Pascal Comelade - Interview, première partie

07/11/2007, par Luc Taramini | Interviews |
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Comment choisissez-vous vos partenaires de jeux ? Qu'est-ce que les collaborations vous apportent ?

Ça me sauve et ça me permet de continuer à travailler. Mais tout ça, c'est le fruit du hasard. Il n'y a aucune recherche. C'est vrai qu'en mettant à plat les noms que j'ai croisés, ça donne l'armée mexicaine mais il y a jamais eu de calcul de ma part. On ne peut pas calculer ces choses-là. Ce sont des rencontres totalement hasardeuses et heureuses.

Pascal Comelade

Alors quelle part faites-vous entre la pratique solitaire de la musique et la confrontation aux autres ?
Déjà, la collaboration est minoritaire dans mon travail. Sur trente ans, il y a 80 % de pratique solitaire (ça peut aller jusqu'à la branlette, rires). Ok, c'est très important, mais ce n'est pas primordial. Sur les deux derniers albums, je suis tout seul, ni reprises, ni collaborateurs. Le dernier album officiel avec des invités date de 1998 ("L'argot du bruit", ndlr). Et je ne parle pas de collaborations scéniques.

Pourtant sur scène, vous avez un noyau dur de musiciens ?
L'orchestre n'est pas stable, on ne répète jamais, c'est ce qui nous sauve. J'ai accumulé tout ce qu'il ne faut pas faire, à la fois comme pianiste et comme orchestre. On ne répète jamais, on ne se parle pas, il y a aucun échange. On se connaît, c'est tout. Les gens avec qui je joue, j'ai passé ma vie au bistrot avec eux, il y a vingt ans de ça. Donc aujourd'hui, on se comprend au quart de tour. Et surtout, on sait ce qu'il ne faut pas faire.

Vous dites que le rock'n roll et la BD sont deux genres surhumains au regard de la masse d'informations générées...
Mais bien sûr, c'est l'achèvement de la culture de l'humanité. Ce sont les deux phénomènes culturels les plus énormes. On termine un millénaire et on en commence un nouveau avec ça. C'est une évidence. Ce n'est pas la peinture, ni le cinéma. Tout ce qui se passe aujourd'hui fait référence à ces deux genres. Même si les postures officielles ne le reconnaissent pas. Le rock'n roll et la bande dessinée sont toujours considérés comme des arts mineurs. Pourtant, il y a plus d'inventivité et de remise en cause dans le monde des illustrateurs de BD que dans le monde des plasticiens occidentaux. Entendons nous bien, je ne critique pas l'art conceptuel - d'ailleurs, je n'en ai rien à foutre -, je constate simplement que la frénésie de création, on la trouve dans le rock'n roll et la BD. Regarde le chemin parcouru entre Eddie Cochran et The Residents ou en BD entre Les Pieds Nickelés et Charles Burns. C'est hallucinant. A partir d'un truc répétitif sur une grille de trois accords, on arrive à des millions d'informations sonores en un laps de temps ultra réduit. Où retrouve t-on cette frénésie créative dans l'histoire de l'humanité ?

Quel regard portez-vous sur votre production qui est aussi très dense ? Peut-on parler de frénésie justement ?
D'un point de vue "variété", ça ressemble à de la surproduction. Du point de vue d'un musicien de jazz, c'est rien du tout. Dans la réalité, si on comptabilise les choses réellement diffusées, il doit rester une dizaine d'albums depuis 1992. Donc ce n'est pas si énorme que ça. Par contre, si je pouvais en faire dix fois plus, je n'hésiterais pas. Et là, je situerais mon rythme de production au niveau de ceux des musiques improvisées ou du jazz.

Si vous pouviez en faire plus, quel serait l'intérêt d'enregistrer autant de musique ?
Bien sûr, on peut demander à tous les musiciens qui surproduisent pourquoi ils balancent autant de choses sur le marché car personne n'achètera tout ce qu'ils font. Mais bon, au moment où je produis, je n'y pense pas.

Je ne parle pas forcément de disques mais simplement d'enregistrements ?
Je n'enregistre pas tout. Pas les concerts par exemple. Dans ma vie, j'ai dû enregistrer un live et encore, c'était le fruit du hasard. C'était lors d'un concert à Lisbonne. Encore une fois, c'est rien. Dans le milieu du jazz, y'a des mecs qui ont sorti des dizaines d'enregistrements live.

A lire également :

La seconde partie de l'interview

Photos de Julien Bourgeois [site]
Merci à Vianney.

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