Peter, Björn & John - Interview

06/06/2016, par | Interviews |
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Cinq ans après leur précédent album, les suédois de Peter, Björn & John nous reviennent avec “Breakin’ Point” un album dégoulinant de pop songs toutes plus sucrées les unes que les autres. Interview détendue pendant laquelle ils reviennent pour nous sur leur vision de la pop song parfaite, le décès de Prince, et leur projet de domination des charts.

Vous aviez jusqu’ici sorti des disques avec une grande régularité, tous les deux ans. Hors plus de cinq ans se sont écoulés entre “Gimme Some” et “Breakin Point”. Ce break était-il volontaire ?

Peter Moren : Nous avons pris un break de presque un an avant de commencer à nous mettre au travail. Nous avons ensuite enregistré le reste par période sur les quatre années suivantes. Ce n’est pas comme si nous avions mis le groupe complètement de côté.

Vous n’avez pas chômé pendant cette période. Il y a eu des collaborations avec d’autres artistes, vous avez lancé votre label, construit un studio.

P. M. : Oui nous nous sommes surtout laissé accaparer par le studio. Les gens s’y sentaient bien et le bouche à oreille a fonctionné. Nous avons travaillé avec pas mal d’artistes différents. Mais surtout cela a permis à la communauté de musiciens de Stockholm de se rapprocher. Nous avons même créé un collectif spécialisé dans les side projects..

John Eriksson : Il s’appelle “Ingrid Music Collective”. Nous l’avons créé, entre autre, avec Mike Snow et Lykke Li. Tout ce travail a certainement eu une influence sur l’album.

P.M. : Oui, nous avons ouvert la porte à différents producteurs pour “Breaking Point”. L’idée de départ était d’en sélectionner deux, mais finalement il y a eu un véritable défilé. Nous étions arrivés à un point où il fallait que l’on arrête de tout gérer nous-mêmes. Du coup on s’est moins engueulés entre nous en studio. Il est parfois bons d’avoir des conseils de quelqu’un que tu respectes.

Du coup quand le producteur trouvait que vous partiez dans une mauvaise direction et vous suggérait d’autres pistes, vous faisiez vos timides et lui répondiez “oui monsieur” !

(Éclat de rire général) J.E. : Il y a un peu de vrai dans ta remarque.

Vous n’êtes cependant pas resté sans donner de vos nouvelles puisque “Do Si Do” et “Breakin Point” ont été diffusées dans une session live l’été dernier et vous avez publié un inédit “High Up” sur une compilation de votre label. Etait-ce important pour vous de ne pas vous couper totalement de votre public ?

J.E : Nous faisons en sorte de rester en contact avec nos fans à travers des collaborations, des remixes et des side projects. Comme souvent avec nous tout arrive par coïncidence. “High Up” a longtemps été considéré comme le single potentiel de l’album. Puis nous avons continué à composer d’autres titres que nous trouvions tout aussi bons, c’est pourquoi il a atterri sur cette compilation dont nous étions à l’initiative avec notre collectif. C’était notre premier titre à sortir depuis des lustres, nous voulions qu’il soit de qualité.

P.M. : Concernant la session pour NPR, ils ont enregistré tout une série de concerts à Stockholm, ce n’était donc pas un projet spécialement pour nous. Nous étions en plein milieu de l’enregistrement de l’album, et c’est donc naturellement que nous avons voulu partager des extraits de celui-ci.

Le disque sonne vraiment pop par rapport aux précédents. Avez-vous mis du temps à trouver la direction que vous vouliez donner à “Breakin Point” ?

Björn Yttling : Il nous a fallu du temps pour trouver de nouvelles idées et faire le tri. Une fois que nous nous sommes arrêtés sur des sons spécifiques, il nous a fallu encore plus de temps pour trouver qui pourrait nous aider à les façonner.

P.M. : Nous nous sommes aperçus qu’avec un format classique de pop song il était préférable de passer beaucoup de temps sur l’écriture avant de commencer à les enregistrer. On a tout fait à l’ancienne, avec nos guitares, un papier et un crayon. Nous prenions des notes sur les moindres détails, le tempo, les mots, les mélodies, les accords.

Aucun titre ne dépasse les 4 minutes. Etait-ce pour appuyer le côté efficace d’une chanson pop parfaite ?

