me Wondering Now” ou “Descend (The Way)”, le bref “Fall on Yr Face” qui semble encapsuler en 85 secondes les influences de Captain Beefheart, The Fall et Pavement, mais aussi le nettement plus long (7’38”) et inattendu “He’s Seing Paths”, dont le talk-over sur une boucle folk bricolée évoque irrésistiblement le “Loser” de Beck (et aussi Cake et les Beastie Boys). "C’est un peu du rap, c’est vrai. Une chanson qui parle directement de New York, et qui était très amusante à faire. On n’en a pas d’autres dans ce style-là, mais ça pourrait être une direction à suivre pour la suite." Loin de n’avoir qu’un tour dans leur sac, les Parquet Courts devraient encore faire des merveilles avec quelques punchlines et une poignée d’accords. On a hâte de tirer de nouveau une latte.

A voir, une excellente session filmée dans le magasin de vélos de Lance Armstrong (!) à Austin, qui démarre avec l'inédit “She's Rolling”.

Photos DR

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