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PIANO MAGIC

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A l'époque de "Low Birth Weight", quand Simon Rivers venait chanter sur les disques de Piano Magic, il écrivait ses paroles, alors que là c'est toi qui écris tout, même quand tu ne chantes pas...
Je pense qu'à cette époque, j'avais à ma disposition des gens qui pouvaient chanter et écrire des paroles aussi bien que moi je pouvais le faire à mon avis. Simon Rivers est un poète, et puis il y a ce côté sale, typique de l'East London dans la voix, il sonne presque comme un gangster. Je ne sais pas faire ça. Il écrit à propos de la vie de tous les jours, les loyers, les meurtres, vivre avec sa mère... J'admire beaucoup ce talent. Darren Hayman d'Hefner a aussi chanté et écrit des paroles pour Piano Magic. Darren sait écrire sur les aventures d'une nuit, sur les petits détails de la vie. Ca dépend des circonstances : si je pense que quelqu'un peut écrire des paroles aussi bien ou mieux que moi, je suis assez content de le lui permettre. Ca pourrait arriver maintenant d'ailleurs. Bill Callahan de Smog, Nick Cave, Jarvis Cocker, quelqu'un comme ça... Je n'écrirais pas de paroles pour qu'eux les chantent ! Quel que soit ce qu'ils écriraient, ça serait bien. Booba aussi... (rires et imitations de rappeurs).

Tu as écrit de la poésie avant d'écrire des chansons ? Tu continues à le faire ?
Non, écrire des chansons est une forme de pratique de la poésie. Et je me sens nettement plus à l'aise dans l'écriture de chansons. Parfois, Jérôme pleure dans un coin en entendant mes paroles, parce qu'elles le touchent. Elles te touchent vraiment non ?
Jérôme : Oui...
Glen : Des fois, ils me disent qu'ils aiment un vers en particulier, qu'ils n'avaient jamais pensé à ça de cette façon... Angèle me dit "ce vers est vraiment bien, si on allait faire des courses ?" (rires). Je ne sais pas s'il y a assez de temps disponible dans ma vie à l'heure actuelle pour écrire à la fois de la poésie et des chansons. Parfois, j'écris un vers dans une chanson, même une chanson comme "Comets" (sur "The Troubled Sleep of Piano Magic", ndlr), et j'ai l'impression d'être arrivé à quelque chose, comme avec cette phrase : "like Japanese poets who capture a Summer in only three lines, with just one kiss, I want to tell you but it takes all night" par exemple. Au moment où je l'ai écrite ou quand je l'entends sortir de la bouche d'Angèle sur le disque, je me dis "fucking Hell, j'ai réussi !!". Des fois, je ne pense rien de mes paroles, mais des fois je me dis que je suis arrivé à quelque chose... Ce n'est pas que je pense que je sois un grand auteur, mais il arrive que j'aie le sentiment d'avoir mis dans le mille, particulièrement avec cette chanson. D'autres fois je manque la cible... C'est comme jouer aux fléchettes... parfois, je tire dans le Bull's Eye (partie extérieure du centre de la cible, ndlr), parfois je tire dans le triple vingt... la plupart des autres envoie la leur par la fenêtre ! "Every second counts, when I am with you, I think you are a pig, you should be in a zoo" (paroles de "Every Little Counts", de New Order sur "Brotherhood", ndlr). C'est ce qui s'appelle envoyer sa fléchette par la fenêtre, dans la rue, en éborgnant un chien au passage ! (rires). Mais ma préférée, c'est celle-là : "Your country is a wonderful place, it puts my England into disgrace, to buy a drink there is so much more reasonable, I think I'll go there when it gets seasonable" (rires). Comment quelqu'un peut-il dire ça ? (rires). Faire rimer "reasonable" et "seasonable", c'est une idée géniale !

