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LA ROUTE DU ROCK - 2005
Samedi 13 août
Les Great Lake Swimmers arrivent discrètement sur la scène du palais du Grand Large. On est loin de la fougue d'Animal Collective la veille, mais Tony Dekker et ses trois compagnons vont peu à peu séduire le public pour finalement le subjuguer (enfin moi, en tout cas). Fragiles, tout en retenue, les compositions des Canadiens envoûtent. Dekker jouera les trois derniers morceaux tout seul comme un grand, finissant avec le génial "This is Not like Home", tiré du premier album. Et c'est bien ainsi quxon préfère Tony Dekker, avec ses mélodies à la Will Oldham. La salle comble, venue sans doute majoritairement pour Camille, applaudit chaleureusement la prestation.

L'ayant juste aperçue un court instant au Festival Art Rock et n'étant pas complètement conquis par son dernier album "Le Fil", il me fallait absolument voir le phénomène scénique de cette année. Affublée d'une perruque étrange (reste d'algues de sa baignade de l'été dernier avec les biens nommés Nouvelle Vague ?), Camille arrive accompagnée d'un contrebassiste et d'un pianiste/human beatbox. Effet modeste mais terriblement efficace, un fil traverse de part en part la scène. Camille danse, s'amuse autour et le coupe à la fin de son show. Ironiquement mégalo, Camille chauffe et joue avec un public trop bien assis. Une prestation qui tient en haleine tout l'auditoire, qui sait qu'il passe un grand et bon moment. "La jeune fille aux cheveux blancs" conclut son show avec le "Putain, Putain" de T.C.Matic. Et voilà, c'est malin, je suis devenu accro de Camille.

Les Canadiennes de The Organ font partie des jeunes pousses très attendues à St-Malo. Un petit peu timides, elles peinent à confirmer les promesses de leur album sur la scène du fort. Rattrapage cet automne avec leur tournée française.
Le concert de Colder au Fort nous laisse assez... froids. Le chanteur Marc Nguyen ressemble un peu à Marc-Olivier Fogiel relooké par Hedi Slimane, et la musique à celle de plein de grands groupes : Can, Joy Division, Suicide... Les musiciens font preuve d'un certain professionnalisme, Nguyen est très poli, le son est bon, mais tout cela manque terriblement de chair.
Le set des Raveonettes (rebaptisés les Savonnettes, parce qu'on a énormément d'humour) fournit un intéressant contre-exemple. La machine est encore mieux huilée, les morceaux impeccablement interprétés se succédant sans temps mort. Là non plus, l'originalité n'est pas la qualité principale de la musique, composée d'emprunts plus ou moins évidents à cinquante ans de rock. Mais on se laisse prendre, les Raveonettes jouant leurs chansons malignes, voire roublardes, avec un véritable enthousiasme et une candeur non feinte, retrouvant l'esprit des girl groups et du rock garage auxquels ils semblent vouer un culte fervent.

Cette année, le passage de The Cure à la Route du rock a attiré au fort de Saint-Père d'étranges oiseaux mazoutés, beaucoup clonant le look de Robert Smith, d'autres arborant des tenues plus extravagantes et recherchées. Certes, ces corbacs étaient minoritaires dans un public au style nettement plus passe-partout, mais qu'on ne s'y trompe pas : ce soir-là, beaucoup étaient venus pour le mythe new wave, et uniquement pour lui. Ce que certains spectateurs plus ouverts (ou peu sensibles à la musique de Cure) ont un peu regretté, à en croire les messages postés sur le forum du festival. C'est sûr, la programmation d'un groupe aussi populaire - tout à fait à sa place ici, néanmoins - avait tendance à déséquilibrer cette Route du Rock (on se souviendra longtemps de l'embouteillage monstre à l'approche du site). On peut en même temps se réjouir que le Fort ait affiché complet, ne serait-ce que pour la santé financière d'un festival toujours fragile. Et le concert, alors ? Long (2 h 20 environ, deux rappels) et plutôt bon. Principale surprise, l'absence de synthés, pourtant l'une des clés de voûte du son Cure. Mais on ne perd pas au change, la deuxième guitare étant tenue par Porl Thompson, membre historique du groupe, la basse restant entre les mains de Simon Gallup, au jeu de jambes toujours aussi fascinant. On échappe ainsi aux digressions atmosphériques dont Cure a parfois abusé, au profit d'un son incisif, presque hendrixien parfois, dans la lignée du dernier album ou de "Shake Dog Shake". La trentaine de morceaux couvrent l'essentiel de la discographie du groupe, avec de larges détours par "The Head on the Door" (mais pas les titres les plus connus), "Disintegration" et "Wish", ainsi que quelques curiosités ("Never Enough", beaucoup moins pataud que sur disque, ou la B-side "Signal to Noise"). Pas mal de classiques aussi, notamment sur la fin : le premier rappel aligne quatre morceaux de "Seventeen Seconds" (rappel qu'ils n'avaient pu faire à leur Black session faute de temps), tandis que le second nous offre "Primary", "Boys Don't Cry" (version assez moyenne), et termine en beauté sur "10 : 15 Saturday Night". Le sommet du concert reste un "One Hundred Years" plein de toute la violence sourde de l'original. Même s'il n'est pas spécialement démonstratif, Bobby semble vraiment content d'être là, les fans sont contents aussi (normal, ils sont fans), certains pas fans sont convaincus, d'autres non. Bilan positif, donc.
Choix nettement plus pertinent que celui de la veille pour terminer la soirée, les New-Yorkais de !!! viennent enflammer les vieilles pierres de Saint-Père vers 2 h 30 avec leur funk (chauffé à) blanc et leur chanteur survolté. Vêtu d'un tee-shirt à motif perroquets (si on a bien vu) et d'un petit short brillant très eighties, le chanteur saute dans tous les sens et escalade les montants de la scène, parfois rejoint au micro par le batteur barbu. On frôle souvent le délayage, et l'absence de réelles mélodies (sauf sur le nouveau single, une curieuse reprise du "Take Ecstasy with Me" des Magnetic Fields) peut lasser sur la longueur. Mais ça nous change de tous ces artistes electro qui tentent vainement de transposer une musique de studio dans un contexte live. Ici, l'énergie du groupe est contagieuse, et pour danser sauvagement, c'est parfait.
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