Rach Three - Track by Track

15/07/2016, par | Track by track |
  • Facebook
  • Twitter
| permalien

En avril, Rach Three a sorti son premier album, fort de huit très beaux titre d'un folk sombre, qui oscille entre anglais et français. Son auteur revient sur chacun des huit titres qui composent ce premier disque remarquable.

Rach Three - Sin Armor

The Stars :

Un de mes préférés, pour plein de raisons, même si il a été très dur à enregistrer et mixer… Il représente bien là où j’aimerais aller, car il mélange des samples d’instruments classiques comme la clarinette et le violoncelle, des guitares électriques et des sons synthétiques plus lourds…Avec un petit solo de scie musicale, un instrument que j’aime beaucoup, et dont joue Igor. J’ai énormément de mal à figer les structures des morceaux et à reproduire deux fois la même chose, les mesures n’ont pas toute le même nombre de temps, il y a souvent plusieurs morceaux en un, bref, j’ai du mal à décortiquer mes morceaux qui ont des structures souvent un peu tordues. Le solfège pourrait surement m’aider, mais je suis autodidacte et je ne le connais pas. Les musiciens avec qui je joue s’arrachent un peu les cheveux (bisous). On a mis en place des signaux: 1 signe de tête à droit je change de partie, un signe de tête à gauche je change de partie, mais pas tout de suite, 2 signes de tête à droite ça va changer de partie à un moment mais on sait pas quand… ça me parait clair. Bref, je suis content d’avoir trouvé des musiciens qui arrivent à sentir et deviner ma musique, et ce que j’ai dans la tête (parfois). Pour ça, j’admire beaucoup Swans, je serai curieux de savoir comment ils procèdent pour enregistrer et figer les choses. J’imagine que M. Gira doit soit les envouter soit les torturer pour arriver à tout ça. Je vais y réfléchir. On a donc passé un temps fou en studio sur ce morceau à comprendre la structure, comment les parties s’emboitaient… ça ne marchait pas, on ne retombait jamais sur nos pieds. Il y a donc eu un travail d’édit une fois les bases du morceaux enregistrées. Thibault de Vendége l’a ensuite remixé en ajoutant des percussions et en resamplant certaines des pistes studio, et Benoît de Villeneuve a finalisé la montée au moment du mixage, sans eux je crois que je l’aurais mis à la poubelle! J’ai la plupart du temps une image assez précise de ce à quoi j’aimerais arriver, plus comme un tableau qu’une chanson, mais je suis souvent incapable de donner vie à tout ça et le faire exister en dehors de ma tête. Heureusement que les autres sont là. Les paroles racontent l’histoire d’un personnage qui déteste les étoiles, et qui arrive à les faire disparaitre. Il pense que les gens s’en sortiraient très bien sans elles. Je suis souvent étonné de m’apercevoir qu’on voit encore la lune et les étoiles, ça me parait complètement déconnecté de ce qu’est devenu le monde, et ça me fait toujours plaisir de les voir, même si elles ont disparu des villes. Ce personnage est un triste sire.

Le Plongeon:

J’aime cette idée de plongeon, de tenter, et du moment suspendu. En atteste la photo de dos de couverture du disque, où l’on voit mon honorable mère tenter elle même un plongeon. Mon grand père a pris cette photo. J’essaie d’écrire plus en français, mais ça m’est encore très dur, c’est beaucoup moins instinctif qu’en anglais, et j’arrive moins à trouver de mélodies à la voix. J’ai pourtant souvent écrit en français, des nouvelles, des poèmes, ou des lettres. L’anglais permet une distance par rapport au chant. Je trouve souvent le thème des paroles en anglais en chantant de manière automatique, sans y réfléchir, des mots sortent, et ça donne un début de paroles. C’est beaucoup plus dur de faire ça en français. Ma culture n’est pas du tout celle de la chanson française, même si je ne suis pas allergique, mais ça ne m’a pas trop influencé. J’aimerais écrire de meilleures paroles en français, soyons très honnête, même si je suis surement pas le mieux placé pour en parler. Je ne suis pas loin de penser, parfois, tard le soir quand je regarde mon plafond, que ces paroles confinent à la mièvrerie, mais je défends le côté « emo » de Rach Three, et c’est important pour moi d’être sincère et touché par ce que je chante, quitte à que ça soit un peu limite. Pendant le mixage, il y a un moment où l’on écoute la voix toute seule, moment qui semble toujours durer une éternité, et je me rappelle que j’avais très envie de disparaître quand c’était le tour de ce morceau. A ce moment là je prenais l’air très occupé à autre chose, j’apprenais par coeur la pile de CD de Xenakis et Luc Ferrari qui se trouvait à côté de ma chaise, dans le studio de Benoît de Villeneuve. J’avais l’impression d’être chez le dentiste. Je disais tout le temps à Benoît: « la voix est pas un peu forte là? ». Voyez le genre quoi. Le français vous met vraiment tout nu. Un petit drame se joue, car je prononce assez mal à un moment, et on entend "désespoir" au lieu de "tes espoirs", ça ne flatte pas vraiment les paroles. Note pour plus tard: articuler.

Sin Armor :

J’invente souvent des chansons à tiroirs, et on s’est bien amusé avec la partie du milieu, que l’on a trouvé la veille de partir en studio. Pour faire ce disque, on avait répété que 10h, et on s’est vite rendu compte que ça ne faisait pas beaucoup… On avait commencé à répéter à trois avec Simon (violoncelle) et Igor (clarinette, trompette, piano, scie musicale), puis on s’est retrouvé chacun dans des villes différentes, et on a du finir les arrangements à distance. On s’est ensuite retrouvé à Paris pour tout répéter, puis on est parti à Lyon dans le studio de Benoit Bel, Mikrokosom studio, que je connaissais pour y avoir déjà enregistré avec Hold Your Horses. J’étais assez stressé car je suis toujours très inhibé en studio, et sans grande confiance en moi. Mais ça s’est plutôt bien passé. J’essaie d’intégrer plus de narration dans mes textes, plutôt que de parler de mes petites contrariétés, et là ça raconte l’histoire de quelqu’un qui a l’impression que la pluie l’accuse alors qu’il n’a rien fait, et il fomente un plan pour s’échapper… Morceau dédié à Raskolnikov, le fait de se sentir coupable sans raison est un terrible châtiment.

Tu sembles :

Au départ c’est une chanson basée sur une partie de guitare, vraiment dure à jouer, ça ne changeait jamais d’accord au même moment, tout était sur la levée du temps, bref ça me paraissait très logique mais compliqué à expliquer aux autres. Je n’arrivais d’ailleurs pas vraiment à la jouer super tight, ne comprenant moi même pas trop comment ça tournait. J’ai demandé au frère de Simon, Vincent Tordjman, qui fait de la musique sous le nom de Vicnet, d’habiller le morceau de synthés et boites à rythmes. C’est drôle car Vincent est dans un univers musical radicalement différent, il fait des trucs acid, de la skweee, des choses très groovy et joyeuses, mais je lui faisais confiance car c’est un excellent musicien. Il a une collection de synthés folle, car il les collectionne depuis longtemps, avant que ça soit devenu à la mode. J’adore ce qu’il a fait. Au final on a pratiquement enlevé la guitare, et c’est beaucoup mieux. Le sample aigu qu’on entend au début, c’est tout le morceau passé en accéléré. C’est Igor qui a fait ça, il bidouille aussi pas mal sur Reason en plus de jouer de la trompette, du bugle, de la clarinette, du piano de la scie musicale, du doudouk… Quel homme. Benoît Bel m’a avoué avoir peine à reconnaître le disque qu’on a enregistré chez lui, car on a fait les bases à 3, et ensuite beaucoup de parties et d'instruments ont été rajoutées, donnant une autre couleur aux morceaux. Les paroles sont inspirées d’une scène que j’ai vécu, d’une phrase que j’ai lu sur un mur, même si j’en ai un souvenir vague. Je ne sais plus si c’est vrai. En règle général j’ai du mal à savoir ce qui m’influence, ou à me rappeler du moment où je trouve tel ou tel morceau. Peut être que Rach Three le sait, lui.