Pour ce qui est des paroles, Morrissey a eu une influence sur toi à un moment ou à un autre ?
Oui, il a été la référence ultime pour ce qui est des paroles. Pas pour ce qui est de la voix par contre... parfois, peut-être (rires). La première fois que j'ai entendu les Smiths, j'ai ressenti quelque chose d'unique. C'était en 1983, tout le monde à l'époque utilisait des synthétiseurs, comme Duran Duran. "Her name is Rio and she dances on the sand" (il chantonne, ndlr). Et Morrissey est arrivé, et a dit : "a boy in a bush is worth two in the hand, I think I can help you to get through your exams". Et moi, j'étais là : "attendez une seconde, ce type chante à propos d'un garçon qui en a deux dans la main... Hum hum, c'est quelque peu homosexuel, c'est quelque peu risqué...". Je n'avais jamais entendu ça auparavant. c'était génial, c'est chanté d'une façon très intelligente. Il pouvait aussi trouver la phrase qui allait te faire chialer, comme sur "I Know It's Over" : "Oh, Mother, I can feel the soil is falling over my head". La première fois que j'ai entendu cette chanson, j'ai pleuré, mon frère aussi. Morrissey avait ce don à l'époque. Je pense qu'il l'a toujours sur son dernier album, quand tu écoutes une chanson comme "Irish Blood, English Heart". Il est toujours capable de fulgurances pareilles. Je me suis toujours intéressé davantage aux paroles qu'à la musique en premier lieu. Il y a peu de grands paroliers, Morrissey en est un. Jarvis Cocker en est un aussi. Neil Hannon en est un parfois également, il a écrit de très bons textes. Et puis il y a des gens qui ont vendu beaucoup moins de disques, comme Lawrence, de Felt. Ce n'est pas Morrissey, mais il y a quelques textes fabuleux.

Jusqu'à quel point tes paroles sont-elles autobiographiques ?
Elles le sont beaucoup. Mais il y a toujours une petite distorsion de la vérité. 99% de vérité, et 1% de distorsion. Je ne saurais pas chanter à propos de quelqu'un d'autre, ou à propos du bonheur ou du beau temps, ou du fait d'aller à la plage en Californie. Comme les Thrills. Ils viennent d'Irlande et ils chantent à propos des plages californiennes. C'est là où ils ont tout faux. Les Beach Boys allaient surfer et draguer les filles tous les jours, pas les Thrills. C'est comme Public Enemy, ce ne sont pas de gentils garçons blancs habitant une belle maison à Beverley Hills.

L'aspect visuel des pochettes de Piano Magic est toujours un peu bizarre, un peu tordu. D'où viennent toutes ces idées étranges ?
Jérôme : Pour la pochette de "Writers Without Homes", Glen a acheté la machine à écrire. Pour "Seasonnaly Affective", il a acheté le jeu.
Angèle : Pour la pochette de "Opencast Heart EP", c'est un écorché qu'on a acheté dans un magasin d'antiquités à Paris.
Jérôme : les pochettes paraissent jolies, et puis il y a un petit détail bizarre, toujours.
Glen : Je pense que c'est une chose pour laquelle nous sommes bons : prendre quelque chose et l'entourer d'une sorte d'atmosphère sinistre. Par exemple, pour la pochette de "Opencast Heart", alors que normalement la chair est sur les os, nous avons fait l'inverse. C'est le petit détail...

Pour "The Troubled Sleep of Piano Magic", il y avait cette carte qui, si on la regardait de loin, laissait apparaître un crâne. Beaucoup de gens ont interprété ça comme l'ultime preuve que vous étiez un groupe morbide... Tu penses que c'est trompeur ?
C'est intéressant, parce qu'on réussit assez bien à être un groupe mélancolique. On fait définitivement de la musique mélancolique.
Angèle : De la musique alcoolique...
Glen : Angèle s'occupe de l'alcool et nous de la mélancolie. La vérité est que dans la vraie vie, nous ne sommes ni mélancoliques, ni suicidaires. Nous ne sommes pas les personnes les plus heureuses sur terre, tu sais, nous vivons à Londres (rires). Il nous arrive de rire, de nous amuser. On ne marche pas en permanence dans la rue en portant tout le malheur du monde sur nos épaules. Ce qui ressort sur les disques est sans doute notre face sombre. Tout le monde a cette face sombre, toi-même tu en as une.

Ca ne t'intéresse pas de faire des chansons joyeuses, ça te paraît impossible ?
Pour moi, oui. Je sais comment écrire des chansons plus joyeuses. Au lieu de jouer un mi mineur, tu joues un do ou un ré ! Et ensuite je chante un truc du genre "wake up, it's a beautiful morning" - un tube énorme en Angleterre, à la radio pendant deux ans. Je pense que je saurais faire ça, mais je n'en ai nullement l'intention.
Jérôme : C'est un peu cliché à dire, mais tu trouves toujours la lumière dans les ténèbres... je n'ai jamais écouté de musique joyeuse, à proprement parler.
Glen : Kelis, Missy Elliott... Personnellement, je ris en écoutant des trucs comme ça. La production est tellement intelligente qu'elle te fait marrer, les paroles sont tellement stupides qu'elles te font marrer aussi. Mais en quelque sorte j'admire ce que ces gens font.
Angèle : Mais la musique qui te touche... il y a de la musique qui te plaît, quand tu as envie de t'amuser, comme les Strokes, mais les chansons que tu gardes avec toi, qui t'accompagnent...
Glen, d'une voix d'outre tombe : J'aime aller à l'hopital sous la pluie le dimanche, j'aime rencontrer des vieilles personnes auxquelles il ne reste plus que quelques jours à vivre. Je leur demande de me dire comment elles vont, et ensuite je rentre à la maison et j'écris des paroles. (rires).
Jérôme : Dès que tu veux te sentir concerné par la musique que tu écoutes, c'est rarement de la musique légère. Tu écoutes de la musique joyeuse toi ?

