Phil Ochs - American Troubadours

15/04/2001, par Mark Brend | Autre chose |
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PHIL OCHS - extrait de American Troubadours
 
Mark Brend pourrait n'être que l'un des trois auteurs de ce qui s'annonce pour moi comme le disque de l'année, l'inusable (et malheureusement introuvable) "Three People", de Fariña. Ce serait déjà pas mal. Mais le bougre a plus d'une corde à son arc, et publie ces jours-ci un livre intitulé "American Troubadours" (Backbeat Books), qui livre biographies et analyses de neuf des songwriters essentiels des années 60, comme Tim Buckley, Tim Hardin, Tom Rapp, Fred Neil ou David Ackles. Il nous a gentiment autorisé à publier ici des extraits du chapitre consacré à Phil Ochs, disparu il y a 25 ans. L'occasion dé découvrir ou redécouvrir un des artisans folks les plus attachants des années 60.

Le Phil Ochs qui a survécu dans la conscience commune est un révolutionnaire brandissant sa guitare et allumant des bordées acoustiques contre les Républicains. C'est une vision assez précise du début de sa carrière, quand il enregistrait des " chansons à messages " pour Elektra. Mais l'une des tragédies de cette vie qui n'en manqua pas est qu'alors qu'il évoluait du folk contestataire de ses débuts vers l'intrigante et baroque pop de chambre de ses albums chez A&M, il commença à perdre son modeste public. Cette musique, sa meilleure, est trop souvent négligée au profit du protestataire cantonné au bas du classement des victimes des années 60, loin derrière des figures comme Jimi Hendrix, Jim Morrison, Janis Joplin ou Brian Jones.

Phil Ochs - (c) www.michaelochs.comPendant qu'il était en Afrique, en 1973, Ochs voyageait vers la Tanzanie et racontait aux gens qu'il rencontrait qu'il allait rencontrer Idi Amin. Lors de sa première nuit là-bas, il fut attaqué et dévalisé par trois hommes alors qu'il se promenait seul sur la plage. Il fut à moitié étranglé et sévèrement blessé. Durant l'attaque, ses cordes vocales furent atteintes et il perdit totalement la partie haute de son registre. De retour aux Etats-Unis, il alla consulter le docteur que consultait Sinatra pour sa gorge, et celui-ci lui dit que s'il arrêtait de boire et pratiquait des exercices appropriés trois heures par jour, tous les jours pendant deux ans, peut-être alors retrouverait-il sa voix. Ce fut un coup terrible pour un chanteur limité qui comptait beaucoup sur sa capacité à monter dans les aigus. Ochs ignora les conseils du docteur et ne retrouva jamais sa voix.

Au cours de la décennie, le malaise de Ochs fut ponctué d'épisodes de plus en plus étranges, et c'est à ce moment-là qu'il se réinventa sous le nom de John Butler train. Il décidé qu'il devait signer avec le manager de Presley, le Colonel Tom Parker, pour relancer sa carrière. Comme le Colonel Parker ne répondait pas à ses appels, il entra en contact avec le Colonel Sanders, de Kentucky Fried Chicken, ou plutôt avec la société qui en détenait la franchise, et finit par réussir à obtenir un rendez-vous avec eux pour discuter d'une collaboration. Les représentants de KFC trouvèrent vite une excuse pour mettre un terme à la réunion avec un Phil Ochs ivre et balbutiant.

Phil Ochs - (c) www.michaelochs.com


Il ouvrit ensuite un bar nommé " Che " et envisagea d'inviter la mafia à la soirée d'ouverture. L'affaire ferma quelques jours après, dès que ses maigres économies se furent épuisées. Il décida alors de retourner vers la Côte Est, et loua un camion pour déménager tout ce qu'il possèdait, et la camion se perdit en route on ne sait comment. Ochs se présenta tôt un matin chez un ami avec les derniers vêtements qu'il lui restait, un costume doré, couvert de vomi séché. En vain, ses amis et sa famille tentèrent de le persuader de chercher de l'aide, ou, dans certains cas, l'abandonnèrent.

Au début de 1976, Ochs alla chez sa sœur Sonny et lui demanda s'il pouvait y séjourner pour quelques jours. Un certain calme sembla s'installer. Il jouait aux cartes sans cesse avec ses deux neveux. Il rendit visite à un psychiatre et prit rendez-vous pour une seconde entrevue. Il partit s'acheter une nouvelle guitare mais ne trouva pas celle qu'il voulait. Il joua même quelques chansons pour des amis lors d'une fête. Pourtant, le 9 avril 1976, seul chez Sonny pendant seulement dix minutes, l'un des fils de sa sœur s'étant absenté pour faire les courses, Phil Ochs se pendit à la porte de salle de bain. Il fut incinéré le lendemain et son ami Andy Wickham dispersa ses cendres du haut du Château d'Edinbourg, qu'il avait visité enfant.

© Mark Brend

Discographie de Phil Ochs
(albums hors compilations)
All The News That's Fit To Sing (1964)
I Ain't marchin' Anymore (1965)
Phil Ochs in Concert (1966)
Pleasures of the Harbour (1967)
Tape from California (1968)
Rehearsals for Retirement (1968)
Phil Ochs Greatest Hits (1970)
Gunfight At Carnegie Hall (1975)

ISBN 0-87930-641-6

Vous pouvez vous procurer le livre par correspondance à l'adresse suivante :

Charles Alexander,
Jazzwise,
2B Gleneagle Mews,
London
SW16 6AE

Tel: 020 8769 7725
Fax: 020 8677 7128
Email: sales@jazzwise.demon.co.uk

Produit par Backbeat books pour Outline Press Ltd
115J Cleveland Street
London
W1T 6PU
England

www.balafon.dircon.co.uk

"American Troubadours" est seulement disponible en anglais pour le moment. Si vous êtes un éditeur et si vous êtes intéressé par la publication de ce livre en français, contactez Nigel Osborne à l'adresse mentionnée plus haut, ou par email.

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