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Comment
choisissez-vous vos partenaires de jeux ? Qu'est-ce que
les collaborations vous apportent ?
Ça me sauve et ça me permet de continuer à
travailler. Mais tout ça, c'est le fruit du hasard.
Il n'y a aucune recherche. C'est vrai qu'en mettant à
plat les noms que j'ai croisés, ça donne l'armée
mexicaine mais il y a jamais eu de calcul de ma part. On
ne peut pas calculer ces choses-là. Ce sont des rencontres
totalement hasardeuses et heureuses.

Alors
quelle part faites-vous entre la pratique solitaire de la
musique et la confrontation aux autres ?
Déjà, la collaboration est minoritaire dans
mon travail. Sur trente ans, il y a 80 % de pratique solitaire
(ça peut aller jusqu'à la branlette, rires).
Ok, c'est très important, mais ce n'est pas primordial.
Sur les deux derniers albums, je suis tout seul, ni reprises,
ni collaborateurs. Le dernier album officiel avec des invités
date de 1998 ("L'argot du bruit", ndlr). Et je
ne parle pas de collaborations scéniques.
Pourtant
sur scène, vous avez un noyau dur de musiciens ?
L'orchestre
n'est pas stable, on ne répète jamais, c'est
ce qui nous sauve. J'ai accumulé tout ce qu'il ne
faut pas faire, à la fois comme pianiste et comme
orchestre. On ne répète jamais, on ne se parle
pas, il y a aucun échange. On se connaît, c'est
tout. Les gens avec qui je joue, j'ai passé ma vie
au bistrot avec eux, il y a vingt ans de ça. Donc
aujourd'hui, on se comprend au quart de tour. Et surtout,
on sait ce qu'il ne faut pas faire.
Vous dites que le rock'n roll et la BD sont deux
genres surhumains au regard de la masse d'informations générées...
Mais bien sûr, c'est l'achèvement de la culture
de l'humanité. Ce sont les deux phénomènes
culturels les plus énormes. On termine un millénaire
et on en commence un nouveau avec ça. C'est une évidence.
Ce n'est pas la peinture, ni le cinéma. Tout ce qui
se passe aujourd'hui fait référence à
ces deux genres. Même si les postures officielles
ne le reconnaissent pas. Le rock'n roll et la bande dessinée
sont toujours considérés comme des arts mineurs.
Pourtant, il y a plus d'inventivité et de remise
en cause dans le monde des illustrateurs de BD que dans
le monde des plasticiens occidentaux. Entendons nous bien,
je ne critique pas l'art conceptuel - d'ailleurs, je n'en
ai rien à foutre -, je constate simplement que la
frénésie de création, on la trouve
dans le rock'n roll et la BD. Regarde le chemin parcouru
entre Eddie Cochran et The Residents ou en BD entre Les
Pieds Nickelés et Charles Burns. C'est hallucinant.
A partir d'un truc répétitif sur une grille
de trois accords, on arrive à des millions d'informations
sonores en un laps de temps ultra réduit. Où
retrouve t-on cette frénésie créative
dans l'histoire de l'humanité ?
Quel
regard portez-vous sur votre production qui est aussi très
dense ? Peut-on parler de frénésie justement
?
D'un
point de vue "variété", ça
ressemble à de la surproduction. Du point de vue
d'un musicien de jazz, c'est rien du tout. Dans la réalité,
si on comptabilise les choses réellement diffusées,
il doit rester une dizaine d'albums depuis 1992. Donc ce
n'est pas si énorme que ça. Par contre, si
je pouvais en faire dix fois plus, je n'hésiterais
pas. Et là, je situerais mon rythme de production
au niveau de ceux des musiques improvisées ou du
jazz.
Si
vous pouviez en faire plus, quel serait l'intérêt
d'enregistrer autant de musique ?
Bien
sûr, on peut demander à tous les musiciens
qui surproduisent pourquoi ils balancent autant de choses
sur le marché car personne n'achètera tout
ce qu'ils font. Mais bon, au moment où je produis,
je n'y pense pas.
Je
ne parle pas forcément de disques mais simplement
d'enregistrements ?
Je
n'enregistre pas tout. Pas les concerts par exemple. Dans
ma vie, j'ai dû enregistrer un live et encore, c'était
le fruit du hasard. C'était lors d'un concert à
Lisbonne. Encore une fois, c'est rien. Dans le milieu du
jazz, y'a des mecs qui ont sorti des dizaines d'enregistrements
live.
Suite et fin de l'interview, la semaine prochaine...
Propos
recueillis par Luc Taramini
Photos de Julien Bourgeois [site]
Merci à Vianney.
A
lire également :
La
seconde partie de l'interview
La
chronique de "Monofonicorama
best-Off 1992-2005"
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