Pauline Drand et Karl Blau, 21 septembre 2016 au Point Ephémère, Paris

23/09/2016, par | Concerts |
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Ce soir-là, comme souvent à Paris, on avait l’embarras du choix. Facteurs Chevaux à l’église Saint-Bernard ? Eagulls au Café de la Danse ? On s’est finalement décidé pour le Point Ephémère, où se produisait Karl Blau avec Pauline Drand en première partie. Et on n’a pas regretté.

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Cela doit faire à peu près un an qu’on suit Pauline Drand, l’un des plus beaux espoirs d’une chanson en français (plutôt que “chanson française”, terme un peu trop connoté) sensible et érudite. Après s’être fait connaître par une adaptation du “Pink Moon” de Nick Drake, elle sort aujourd’hui un EP sur lequel elle met en musique quatre poèmes de Karen Dalton. Un tropisme folk, donc, mais loin des grilles d’accords scolaires de certaines chanteuses. Seule à la guitare, face à un public encore clairsemé, la jeune femme semble fragile, mais son répertoire (tiré essentiellement de son “Double EP”) est déjà solide. Difficile de ne pas être envoûté par sa voix gracile au vibrato singulier, cousine de celles de Barbara Carlotti ou Eloïse Decazes (Arlt). On attend avec impatience son premier vrai album, prévu pour l’an prochain, en espérant qu’une musique aussi délicate (mais certainement pas gentillette) puisse trouver les faveurs d’une presse actuellement occupée à s’exciter – voire à s’écharper – sur PNL.

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Stetson et autres chapeaux, Nudie suits (ou quelque chose d'approchant), chemises western, ceinturons à grosse boucle et longues barbes : pas de doute, Karl Blau et ses quatre accompagnateurs (guitare ou pedal steel selon les morceaux, basse, claviers, batterie) ne viennent pas de Vierzon. Il ne manque que la guirlande pour sapin de Noël que le chanteur, repéré aux côtés de Laura Veirs, arbore sur la pochette de sa première sortie européenne, “Introducing Karl Blau” (réminiscence de Robert Redford dans “Le Cavalier électrique” ?). Un disque de présentation pour ce musicien originaire de l’Etat de Washington, actif depuis vingt ans, aux projets et collaborations innombrables, et qui a sorti une tripotée d’enregistrements, en cassettes autoproduites, sur de minuscules labels, voire par abonnement.

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“Introducing” nous en apprend davantage sur ses goûts que sur ses talents de songwriter, puisqu’il s’agit uniquement de reprises de morceaux des années 60-70, country ou grande variété internationale, dont quelques gros standards : “To Love Somebody” des Bee Gees, “No Regrets” immortalisé par les Walker Brothers deuxième époque, ou “That’s How I Got to Memphis” chanté en français par Eddy Mitchell (“Sur la route de Memphis”, bien sûr ; Karl Blau nous dira d'ailleurs avoir rencontré un jour le chanteur à Paris, sans qu'on sache s'il plaisantait). On pense à Jimmy Webb interprété par Glen Campbell, Mickey Newbury, et d’autres chanteurs américains très populaires là-bas mais nettement moins connus en France : Bobby Bare, Waylon Jennings, Don Gibson, John Prine, Kris Kristofferson…

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Sur disque, le baryton céleste de Blau se pose sur un confortable matelas instrumental, discrètement orchestré (production par son vieil ami Tucker Martine, le mari de Laura Veirs) : le genre de musique ouatée qu’on aimerait entendre à la radio lors d’une traversée des Etats-Unis. Sur scène, c’est tout aussi laid-back, mais un peu plus incisif. L’impression d’être devant un bon groupe de bar (ce n’est pas du tout péjoratif), qui joue sans setlist, juste pour le plaisir. Bonne pâte, Karl nous remercie plusieurs fois de nous être déplacés, a un petit mot gentil et sincère pour la jeune Française qui a assuré sa première partie. Tout l’album y passe, avec quelques délicieux solos de pedal steel et de beaux moments à deux guitares. Comme sur le disque (où elle dure dix minutes), le sommet est sans doute sa version à pleurer des gouttes de pluie du “Fallin’ Rain” de Link Wray (1971). L’Américain joue encore d’autres reprises, en solo ou avec son groupe, et une ou deux compositions originales sans doute, pour un public peu nombreux (quelques fans, davantage de curieux) mais ravi. On peut parier qu'on sera un peu plus pour sa prochaine venue.

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Karl Blau sur Spotify.

Merci à Marie-Julie Dhaou chez Coop.
Photos  : Vincent Arquillière.

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