PRIMAVERA SOUND
Samedi 30 mai - Bowerbirds, Crystal Stilts, Alela Diane, Chad VanGaalen, Shearwater, Jayhawks, Th'Faith Healers, Herman Düne, Neil Young, Liars, Deerhunter, Sonic Youth
Il est deux heures de l'après-midi, le soleil brille, les oiseaux chantent (enfin, deux oiseaux, mais verts), la brise caresse les palmiers, et trois barbus débonnaires plus une jolie fille avec un accordéon jouent de la musique au pied d'une sculpture géante et colorée. Sommes-nous au paradis ? Non, simplement au parc Miro (la sculpture semble être de lui), où se produisent les Américains de Bowerbirds. Leurs chansons folk pleines de fraîcheur, quoique souvent ombrées d'une légère mélancolie, sont ici parfaitement à leur place, face à un public particulièrement attentif. Un très joli moment.

Bowerbirds
Venus de Brooklyn, les Crystal Stilts, qui jouent un peu plus loin dans le parc, s'inscrivent dans la lignée de tous ces jeunes groupes, fans du Velvet Underground et de Jesus and Mary Chain. On a d'ailleurs l'impression qu'ils pastichent les formations les plus obscures du label Creation au milieu des années 80. Le chanteur arbore un look très Dylan (boucles, lunettes noires), mais l'ensemble louvoie plutôt entre poussées psychédéliques et titres plus pop. Le groupe semble manifestement ravi d'être là, se lance dans des paris hasardeux avec le public et est rejoint par un SDF qui passait dans le coin... Mais à quelques kilomètres de là, les concerts sont sur le point de reprendre, donc métro (avec deux Yo La Tengo !), direction le Forum.
Nous commençons une nouvelle fois dans l'Auditorium où Alela Diane joue. Il est étonnant de constater que c'est sa première date à Barcelone, mais ce set parfaitement maîtrisé (et centré majoritairement sur "To Be Still") devrait lui permettre d'obtenir de nouvelles dates, tant la jeune Californienne maîtrise son folk, toujours aussi enchanteur.
S'ensuit un cruel dilemme : Chad VanGaalen ou Shearwater ? Finalement, le binôme décide de se scinder.
En trio, le Canadien offre sous un beau soleil un concert intense, où défile l'essentiel de son excellent album "Soft Airplane". Equipé d'une étrange guitare, qu'il abandonne parfois pour un banjo, il réussit le grand écart entre un folk très dépouillé et des moments nettement plus noisy. Sobre et prenant.
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Chad VanGaalen ou Shearwater ?
La troupe de Jonathan Meiburg livre elle aussi un set captivant. Entre indie-rock, folk et passages plus aériens, le set s'enchaîne à merveille, faisant une place conséquente à "Rook", le dernier opus du groupe. Les musiciens s'échangent les instruments à presque chaque morceau, mais le set ne perd pas en cohésion, porté par le talent des musiciens, la voix puissante de Meiburg, et des compositions tout sauf linéaires. Le seul problème est la durée du set, limitée à 45 minutes.
Les groupes suivants n'avaient vraiment pas de chance, en étant programmés avant Neil Young : ceci dit, cela semble profiter aux Jayhawks, car le public est plus nombreux que ne pouvait espérer le groupe. Leur soft-rock teinté de country est certes bien calibré et a servi de bases à pas mal d'artistes, mais on l'oublie rapidement. A la même heure, les revenants Th'Faith Healers nous font presque regretter de ne pas nous être davantage intéressés à eux au début des années 90, leur mélange de noisy pop et de krautrock ayant gardé une certaine fraîcheur. Quant à Herman Düne, une heure avant le Canadien tant attendu, ils n'ont vraiment pas de chance, tant tout le monde entame la migration pour être bien placé pour LE concert.

Neil Young
La presse locale avait promis 2 h 30, on n'aura eu au final qu'une heure quarante. A part cette légère déception, pas grand-chose à reprocher à Neil Young qui, comme on pouvait s'y attendre, aura été l'attraction principale de ce Primavera 2009. Ne puisant que très peu dans ses derniers albums (pas plus mal...) pour laisser la part belle à des classiques inusables tirés de "Everybody Knows This Is Nowhere", "Harvest" ou "Rust Never Sleeps", le Loner - toujours bien entouré sur scène - garde à 63 ans une énergie impressionnante, et entendre quelques milliers d'Espagnols gueuler le refrain de "Down by the River" est une expérience, euh... marquante. Les déchirants "Needle and the Damage Done" et "Mother Earth" (à l'orgue) calment un peu les esprits, avant un unique et surprenant rappel : une reprise de "A Day in the Life", chanson des Beatles dont la sublime mélancolie n'aurait pas déparé l'album "After the Gold Rush". Ce qu'on appelle une rencontre au sommet.
Ensuite, il faut bien s'occuper avant Sonic Youth (qui assurèrent il y a longtemps la première partie d'une tournée de Neil Young), deux heures plus tard. Si la prestation de Liars nous pousse à nous diriger vers Deerhunter (plutôt une bonne surprise), le clou final du festival doit être Sonic Youth. Bon, soyons francs : le clou est quelque peu rouillé. Certes, ils sont toujours aussi énergiques, mais on commence à sentir un certain ronron dans le groupe, des poses un peu attendues. Et comme ils se concentrent sur leur dernier disque, "The Eternal", dont ils joueront sept titres, le concert se passe mais peine à faire s'enthousiasmer la foule. La fatigue accumulée (pour le public), peut-être ? On aura quand même été content d'entendre quelques vieilleries, tirées notamment des albums "EVOL" et "Daydream Nation" - à noter que d'un soir sur l'autre, le groupe ne reprend jamais la même setlist.
Le Primavera a encore concilié succès public (80 000 spectateurs) et intégrité de la programmation. La liste de tous les artistes que nous n'avons pas vus donne d'ailleurs le vertige, mais il faut clairement une forme olympique pour enchaîner jusqu'à 6 h du matin ! Mais qui sait, l'année prochaine peut-être ?
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