Non, non, mais je suis un type particulièrement triste et mélancolique.
Glen : J'aime beaucoup la reprise techno de "California Dreamin'" qui passe dans ce bar, elle est hallucinante (rires).
Jérôme : tu écoutes quoi en musique française ?

Heu... klima !
Jérôme : Oui, ok, mais elle est partout maintenant, ce n'est plus assez underground. Quand nous faisions le blind test pour Magic tout à l'heure, je me disais que je ne connaissais aucun groupe français contemporain, quelles sont les scènes actives, qui est bon, qui ne l'est pas...
Angèle : parce qu'il n'y a pas de scène !

Il y a de bons trucs qui sont sortis cette année, l'album de Sébastien Schuller, ceux de Pokett et d'Angil l'an dernier... mais ils chantent en anglais.
Jérôme : Et dans les chanteurs à texte, il y a qui ?
Angèle : Mais ce n'est pas toi qui poses les questions, enfin !
Glen : Guillaume, où es-tu né ?

Dans le centre de la France...
Ah, ça doit être pour ça que tu es si mélancolique...

Oui, au milieu des vaches et des moutons...
Et personne n'a envoyé un chien ou quelque chose pour aller te chercher ?
Angèle : Récemment, j'ai compris les paroles de cette chanson de Belle and Sebastian, "If You're Feeling Sinister". A la fin, il dit en substance que plutôt que d'aller voir un prêtre, on ferait mieux de rester chez soi et de se masturber. J'ai trouvé ça génial ! Voilà, c'est ce que j'avais à dire, continue Glen.

Tu as mis dix ans à comprendre ça ?
Oui, je n'avais pas écouté les paroles avant...
Glen : New Order, encore (comme lisant un extrait de l'Evangile selon Saint Barney) : "Tonight I should have stayed at home, playing with my pleasure zone" (extrait de "Perfect Kiss", ndlr). Quand j'étais plus jeune, je me disais : "qu'est-ce que c'est que ça ? Pleasure Zone, c'est un jeu vidéo ou quelque chose du genre ?" (rires).
Angèle : Laissez Guillaume parler maintenant...

On a parlé de musique mélancolique... "Disaffected" est un peu moins "lourd" de ce point de vue, non ? Pas pour ce qui est des paroles, mais pour la musique...
Jérôme : Je pense que c'est le résultat de notre expérience en concert, de ce que nous savons faire le mieux aujourd'hui, en tant que groupe de scène, en tant que songwriters et producteurs aussi...
Glen : Tu ne réponds pas à la question... Guillaume dit que le nouvel album est plus léger, tu es d'accord ?
Jérôme : plus léger, dans le sens où il est plus facile à écouter peut-être.
Glen : Pourquoi ?
Jérôme : Je pense que sur les albums précédents, il fallait apporter plus d'attention aux détails, maintenant les morceaux sont plus dans un format chanson.

Je pensais aussi au son. Par exemple, sur "Speed the Road, Rush the Light", tu as cette basse énorme, la batterie qui martelle... il y a moins ce genre de choses sur le nouvel album...
Jérôme, sceptique : ...
Glen : Il y a un effort conscient de faire un album plus mélodique, qui soit accessible à davantage de personnes. On veut que ce disque passe à la radio, on veut vendre plus de disques. C'était à notre esprit quand on l'a enregistré. C'est toujours Piano Magic, c'est toujours plutôt sombre, mais effectivement, il y a davantage de lumière parce qu'on a essayé de le rendre plus digeste. Mais quand on le joue en concert, le Diable est toujours là, crois-moi... Probablement plus imposant qu'il l'a jamais été... Avec le disque, on veut attirer les gens, qu'ils l'achètent, puis qu'ils viennent au concert, et là, on lâche le Démon...

