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PASCAL
COMELADE
[page précédente]
A
contrario, avez-vous déjà été
déçu par une collaboration ?
Je n'en ai pas fait cent mille non plus ! Il y a eu PJ Harvey
et Robert Wyatt et quelques acteurs sur scène. Si
je devais regretter des trucs, c'est plutôt le fait
d'aller jouer quatre notes sur le disque d'un tel parce
que ça n'a aucun intérêt mais que c'est
juste pour faire plaisir. En fait, je n'ai pas à
rougir de quoi que ce soit. Parfois, ce qui a pu me gonfler
ce sont des engagements contractuels comme sortir en CD
la BO d'un film que j'ai faite et qui pour moi n'a aucun
intérêt à être pressée.

Parlez-nous du livre qui vous a été
consacré ?
Ce
truc est sorti il y a dix ans. C'est à moitié
une discographie avec des commentaires plus ou moins heureux
et à moitié une compilation d'articles que
j'ai écrits dans des fanzines dans les années
80. Ce n'est en aucun cas une biographie.
Qu'est-ce
que vous inspire le phénomène des Pascals
au Japon ?
Pour
aller vite, c'est un produit conforme à leur culture
du clonage du cliché occidental. Après, ce
que j'en pense ? Que c'est un pillage honteux du Penguin
Café Orchestra qui n'existe plus depuis la mort de
Simon Jeffes. J'aimerais que les journalistes qui ont fait
l'apologie des Pascals et les programmateurs qui les ont
fait tourner citent au moins le Penguin Café Orchestra
en référence. J'ai beaucoup de mal avec ça.
J'ai écouté leurs deux premiers disques, c'est
un pompage éhonté du Penguin Café.
La plaisanterie dure depuis cinq ou six ans quand même
! Le problème, c'est aussi qu'on ne trouve plus les
disques du groupe et que c'est difficile de fournir la preuve.
C'est le problème de la musique populaire qui n'est
pas enseignée comme le jazz ou la musique extra-européenne.
Le mec qui fait du jazz sait exactement qui sont Ornette
Coleman, Charlie Mingus ou Louis Armstrong. Il connaît
l'histoire et la chronologie. Pareil pour le flamenco, la
musique arabe ou la musique sérielle, on ne rigole
pas avec ça. Tu prends le rock'n roll ou la musique
populaire, étrangement, il y a une grande amnésie.
Le rock est aussi une vaste histoire de pillage
entre les artistes et les époques, non ?
Oui,
bien sûr, on peut en discuter. Mais on n'est pas sur
le même terrain. On n'est pas sur le "mi, la,
si". On est sur un concept et c'est beaucoup plus pénible
pour moi. Franchement, tu verrais un Japonais débouler
qui te fait texto du Jacques Brel et qui se fait appeler
Léo, est-ce que tu accepterais que les gens trouvent
ça génial sans que personne ne dise que c'est
une copie de Jacques Brel ? Le problème, il est là.
Objectivement, je devrais être flatté par les
Pascals. Mais comme je suis un peu maniaque, ce n'est pas
possible. Et pour terminer sur le sujet, la phrase de promotion
"Pascal Comelade présente les Pascals"
qui est utilisée sur leur premier album, je te signale
que c'est sans mon accord ! Pire, tu trouves les disques
des Pascals dans les bacs à mon nom. Le bon côté,
c'est que quand je ne foutais plus rien en France, j'ai
continué à exister à travers eux. Mais,
je le répète, le fond du problème vient
que cet art d'imitation n'est pas assez révélé
par la critique parce qu'à mon égard, elle
ne s'est pas gênée. Ça fait seulement
deux ou trois ans que l'on parle de moi comme d'un mec qui
fait sa propre musique. Pendant vingt ans, j'ai eu droit
au fils de Satie, au neveu de Rota, à l'arrière-petit-fils
de Kurt Weill. Bref, on m'a situé par rapport à
d'autres, tout ça parce qu'à une époque
j'ai eu le malheur de faire quatre reprises !
Qu'est-ce
que ça vous inspire la reformation des Young Marble
Giants ?
Non,
ils se reforment ! Je n'étais pas au courant. Pour
moi, c'est une sacrée référence et
même une influence par le côté minimaliste.
Suite à ça, j'ai monté un trio éphémère
orgue-guitare-voix quand j'étais à Montpellier.
J'ai lu des trucs très négatifs sur la réédition
du disque. C'est un disque historique qui a fait beaucoup
d'enfants mais l'erreur serait de ne pas replacer l'écoute
dans le contexte de l'époque parce que c'est quand
même très particulier. Et puis, ça a
dégénéré avec l'utilisation
des synthés et des chanteuses à voix frêles.
Ça a cristallisé une esthétique du
dépouillement jusqu'à outrance.
Et
Joy Division à travers le film "Control"
?
Je
ne l'ai pas vu. Avec Joy Division, j'ai beaucoup de mal.
Je me suis retapé les deux albums récemment.
Ça ne passe plus. Je n'ai pas compris. La beauté
que j'y trouvais à l'époque a disparu. Je
me suis ennuyé ferme. C'est peut-être ma platine
vinyle qui est un peu vieille... Il faudrait que je les
rachète en CD.
Est-ce
que vous avez déjà été approché
par des écoles de musique ?
Oui,
mais ça a été vite expédié.
Je suis intervenu auprès d'enfants. Ça s'est
très mal passé. Les gosses ont horreur de
ça. Ils s'emmerdent. En plus, ils ont une capacité
de concentration très faible. Mais il y a toujours
un enseignant ou un pédagogue qui va réussir
à t'embobiner...
Je
parlais spécifiquement d'écoles de musique
?
Je
refuse catégoriquement. Faut pas déconner,
je n'ai aucun diplôme. Je fais très attention
avec ça. Ou alors en intervenant spécial,
une espèce de "freak" ou de contre-exemple.
Là d'accord. L'expérience la plus chiante,
ça a été pour moi dans les écoles
des Beaux-Arts. Pendant le cours, les mecs ne disent rien
et puis, après, ils viennent me parler au bistrot.
Ce qui veut dire que ce que je fais, je ne peux pas le transmettre
en milieu scolaire. J'ai aussi fait un arbre de Noël.
Mais ce n'est pas parce que je joue sur des jouets que j'intéresse
les gamins. Ils s'en foutent. Amène des gosses dans
un musée de jouets, tu vas voir leur réaction.
Je suis très lié avec le musée du jouet
de Figuères. Y'a très longtemps que j'ai arrêté
d'y emmener mes neveux et les enfants d'amis. Je ne me fais
pas d'illusion là-dessus.
Propos recueillis par Luc Taramini
Photos de Julien Bourgeois [site]
Merci à Vianney.
A
lire également :
La
première partie de l'interview
La
chronique de "Monofonicorama
best-Off 1992-2005"
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