Pascal Comelade - Interview, deuxième partie

14/11/2007, par Luc Taramini | Interviews |
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A contrario, avez-vous déjà été déçu par une collaboration ?

Je n'en ai pas fait cent mille non plus ! Il y a eu PJ Harvey et Robert Wyatt et quelques acteurs sur scène. Si je devais regretter des trucs, c'est plutôt le fait d'aller jouer quatre notes sur le disque d'un tel parce que ça n'a aucun intérêt mais que c'est juste pour faire plaisir. En fait, je n'ai pas à rougir de quoi que ce soit. Parfois, ce qui a pu me gonfler ce sont des engagements contractuels comme sortir en CD la BO d'un film que j'ai faite et qui pour moi n'a aucun intérêt à être pressée.

Pascal Comelade

Parlez-nous du livre qui vous a été consacré ?
Ce truc est sorti il y a dix ans. C'est à moitié une discographie avec des commentaires plus ou moins heureux et à moitié une compilation d'articles que j'ai écrits dans des fanzines dans les années 80. Ce n'est en aucun cas une biographie.

Qu'est-ce que vous inspire le phénomène des Pascals au Japon ?
Pour aller vite, c'est un produit conforme à leur culture du clonage du cliché occidental. Après, ce que j'en pense ? Que c'est un pillage honteux du Penguin Café Orchestra qui n'existe plus depuis la mort de Simon Jeffes. J'aimerais que les journalistes qui ont fait l'apologie des Pascals et les programmateurs qui les ont fait tourner citent au moins le Penguin Café Orchestra en référence. J'ai beaucoup de mal avec ça. J'ai écouté leurs deux premiers disques, c'est un pompage éhonté du Penguin Café. La plaisanterie dure depuis cinq ou six ans quand même ! Le problème, c'est aussi qu'on ne trouve plus les disques du groupe et que c'est difficile de fournir la preuve. C'est le problème de la musique populaire qui n'est pas enseignée comme le jazz ou la musique extra-européenne. Le mec qui fait du jazz sait exactement qui sont Ornette Coleman, Charlie Mingus ou Louis Armstrong. Il connaît l'histoire et la chronologie. Pareil pour le flamenco, la musique arabe ou la musique sérielle, on ne rigole pas avec ça. Tu prends le rock'n roll ou la musique populaire, étrangement, il y a une grande amnésie.

Le rock est aussi une vaste histoire de pillage entre les artistes et les époques, non ?
Oui, bien sûr, on peut en discuter. Mais on n'est pas sur le même terrain. On n'est pas sur le "mi, la, si". On est sur un concept et c'est beaucoup plus pénible pour moi. Franchement, tu verrais un Japonais débouler qui te fait texto du Jacques Brel et qui se fait appeler Léo, est-ce que tu accepterais que les gens trouvent ça génial sans que personne ne dise que c'est une copie de Jacques Brel ? Le problème, il est là. Objectivement, je devrais être flatté par les Pascals. Mais comme je suis un peu maniaque, ce n'est pas possible. Et pour terminer sur le sujet, la phrase de promotion "Pascal Comelade présente les Pascals" qui est utilisée sur leur premier album, je te signale que c'est sans mon accord ! Pire, tu trouves les disques des Pascals dans les bacs à mon nom. Le bon côté, c'est que quand je ne foutais plus rien en France, j'ai continué à exister à travers eux. Mais, je le répète, le fond du problème vient que cet art d'imitation n'est pas assez révélé par la critique parce qu'à mon égard, elle ne s'est pas gênée. Ça fait seulement deux ou trois ans que l'on parle de moi comme d'un mec qui fait sa propre musique. Pendant vingt ans, j'ai eu droit au fils de Satie, au neveu de Rota, à l'arrière-petit-fils de Kurt Weill. Bref, on m'a situé par rapport à d'autres, tout ça parce qu'à une époque j'ai eu le malheur de faire quatre reprises !

Qu'est-ce que ça vous inspire la reformation des Young Marble Giants ?
Non, ils se reforment ! Je n'étais pas au courant. Pour moi, c'est une sacrée référence et même une influence par le côté minimaliste. Suite à ça, j'ai monté un trio éphémère orgue-guitare-voix quand j'étais à Montpellier. J'ai lu des trucs très négatifs sur la réédition du disque. C'est un disque historique qui a fait beaucoup d'enfants mais l'erreur serait de ne pas replacer l'écoute dans le contexte de l'époque parce que c'est quand même très particulier. Et puis, ça a dégénéré avec l'utilisation des synthés et des chanteuses à voix frêles. Ça a cristallisé une esthétique du dépouillement jusqu'à outrance.

Et Joy Division à travers le film "Control" ?
Je ne l'ai pas vu. Avec Joy Division, j'ai beaucoup de mal. Je me suis retapé les deux albums récemment. Ça ne passe plus. Je n'ai pas compris. La beauté que j'y trouvais à l'époque a disparu. Je me suis ennuyé ferme. C'est peut-être ma platine vinyle qui est un peu vieille... Il faudrait que je les rachète en CD.

Est-ce que vous avez déjà été approché par des écoles de musique ?
Oui, mais ça a été vite expédié. Je suis intervenu auprès d'enfants. Ça s'est très mal passé. Les gosses ont horreur de ça. Ils s'emmerdent. En plus, ils ont une capacité de concentration très faible. Mais il y a toujours un enseignant ou un pédagogue qui va réussir à t'embobiner...

Je parlais spécifiquement d'écoles de musique ?
Je refuse catégoriquement. Faut pas déconner, je n'ai aucun diplôme. Je fais très attention avec ça. Ou alors en intervenant spécial, une espèce de "freak" ou de contre-exemple. Là d'accord. L'expérience la plus chiante, ça a été pour moi dans les écoles des Beaux-Arts. Pendant le cours, les mecs ne disent rien et puis, après, ils viennent me parler au bistrot. Ce qui veut dire que ce que je fais, je ne peux pas le transmettre en milieu scolaire. J'ai aussi fait un arbre de Noël. Mais ce n'est pas parce que je joue sur des jouets que j'intéresse les gamins. Ils s'en foutent. Amène des gosses dans un musée de jouets, tu vas voir leur réaction. Je suis très lié avec le musée du jouet de Figuères. Y'a très longtemps que j'ai arrêté d'y emmener mes neveux et les enfants d'amis. Je ne me fais pas d'illusion là-dessus.

Propos recueillis par Luc Taramini
Photos de Julien Bourgeois [site]
Merci à Vianney.

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