Et vous pensez avoir réussi à faire un album plus "commercial" ?
Oui... Nous avançons à petit pas de toute façon. "The Troubled Sleep" était à un petit pas de "Writers Without Homes", il était déjà plus accessible, plus mélodique. "Disaffected" représente le pas suivant. Je pense que l'album suivant pourrait être encore plus mélodique. Ce sera toujours sombre, parce que c'est ainsi que les choses sont pour nous. "Love and Music", "Night of the Hunter" sont des pop songs. "Disaffected" est la chanson la plus pop que nous ayons écrite. J'avais les accords, j'ai écrit des paroles, et dans ma tête, je pensais à "Soul Mining" de The The, une chanson simple. L'idée c'était de faire une chanson à plusieurs niveaux, une chanson pop énorme. Mais les paroles ne disent pas "je t'aime, faisons l'amour toute la nuit".
Jérôme : Glen, tu trouves vraiment le disque plus léger ?
Glen : Oh oui.
Jérôme : Plus facile à écouter ? ou dans le message, l'impression générale qu'il transmet ?
Glen : non, plus facile à écouter, du point de vue du son. Le titre de "The Troubled Sleep" disait tout, c'est à propos d'une mauvaise année : "I slept bad with bad dreams and bad beer", "London is fucked". "Disaffected" évoque plutôt un certain détachement.
Angèle : C'est ça... et "I can't get on, I can't get, cause I live in the past, and it's too strong" (rires) ?
Glen : oui, ça c'était à cette époque-là...

Quelle est ta relation avec Londres ?
Et bien on sort ensemble depuis neuf ans... je viens enfin de passer la main sous son soutien-gorge...
Angèle : Sous son quoi ??
Glen : sous son soutien-gorge, pour la première fois... J'aime comment elle s'habille, Big Ben... Mais c'est terrible de la cotoyer quand elle a ses règles.
Angèle : Mais parle de Londres un petit peu ! (rires)
Glen : ma relation avec Londres évolue. Je l'aime autant que je la déteste. Toi, Jérôme, tu aimes Londres ?
Jérôme : Oui, j'aime Londres... tu connais bien Londres, Guillaume ?

Un peu oui, je compte y aller à la fin du mois, si je ne me suis pas fait larguer d'ici là.
Angèle : mais non, mais non...
Jérôme : Londres est une ville très excitante, très extrême. Elle peut à la fois être très motivante et très déprimante. Tu peux perdre le contrôle des choses totalement. J'aime la ville, les gens créatifs. Tout le monde n'y est pas génial, mais il se passe tant de choses, il est facile de s'y perdre. Je veux y vivre pour toujours !
Glen : Je peux te garantir que la plupart des gens qui y vivent te diront qu'ils ne veulent pas y rester toute leur vie.
Angèle : les Londoniens sont plutôt jeunes. Tu ne vois pas vraiment de vieilles personnes comme à Paris.
Glen : Londres est presque un pays à part au sein de l'Angleterre. Ca a vraiment peu à voir avec le reste du pays. Les Londoniens n'ont rien à faire de ce qui se passe en dehors de Londres, à Leeds ou à Sheffield, ils n'en parlent jamais. Si ta famille vit en dehors de Londres, à la limite.
Jérôme : mais tous les Londoniens que je connais ne sont pas nés à Londres.
Angèle : c'est pareil à Paris. Mais Londres est une ville beaucoup plus grande, par sa superficie.
Glen : Si vous donnez tout ce qu'ils veulent aux gens, ils n'ont aucune raison d'aller voir ailleurs. A Londres, on a à peu près tout ce qu'on veut.
Angèle : à part des loyers accessibles.
Glen : oui, mais tu as des appartements. Tu as du travail, de quoi t'occuper en dehors du travail. Cela suffit aux gens. Pas besoin d'aller à Leeds. Ou à Birmingham lundi prochain... Pourtant c'est ce qu'on va faire (pour un concert, ndlr).

Il y a une drôle de vidéo sur votre site web, pour illustrer un titre qui n'est pas sur l'album mais sur le EP "Opencast Heart", mais qui utilise le visuel de la pochette... Pourquoi on ne le voit pas sur MTV, ce clip ?
C'est moi qui l'ai faite. C'est bricolé, ça n'a pas d'autre destination que le site web. Mais je compte en faire d'autres à l'avenir.
Jérôme : Bigas Luna en avait fait une, aussi.