P.M. : Oui, c’était volontaire car par le passé nous mélangions pas mal de chansons expérimentales très longues et des chansons pop dans un format plus court. Cette fois-ci nous voulions nous concentrer sur le format classique d’une pop-song. Une mélodie accrocheuse, une grande attention portée aux mots utilisés. Nous voulions que tous les titres soient des singles potentiels. On a beaucoup travaillé en amont sur les accords et les tempos. Décision a été prise de tout jouer en mid-tempo. Tu ne trouveras pas de chanson calme ou euphorique sur “Breakin’ Point”. Du coup ça apporte la maturité aux chansons, tout en préservant un côté très dansant, disco même parfois.

La prochaine étape pour vous c’est un album inspiré du Thrash Metal avec des titres de 4 secondes ?

(Rire général) J.E. : C’est une excellente idée. Ce serait un bon exercice technique pour nous (rire).

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Les références ne sont pas forcement évidentes à trouver. Quels sont vos modèles en matière de groupes pop parfaits ?

J.E. : J’ai reçu le test pressing de l’album en vinyl il y a deux semaines. Je l’ai écouté avec ma copine et elle m’a dit qu’il y avait tellement de références sur l’album qu’elle n’arrivait pas à déterminer exactement lesquelles. Elle a dit qu’elle le ressentait comme des décennies de musique condensées en un seul album (rires).

P.M. : Nous avons des tonnes de références dans des styles hyper variés. Ça va de Buddy Holly à Drake. Et pour compliquer le tout, nous n’écoutons pas forcément la même chose. Nos chansons sont vraiment un melting pot d’influences, car chacun apporte des idées différentes parmi lesquelles nous devons trier.

B. Y. : Pour ce disque ce sont surtout des disques grand public du début des années 80, des singles disco que tu entendais dans les charts dans les 70’s etc...

J.E. : Pour le dernier album nous étions à fond dans Guided By Voices et les Buzzcocks et là nous sommes passés à ce que tu entends à la radio sur les stations populaires.

P.M. : Exactement, gamins nous entendions Abba et E.L.O. à la radio et c’était génial. Tu avais un son acoustique mélangé à un beat disco. C’est exactement ce que nous avons cherché à recréer, mais à notre façon.

Vous dites avoir assaisonné la pop mainstream à votre sauce, mais le résultat sonne pourtant comme un album commercial calibré pour la radio. Je vous énerve en disant ça ?

P.M. : Absolument pas, au contraire, c’est un super compliment. Nous voulons que ces chansons soient écoutées en boucle, que l’on retienne les paroles. Les radios jouent de la musique tellement variée de nos jours que nous avons voulu rendre une sorte d’hommage aux stations classiques qu’on écoutait en voiture quand nous étions plus jeunes. Ces chansons sont parfaites pour les trajets sur les autoroutes (rire).

Vous venez de commencer à tourner, quelles sont les réactions du public ?

P.M. : Pour l’instant, nous ne jouons que 6 titres du nouveau disque. Les réactions sont étonnantes. C’est vraiment encourageant car nous avons l’impression que le public réagit comme sur nos vieux classiques. C’est peut-être parce que les morceaux sont légèrement luxuriants.

J.E. : L’objectif de se connecter de la façon la plus directe possible avec nos fans est réussi. C’est un sacré soulagement car tu n’es jamais certain du résultat avant de commencer à jouer en live.

Avez-vous entendu les albums de Denim, très orientés pop 70’s mais avec un côté complètement barré comme seul Lawrence en a le secret ? N’avez-vous pas pensé à un moment à aborder ce type d’approche ?

P.M. : Oui je connais ses deux albums. Nous avons gardé notre côté tordu tout de même. Il y a toujours des structures inattendues, des paroles parfois bizarres. Nous ne serons jamais un groupe 100 % mainstream. C’était toute la difficulté du disque, rester super personnel tout en créant des titres pouvant passer à la radio.

Exactement car vous inscrivez cet album dans la grande tradition des pop songs joyeuses en apparence, mais atténuées par un discours plus sombre si l’on prête attention aux paroles.

B.Y. : Oui ! Prends une pop song comme “Moonlight Shadow”. Si tu n’écoutes pas les paroles, tu passes à côté d’une histoire dramatique.

