Revenons un peu en arrière... Tu remercies dans ton livre Greg Shaw, "the man who put the Bomb". Pour toi, quel a été l'élément déclencheur qui t'a fait basculer dans le rock ?
En fait, c'est plutôt vers 75 que j'achète mes premiers 45 tours dans un Monoprix, sur un présentoir où on trouve les tubes. Mes premiers 45 tours, c'était Slade, pas forcément ceux qui venaient de sortir, il y avait de vieux 45 tours qui traînaient, les Slade devaient dater de 72 ou 73, il y avait des vieux Stones aussi, "Star Star", des singles extraits d'un album de compilation des Who où ils sont avec des casques ("Odds and Sods", ndr). A cette époque, le punk n'existe pas encore. Enfin, Television joue à New York mais moi, en région parisienne, je n'ai aucun moyen de le savoir ; je découvre les Stones, et après les pionniers, Little Richard, Chuck Berry, Jerry Lee Lewis, je deviens fou en l'écoutant, comme en entendant Little Richard hurler au début de "Tutti Frutti", je me dis "Qu'est ce que c'est que ce truc, qu'est ce que j'ai découvert, c'est une bombe atomique !"

Tu remercies également dans ton livre The Mental Job pour t'avoir vendu le 45 tours de "God Save The Queen".
Oui, c'était génial, j'avais 15 ans, je faisais un petit boulot à Boulogne, pendant les vacances, et je traverse la rue, il y avait un magasin qui vendait des disques et des guitares, je rentre, je discute avec le mec et là je m'aperçois que c'était le bassiste d'Asphalt Jungle (Groupe punk français mené par Patrick Eudeline et Rikki Darling entre 1976 et 1978, ndr) qui était là pour se faire un peu d'argent de poche. Et en effet, je lui ai acheté "God Save The Queen" et je ne m'en suis pas encore remis.
Et le passage à l'acte musical intervient à quel moment pour toi ?
Dès l'instant où j'ai commencé à écouter les Who, les Stones, je me suis dit : "D'une façon ou d'une autre, il faut que je forme un groupe, il faut que j'essaye, que je rencontre des gens, il faut que je trouve un batteur, un bassiste..."
Ça a commencé comment ?
Ben ça a commencé très mal (rires), comme tout le monde, avec des guitares sèches sur lesquelles tu essayes de brancher un micro pourri, tu essayes de trouver un ampli de tourne-disques sur lequel tu branches ta guitare et évidemment le tourne-disques explose, tu prends des barils de lessive, des casseroles pour faire une batterie, et puis, au fur et à mesure, tu t'achètes une batterie, une basse et puis tu te demandes ensuite comment est ce qu'on en joue, et puis voilà, tu commences petit à petit dans des caves, tu massacres des morceaux, avec la rage, mais tu les massacres quand même ! (rires)
Et ton premier groupe, c'était les Désaxés ?
Non, c'étaient des groupes de collège. Les Désaxés, c'est mon premier groupe sérieux, qui avait un répertoire, un planning de travail... avec un songwriter, Hervé Zerrouk, qui écrivait des chansons... C'est ça qui fait qu'un groupe existe ou pas, il faut un moteur, un auteur, Hervé avait son univers et quand je suis arrivé, il avait déjà 15 chansons d'écrites, de pop très énervée, très énergique, de deux minutes, parfois d'une minute cinquante.
A ce moment là, on est en 1981 ?
1982, le groupe existait depuis 1981, j'arrive en 1982, le premier disque qu'on fait ensemble date de 1983. Le groupe va durer jusqu'en 1989-1990. Le dernier disque qu'on ait sorti, c'était en 1988 chez Phonogram, et la maison de disques nous a un peu menés en bateau, on devait faire un album, tous les trois mois, il nous envoyait en studio, on devait faire une maquette, ils l'écoutaient, ils nous disaient "retournez écrire des singles", donc on retournait travailler en répèt', comme des abrutis, et on refaisait une maquette, trois mois plus tard on attendait le verdict du directeur artistique qui nous disait "retournez écrire des singles" et un moment ça nous a un peu lassés d'enregistrer maquette sur maquette...
L'aventure des Désaxés se termine donc vers 1990. Entre cette date et tes débuts à l'écriture, au début des années 2000, que fais-tu ?
Plein de choses, j'ai joué après les Désaxés avec un artiste qui était chez Sony, on a fait un album ensemble en Angleterre, c'était super intéressant comme expérience, ça a duré deux ou trois ans. J'ai joué avec Jacno en live, depuis 1995 jusqu'à encore récemment.
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