Vous utilisiez des projections sur scène à une époque ?
Glen : Oui, quelquefois. Des nuages qui défilent dans le ciel, j'aime bien ça.
Angèle : Cela fait longtemps. C'était à l'époque où votre musique était plus ambient, c'était plus justifié, maintenant que ce que vous faites est plus rock, ça serait moins adapté.
Glen : Maintenant il faudrait qu'on diffuse des images de politiciens en train de se faire charcuter à coup de hache, ça conviendrait mieux.
Angèle : Ou alors un petit singe...
Glen : Oui, un petit singe qui grimpe une colline pour rejoindre un petit lapin... ou Franck qui court nu dans la mer...
Jérôme : J'ai déjà la photo, on pourrait l'utiliser !
Glen : Je fais des petits films pour Piano Magic, mais ils sont très artisanaux, ce n'est pas pour le public. Cela n'impressionnerait personne, ou ne ferait aimer notre musique davantage à personne. Si tu as cinq minutes pour jeter un coup d'oeil sur le site et que tu as envie de voir Cédric se lever avec des bois qui lui poussent sur la tête, alors ok. La prochaine vidéo, c'est Jérôme qui fait du vélo tout nu. Jérôme, j'ai une photo de toi en train de faire du vélo avec un masque d'âne. Mais tu as ton pantalon.

Que devient Tugboat, ton label ?
Il existe toujours, mais ce sont les gens de Rough Trade qui s'en occupent, je n'ai plus rien à faire là-dedans. Je m'en moque un peu en fait. Quand j'ai quitté Rough Trade, ils n'ont rien fait avec pendant un certain temps, et puis au bout de quelques mois, ils ont sorti un disque d'un mec de British Sea Power dessus. Et un autre disque plus récemment. Mais je n'ai même pas entendu les morceaux, je m'en suis détaché ("I'm disaffected with it", ndlr).

Au fil des années, vous avez sorti beaucoup de maxi ou de singles sur des labels qui n'existent plus...
Nous les avons tués...

Quel est votre sentiment sur ces labels qui mettent la clé sous la porte ?
Quand nous avons commencé, la situation était très saine. Il y avait pléthore de labels indépendants en Angleterre qui sortaient des singles en vinyle. Je pense que maintenant il y a moins de place pour les singles vinyles dans les magasins, que ça coûte beaucoup plus cher à produire que les CD. Pour faire du vinyle, tu vas devoir payer 800 euros pour faire presser 1000 exemplaires, en espérant peut-être pouvoir en vendre une centaine. Ca n'a pas de sens. Dans les années 90, c'était encore possible économiquement, tu pouvais t'en tirer financièrement. Le prix des albums en CD baisse, du moins en Angleterre, pour éviter que les gens soient tentés de les télécharger, il n'y a plus de place pour les singles, que ce soit en vinyle ou en CD. Parfois, ça marche ce prix bas pour les nouveaux CD. Je me souviens du premier British Sea Power, qui était à 10 euros quand il est sorti. Beaucoup de gens l'ont acheté et lui ont donné sa chance, et ils en ont vendu cinquante mille exemplaires. Quand tu sais qu'un CD coûte un peu plus d'un euro à produire, il devient difficile de faire avaler aux gens qu'il faut qu'ils dépensent quinze fois plus pour s'en procurer un en magasin.
D'une certaine façon, je préférais la situation quand j'étais jeune et que je ne pouvais pas me payer plus de trois disques par an. Je les écoutais jusqu'à ce que je puisse m'en payer d'autres. Mais maintenant, il y a tellement de CD. J'en ai tellement, pourquoi me fatiguer à les écouter ?
Jérôme : il y a tellement de disques qui sortent.

Quel est le programme de Piano Magic pour les mois à venir ?
Glen : Nous allons sortir un single en vinyle en édition très limitée, qui s'appellera "Never it Will Be the Same Again". 1000 exemplaires. Si tu ne te le procures pas à sa sortie, tu ne l'entendras jamais. Et puis nous allons passer la fin de l'année à faire des concerts, en France à l'automne. En mai, nous allons jouer à Barcelone, pour le festival Primavera, avec Sonic Youth, New Order...

Tu vas pouvoir discuter de ses paroles directement avec Barney...
Oui... Et je pense qu'il va m'apprécier. J'écris déjà de nouvelles chansons pour un nouvel album. J'en ai déjà écrit trois. Peut-être que le prochain album sortira plus vite que prévu.

Si tu as besoin de quelqu'un pour chanter une chanson, appelle moi.
Ok, tu es le premier sur ma liste.

Propos recueillis par Guillaume