Further North :

Un des rares morceaux à ne pas trop avoir changé après le studio, où nous étions donc tous les trois avec Simon (violoncelle) et Igor (clarinette, trompette, piano, scie musicale). Je me rappelle qu’en écoutant les mises à plat, j’étais frappé par la mélancolie que ce morceau dégageait. Je l’ai trouvé à la guitare baryton, et les gens me disent souvent que c’est leur préféré. Il raconte l’histoire de quelqu’un qui a tout perdu, qui est lui même perdu, et qui souhaite aller vers le nord. Ces paroles sont une série d’impression ou de situations, mais je ne sais pas exactement ce que cela signifie.

Rach Three’s Lament :

Sur celui là on n’a rien rajouté après le studio. Il y a un simili solo de guitare à un doigt. Je ne sais vraiment pas faire les solo. Là aussi ça été une tannée de compter les temps et les mesures, et au final c’est Simon et Igor qui m’ont dit quand chanter, ce qui est tout de même un comble. On l’a enregistré tous les trois ensemble dans la même pièce en live, et on a le plus souvent essayer de faire cela. Un des rares morceaux où on ne s’est pas retrouvé avec 100 pistes enregistrées… Benoît de Villeneuve a eu beaucoup de courage pour mixer tout ça. Qu’il soit remercié pour l’éternité. Anecdote: ce sont les mêmes accords que « A ton étoile » de Noir Désir, ce qui nous vaut de savoureux moments de rigolades lors de nos rares répétitions. On rit beaucoup avec Rach Three, même si on me dit souvent que cette musique est triste. J’ai vraiment du mal à me prendre au sérieux, ce qui ne m’aide pas beaucoup.

Memory :

Ce morceau commence par une assez longue plage ambiant de Simon et Igor. Ils utilisent des pédales de guitare avec leur violoncelle et clarinette, c’est aussi pour ça que je les aime, et j’étais assez embêté car on entendait que les bruits des pédales qui s’enclenchent pour créer les boucles sur l’intro… Thibault a eu la mission de remédier à cela, et du coup il a rajouté plein de petits bruits pour rendre ces claquements de pédales intempestifs plus musicaux. Il a vraiment transformé le morceau, et on y entend aussi la harpe de Marie-Christine. Quand ils le peuvent Thibault et Marie-Christine jouent avec moi, ainsi que Marie-Rose, la soeur de Marie-Christine, au violon. Simon et Igor étant à Toulouse, c’est plus compliqué, mais je ne désespère pas un jour d’arriver à réunir tout le monde!

Lullaby for a Frightened Kid at Night :

Le plus vieux titre du disque, que j’ai depuis longtemps, et je m’étais dit que s’il restait un peu de temps je l’enregistrerais comme ça, en 1 prise live guitare voix. Au final je l’ai fait pendant que tout le monde rangeait, on m’entend d’ailleurs indiquer à Benoît Bel que la prise est finie, et ça m’a pris un peu plus qu’une prise. Benoît de Villeneuve a ensuite rajouté ces jolis petits effets de delay. C’est une berceuse que j’ai écrite pour ma soeur et moi, pour quand on était petit. En règle général les paroles sont assez intimes, et je n’ai pas spécialement envie de les expliquer. Elles sont imprimées sur le disque pour ceux que ça intéresse. J’ai aussi écrit un petit livret où je parle de tout ça, aussi dispo dans la version vinyle. N’hésitez plus.

les derniers articles


»» tous les articles
»» toutes les chroniques de disque
»» tous les posts du blog
»» toutes les interviews