J.E. : C’est exactement pareil avec les paroles d’Abba.

P.M. : Je ne compose pas ce type de paroles intentionnellement. C’est simplement ce qui me vient en tête.

B.Y. : Il n’y a aucune chanson du groupe qui est vraiment positive.

P.M. : Si, “Young Folks” quand même !

B.Y. : Non, c’est une chanson sur la vieillesse.

P.M. : Mais c’est aussi une chanson d’amour !

B.Y. : Je ne suis pas d’accord avec toi (rires)

Il va falloir vous décider !

P.M. : C’est probablement parce qu’il y a une certaine mélancolie qui s’en dégage que Björn ressent les choses de cette façon. J’adore le mot “mélancolie” d’ailleurs. Elle ressort souvent des chansons françaises je trouve. C’est une tradition que vous avez. C’est quand même mieux d’être mélancolique que dépressif, non ? C’est pour ça que je n’aime pas la musique gothique quand elle va trop loin. Il faut savoir rendre la tristesse agréable à écouter.

Vous avez la chance d’être un groupe Suédois qui arrive à tourner dans le monde entier et qui est même sollicité par des artistes tels que Drake ou Primal Scream. Vous considérez-vous maintenant comme des artistes internationaux ou bien êtes vous très attachés à la notion d’être Suédois avant tout ?

B.Y. : Définitivement international car nous jouons très peu en Suède. Nous avons très brièvement été rattachés à la scène indé Suédoise à nos tout débuts. Dès que nous avons commencé  à tourner, nous avons rencontré plus de succès ailleurs que dans notre propre pays.

J.E. : Ce qui est drôle, c’est que le nom du groupe sonne super bien dans toutes les langues et tous les pays, sauf en Suède. Nous n’aurions pas pu faire pire qu’un groupe avec trois prénoms pour percer chez nous.

Pourquoi l’avoir choisi alors ?

P.M. : Nous ne trouvions rien de valable. Un ami nous a suggéré d’utiliser nos prénoms. On y a pas mal réfléchi car nous trouvions son idée excellente mais inhabituelle. Nous aimions le fait que ça suggérait l’addition de trois personnalités, cette absence de leader. Nous composons tous les trois, nous savons jouer différents styles de musique. Et puis Abba l’avait fait avant nous, mais avec leurs initiales. Beaucoup de gens pensent que c’est un mot suédois. Du style “viens, on va aller Abba” (rire).

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D’où vient l’approche cartoonesque de la pochette, et des photos promos ? Allez-vous la retenir également pour vos vidéos ? Est-ce pour appuyer le côté pop du disque ?

J.E. : Le marteau à trois têtes sur la pochette est comme le symbole de nos trois têtes composant des pop-songs dans une usine à chansons à Stockholm. Nous nous imaginions dans nos bleus de travail partant au travail tous les matins à la mine pour trouver une pop-song en or. L’esthétique cartoon/pop art fonctionnait à merveille avec la musique colorée et joyeuse que nous avons essayé de composer.

Vous parlez de Prince dans la bio de l’album. A l’heure où celle ci a été rédigée le nain pourpre était encore en vie. A t-il été une influence pour l’album ?

P.M. : La musique de Prince a eu une grosse influence pour notre album “Living Thing”.

B.Y. : Et dans une moindre mesure sur “Gimme Some”. Plus généralement, on lui a piqué des idées tout au long de notre carrière. Tu retrouves un peu de “Kiss” sur notre récent single “Dominos”. C’était l’un des plus grands.

J.E. : J’aimais le fait qu’il soit enfermé dans son studio à bosser comme un dingue, à jouer tous les instruments lui même et à expérimenter. C’est quelque chose que l’on aime faire aussi, ça nous parle forcément.

Vous avez votre Paisley Park à vous à Stockholm. Vous occupez un espace dédié à votre studio d’enregistrement et à votre label dans un endroit autrefois fréquenté par Abba .Vous sortez un album ambitieux, produisez des artistes. Quel est la prochaine étape dans la carrière du groupe, la domination mondiale des charts ?

P.M. : Oui, une domination mondiale pendant quelques années, puis on se coupera du monde extérieur pour ne jouer que du funk du matin au soir (rire).

Crédit Photo : Alain Bibal

Merci à Florian Leroy

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