"Raoul
Loves You", son premier album, nous a prouvé
que Ra était un artiste multicartes accompli. Qu'en
plus de ses talents d'illustrateur, il savait faire de la
musique, que ses morceaux étaient bien davantage
que le passe-temps d'un graphiste. Plus de deux ans après,
avec "Wxfdswxc2", un disque plus réussi
encore, il complète la démonstration. Ici,
comme ce titre illisible le suggère, les sons sont
aussi abscons que par le passé. Raoul aime la noirceur,
la rudesse et les aspérités, il ne se contentera
jamais d'une mélodie lisse, d'une nappe immaculée,
d'un fond méditatif. Avec lui, ça glitche
et ça dérape, ça sautille et ça
pare en vrille, ça rabote le cortex et ça
ramone les oreilles, c'est plein de guitares sales et d'électronique
mal élevée. Mais tout ce bruit n'est pas un
cache-misère. Les sons sont vraiment bien, ils ont
du sex-appeal.
Ra
fait du vrai rock'n'roll électronique, une musique
qui impressionne et qui sait prendre aux tripes avec ses
effets nombreux mais pas vulgaires. C'est dérangé
et c'est bruyant, mais c'est subtil, comme sur ce "Wonderful
Bastard" où Ra recycle avec habileté
Can et Damo Suzuki. Les montées d'acide sont toujours
opportunes, quelques éclairs de lumière bienvenus
viennent parfois dissiper l'atmosphère oppressante
de l'ensemble, par exemple l'orgue et le piano de "Platinum
Dust". Et puis, pour ne rien gâcher, "Wxfdswxc2"
à la consistance d'un album. Ra peut maltraiter le
rock sur "Wxfdswxc", "Fake Poetry" et
"Brushed Metal Sexdream", ou le hip hop sur "Dr
Merdewerkdichliebe", il peut à l'opposé
proposer quelques nappes classieuses, ça reste la
même ambiance, le même discours sans paroles,
les mêmes tons gris et bruns que l'on retrouve sur
ses dessins.
Pour
compléter le tout, Raoul Sinier nous montre toute
l'étendue de ses talents en accompagnant son
disque, outre d'une pochette illustrée par
ses soins, d'un DVD avec des clips concoctés
pour ses amis de dDamage (que Ra dépasse allègrement
sur ce disque, s'il faut se livrer au jeu assassin
des comparaisons), des vidéos et un extrait live.
Ajouté aux morceaux haletants que sont "Wxfdswxc",
"The K-Man Says", "Fake Poetry" et "Brushed
Metal Sexdream", ou les crescendo somptueux de "Skinfest"
et de "Breeders Club", tout cela fait de "Wxfdswxc2"
un bel objet, un vrai disque complet, même si tout
nouvel auditeur en sortira sur les rotules.
Sylvain Bertot
WXFDSWXC
Wonderful Bastard
Gray Fox
Dr Murkewerkdichliebe
Platinium Dust
Toxic Piles of Crap
Let the WXFDSWXC2 Hit 'Em
K-Man Says
Bad Ray Ebb
Skinfest
Fake Poetry
Breeders Club
Brushed Metal Sexdream