Sur "Qu'est-ce qui m'a pris" il y a quand même beaucoup de monde, Tarwater, To Rococo Rot, Dominique A, Zend Avesta, des membres de Kat Onoma. J'ai l'impression que c'est un travail très collectif. Comment as-tu travaillé avec tout ce monde-là ?
L'album s'est constitué sur plusieurs années. Le temps a fait que c'est devenu un travail avec beaucoup de collaborateurs. J'ai commencé à travailler avec certaines personnes, puis j'ai rencontré d'autres musiciens comme lors de cette résidence à Genève avec Stefan Schneider de To Rococo Rot. Au final, j'ai demandé à Stefan de produire l'album. A cette époque j'ai rencontré Domnique A. Je lui ai demandé d'écrire un texte sur une musique que j'avais composée. En fin de compte, c'est lui qui l'a chanté. C'était la même chose avec Ronald de Tarwater. Je connaissais Tarwater depuis longtemps et c'est par l'intermédiaire de Stefan que la rencontre s'est faite.
Le fait d'avoir enregistré cet album sur une longue période ne t'a pas gêné pour garder une cohérence ?
Il y a en effet des chansons très anciennes comme "A bords perdus" et il fallait voir avec les nouveaux morceaux comment tout ça se mettait en place. La production de Stefan a porté un regard extérieur et lui a donné une cohérence. Puis je fais très attention à l'ordre. C'est une histoire que je raconte. Il y a un cheminement entre les morceaux, des enchaînements. Avec Stefan nous avons rajouté des synthétiseurs et avons mixé au même endroit, ça a rajouté du relief et une cohérence à l'ensemble.
Il y a beaucoup de programmations et de synthétiseurs alors qu'on te connaissait plutôt comme guitariste et saxophoniste au sein de Kat Onoma. Tu aimes jouer avec ces instruments ?
J'aime beaucoup les synthés et je programme un peu. Après, je reviens volontiers à la guitare. On peut la sentir peu présente par moments, mais quand elle arrive, elle est au premier plan, elle est très devant. C'est un petit événement quand une partie de guitare arrive. Comme le solo du "Grand filtre".
Incroyable ce solo, déstructuré, un peu à la Velvet Underground, mais en même temps avec un côté très maîtrisé...
Oui il arrive comme ça, un peu hargneux. J'avais l'image d'un musicien au fond d'une scène, un peu discret qui sortirait ce solo de manière inattendue. Le côté libre et déstructuré à la Velvet vient aussi du fait que j'ai fait des coupes et de l'édition après sur ordinateur. Donc ça ne va pas être facile à jouer en live. C'était l'idée d'en faire un truc obsessionnel, un peu étrange. Ca tranche avec les nappes de synthés ou d'autres morceaux où je joue sur l'ampleur. Sans faire de la musique planante, je voulais travailler sur quelque chose de très ample avec les cuivres et les synthés.
Tu travailles beaucoup sur les images. Tu réalises toi-même des films. Ton projet de live comportera beaucoup d'images, paraît-il...
Il y a des textes sur lesquels j'ai envie d'accoler des images. Je travaille les images comme de la peinture. Je travaille en Super 8 mais je les monte sur ordinateur. Je travaille beaucoup sur la matière des images. Le Super 8 est très pictural. Systématiquement, parallèlement à la musique, il y a toujours des images qui me viennent sur les textes. Ce sont des tableaux, assez contemplatifs, des natures mortes, des paysages. Ce sont des petites figures. J'aime l'idée de tableau en mouvement.
C'est un peu le même principe que tes morceaux qui évoquent des impressions diffuses, des sensations plus que des histoires...
Exactement. Il n'y a pas d'histoire à raconter au premier abord, de la même façon que mes films ne sont pas des courts-métrages au sens d'un scénario qui se déroule.
Ca ne t'intéresse pas les choses plus narratives ?
Je ne sais pas. Je préférerais raconter avec des mots plutôt qu'avec des images. J'aime bien faire se confronter une musique à des images qui n'ont pas de rapport direct et laisser ainsi fonctionner l'imaginaire. Créer un espace pour l'imagination.
Pour en revenir à la musique, le jazz est le premier genre que tu as exploré avec Guy Bickel de Kat Onoma. J'ai l'impression que la liberté et l'expérimentation propres au jazz sont des choses qui ont perduré dans ta musique.
C'était plus de la musique improvisée que du jazz. Ca m'a énormément appris. C'était une grande expérience. Mais mon album reste quand même fait de chansons, ce n'est pas de la musique expérimentale. Mais ça reste présent et dès que des portes peuvent s'ouvrir, j'aime prendre des libertés. Les machines électroniques m'ont permis de retrouver cette curiosité de repousser les formes. On retrouve une certaine recherche avec ces nouveaux outils musicaux, l'envie de créer de la matière.
On a appris la fin de Kat Onoma avec la sortie d'un Best of pour clore l'histoire. Quel regard portes-tu sur les années Kat Onoma ?
On a tout réécouté pour le best-of. C'était beau. C'était une sacrée expérience. Ca a duré 20 ans. C'était un beau groupe en terme d'individualités. Mais je pense qu'on est arrivé au bout des choses. On a tous un peu envie de développer d'autres choses maintenant.
Propos recueillis par Guillaume Morel
Merci à Dominique Marie.
POPnews, webzine jeune et joli
