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LA ROUTE DU ROCK - 2005

Dimanche 14 août

Pendant que Christopher O'Riley rempile sur la plage avec son piano (allitérations en "p"), Mús distille sa musique émolliente au palais du Grand large (allitérations en "l" et en "m"). Le final, plus intense, évoque Galaxie 500, pour le reste, le groupe peine à faire preuve d'originalité, dans une veine slowcore / folk bien balisée et un peu trop polie - dans ce trop sombre auditorium en milieu d'après-midi, quand la fatigue commence à peser, ça ne pardonne pas, alors que sur disque, ça passe plutôt bien.

SEBASTIEN SCHULLER

Sébastien Schuller et ses quatre acolytes vont par contre délivrer un concert de haute volée, parvenant à matérialiser sur scène tout ce que la musique du Francilien a d'onirique et d'insaisissable sur disque. Parfois même mieux. Mais Dieu qu'il fait noir dans cet auditorium, vite, direction le fort et la lumière.
Après la prestation guère enthousiasmante de Boom Bip (de l'electro-rock instrumental oublié sitôt entendu, mais tout porte à croire que l'album est bien plus intéressant), Maxïmo Park se doit de réveiller le fort de Saint-Père. Le quintette de Newcastle donne un concert de rock racé et classique, dans la lignée de Franz Ferdinand. Paul Smith (le chanteur, pas le couturier), dandy aux gesticulations surjouées, est l'attraction principale. Mais cette propension à se donner en spectacle, qui ne serait chez d'autre qu'arrogance pénible, apparaît ici comme un véritable (et contagieux) bonheur d'être sur scène. Lukas Wooller (claviers) n'est pas mal non plus dans le genre, avec un look qu'on croirait tout droit sorti d'"Akira". Les trois autres sont plus classiques (on dirait Gomez). Visiblement très à l'aise, Maxïmo Park enchaîne efficacement les tubes ("Graffiti", "Apply Some Pressure") de son dernier album et quelques titres moins connus, sans toutefois affoler complètement la foule. Difficile d'enthousiasmer le public en plein jour, mais on ne peut pas dire non plus que leur concert soit vraiment exceptionnel. Trop carré ? Un groupe à suivre, en tout cas.
Suit l'un des concerts les plus impressionnants de cette Route du Rock, qui n'aura pas convaincu tout le monde mais aura offert le grain de folie indispensable à tout festival de rock qui se respecte. Les Américains de Polyphonic Spree, puisque c'est d'eux qu'il s'agit, sont une bonne vingtaine, tous vêtus d'une toge vert d'eau barrée d'un éclair rouge. Autour du gourou Tim DeLaughter, des instruments rock classiques, mais aussi un choeur, une harpe, des cuivres à foison (trompette, trombone, cor anglais...). Même si les chansons puisent à la source enchantée de la sunshine pop 60's, on est plus proche ici d'un happening plein de "good vibrations" que d'un concert pop stricto sensu. Assommant pour les uns, euphorisant pour les autres, un événement quoi qu'il en soit, le groupe, pour d'évidentes raisons logistiques et financières, ne pouvant guère se produire en Europe en dehors des grands festivals.

SONIC YOUTH


Le concert de Sonic Youth risquait de paraître conventionnel en comparaison. Au final, pas de grandes nouveautés pour ceux qui les ont déjà vus à plusieurs reprises - notamment depuis l'arrivée de Jim O'Rourke -, mais une belle démonstration de savoir-faire. Joués pour la plupart en ouverture, les titres de "Sonic Nurse" offrent de remarquables passages à trois guitares, préférant la combustion lente à l'explosion. Des impros purement bruitistes, où se distingue notamment le batteur Steve Shelley, servent parfois de transition entre les morceaux. Vient ensuite un "Schizophrenia" qu'on aurait aimé un peu plus extrémiste, puis un "Brother James" très remonté et un "Mote" qui permet à Lee Ranaldo de donner de la voix. Kim Gordon, qui semble rajeunir à chaque concert, se balade sur l'avant-scène puis danse avec une fille surgie des coulisses sur "Kool Thing", sans doute l'un des très grands moments de rock'n'roll de ce festival - avec tout ce que le mot peut avoir de stupide et grandiose à la fois. En rappel, "Teenage Riot" ne surprend personne mais enchante tout le monde, même si les longues minutes de bruit qui le concluent en auront sans doute fait fuir certains. Les autres retrouveront sous peu le groupe à la Cité de la musique, dans le cadre d'un cycle John Lennon - pour rigoler, Lee a dit à la conférence de presse qu'ils joueraient peut-être des morceaux de McCartney, ha ha.

METRIC

Grand débat sur le forum du site de la Route : la chanteuse de Metric a-t-elle fait reprendre au public "Thank you Sonic Youth" ou "Fuck you Sonic Youth" ? On penche fortement pour la première hypothèse, mais ce n'est pas forcément ce qu'il y avait à retenir du concert. On gardera plutôt en mémoire la présence scénique d'Emily Haines, sexy mais jamais vulgaire, et la classe folle du guitariste, d'une précision diabolique. Très convaincants. La chanteuse de Vive la Fête est, elle, très sexy et très vulgaire, la musique aussi (avec, en guise de blagues belges finales, des reprises de Lio et Plastic Bertrand). Mais bon, c'est la fin, on est indulgent, on danse même un peu... A l'année prochaine.

VIVE LA FETE


Vincent Arquillière, Gildas Le Pallec, Vincent Le Doeuff, Guillaume Sautereau.
Photos de Guillaume Sautereau