La Route du Rock - Édition 2002 : The Coral, Departure Lounge, Interpol, Electric Soft Parade, DJ Shadow, Notwist, Archive, Murat, Kid Loco

28/08/2002, par Monsieur Morel | Festivals |
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DestroyerLe temps était devenu un peu plus clément pour cette deuxième journée. Destroyer aura offert un set un peu confus et un cran au-dessous de ce que le groupe peut livrer sur disque. Le rock de Destroyer se dilue un peu trop dans ses guitares brouillonnes. Dommage de ne pas retrouver sur scène le piano enchanteur et lyrique qui faisait le charme de bon nombre des morceaux du dernier album, " Streethawk : A Seduction". Quelques morceaux parmi les plus construits restent tout de même fidèles au disque. Grandiloquence verbale, guitares héroïques descendantes de Ziggy Stardust, et dénouements rageurs : à de trop rares moments, pouvait-on retrouver ce Destroyer là.

Electric Soft Parade... Toujours limites sur scène, les garçons gâchent leurs très bonnes chansons en les ramenant au niveau des moins bonnes par un traitement rock'n'roll trop approximatif et guère convaincant. La palme revenant à "Silent To The Dark II", belle chanson au potentiel déjà non pleinement réalisé sur disque qui s'empâte dans une version interminable aux forts relents doorsiens. J'ai tout d'un coup une forte envie de voir d'autres frangins, ceux de Shack sur la scène à leur place, doux rêveur nostalgique ("vieux con, oui", pensera le lecteur de la Guerche de Bretagne) que je suis. Il faut resserrer les boulons, les amis.

Electric Soft Parade


Kid Loco confirme qu'il s'éloigne de plus en plus de l'électro avec cette formation très rock ( guitares, basse, batterie). Quelques machines et platines sont présentes, malgré tout. L'ancien producteur du label Bondage semble s'amuser comme un petit fou et offre un concert de haute tenue. Parmi les meilleurs moments, c'est instrumentaux irrésistibles où les scratchs flirtent avec les guitares. Tim Keegan, le chanteur de Departure Lounge, qui accompagne ici le kid à la guitare et au chant, se lâche d'ailleurs un peu plus que lors de son propre set de la veille. Le tube " A bit Of Your Soul" dont le refrain est repris en chœur transforme pendant quelques minutes la scène en une chorale débonnaire. " What i need babe, a little bit of your soul…", ces quelques mots ne quitteront plus mon esprit de la soirée.

"La houle du désir emportait Saint-Malo, nos cœurs évanouis gisaient au fond de l'eau." C'est avec ce couplet, fort à propos issu de " Polly Jean", que Jean-Louis Murat s'est mis le public dans la poche dés son entrée sur scène. Aussi aurait-on pu remplacer eau par boue, tant le terrain du festival ressemblait encore à un vaste marécage. Pour le reste, Murat a essentiellement chanté des morceaux de son dernier album, " Le Moujik et sa femme". Il était agréable de retrouver l'Auvergnat dans une formation rock et épurée (trois musiciens, lui inclus), après une tournée de Mustango sous le signe des machines et des claviers. Le concert est propre… Un peu trop. Sans étincelles, suis-je tenté de dire. Mais Murat reste un bon performer boostant certains morceaux et les ponctuant de "hououou" et de "yeah yeah yeah", désormais ses éternelles marques de fabrique en live.

Ensuite, Archive joue les Pink Floyd d'opérette en déroulant son fréquemment insupportable et sans peu d'intérêt brouet psychédélique. Il y a trois ans, on avait eu droit à Archive version soupe, là c'est carrément du gloubi-boulga. Il est bien loin le temps béni de "Londinium". Pire, ce qui aurait pu être une bonne action - faire savoir au monde qui ne le savait pas, ou qui l'avait oublié, moi le premier, que Craig Walker, ex-chanteur de Power of Dreams, avait une voix superbe, tourne au crime tant ce garçon s'époumone en vain. Par moment, le groupe réussit toutefois à empiler de jolies strates sonores les unes sur les autres, mais cela a beau être bien fait, cela reste du plomb et on est tout écrasé. Enfin, ce fut toujours moins pathétique que ce qui allait venir par la suite...

Trash PalaceDimitri Tikovoï s'est entouré de mystère et de stars pour son projet de Trash Palace, dont la prestation scénique était annoncée comme un événement rare (et c'est peut-être mieux ainsi). On ne savait pas grand chose de ce projet si ce n'est qu'il s'agissait d'un album concept autour de la sexualité et que Murat, Alison Shaw des Cranes, Brian Molko, Asia Argento, John Cale y participaient. La scène du fort de Saint-Père a été réaménagée pour l'occasion : lampes à pied, fauteuils en feutre, mannequins de grands magasins vêtus de strings cloutés et de porte-jartelles. Méfiance. Méfiance légitime face à ce hard rock navrant qui s'agite tant qu'il peut sur de la mauvaise soupe électro. Tous les invités (Molko, Shaw, Murat pour les stars) sont assis dans leur fauteuil à même la scène. Ils jouent la comédie, se maquillent, mangent des bananes. La chanteuse des Cranes s'en tire bien grâce à une voix de Lolita pré-pubère terriblement envoûtante. Que dire du reste ? Quelques reprises. Il y eut le "Venus In Furs" du Velvet Underground (d'où les bananes, que c'est intelligent !), morceau dont l'aspect tortueux est complètement passé la trappe, un "Je t'aime moi non plus" par Molko anecdotique et un "Can't get you out of my head" de Kylie Minogue version punk (bof). Des reprises dont le meilleur destin sera vraisemblablement de se retrouver sur une compilation Paris Dernière. Murat avec une apparition grivoise arrive à me décrocher quelques rires, c'est déjà ça de gagné. L'ensemble est prétentieux, orgueilleux et finalement creux et risible. Allez le ridicule ne tue pas, tant mieux pour eux.

 

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