Retour sur les 10 ans de We Are Unique!

23/01/2013, par | Interviews |
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Le label toulousain a sorti un très beau coffret il y a de cela quelques mois, afin de célébrer ses dix ans. Retour avec certains de ses membres sur ces 10 ans justement. La parole est à Mickaël Mottet, Jean-Louis Prades, Franck Lafay et Philippe Raimond...

1/ Quel a été ton premier contact avec We Are Unique ?
Mickaël Mottet (Angil) : Un appel de Gérald, puis de Gilles, qui avaient envie qu’on se rencontre après avoir lu une chronique d’une de mes premières démos dans un webzine (Jade Web). Je me souviens de leur fort accent toulousain, de leur discours enthousiaste et radical sur la musique, et de looooooongues conversations téléphoniques.
Jean-Louis Prades (Imagho) : Imagho avait un label au début des années 2000, c'était FBWL, le label de Fragile. Mais  mon projet Baka! (avec Franck Lafay) venait de finir un album, et nous cherchions un label pour le sortir. Franck avait acheté le premier album de Lunt, et on aimait bien le disque, l'artwork, bref on se disait qu'on serait pas mal chez Unique. Je crois que c'est le seul label à qui on avait écrit, Gérald Guibaud et Gilles Deles ont été enthousiastes, le deal s'est fait assez rapidement et facilement.
Franck Lafay (Baka!) : Nous avions enregistré 6 titres entre 2000 et 2001 avec Baka! pour ce qui allait devenir notre 1er album. J'ai dû voir ce nouveau label sur un site, un fanzine... ? A moins que nous ayons entendu le 1er album de Lunt (et vu son bel artwork) ? Ça devait être en 2002. Quoi qu'il en soit, nous avons décidé d'envoyer notre disque... et il a visiblement marqué Gilles et Gérald qui nous ont contactés peu après pour nous dire qu'ils étaient intéressés. Joie !
Philippe Raimond (Ichliebelove) : La première fois que j'ai vu ce nom, je pense que c'est quand j'ai acheté et adoré le Teaser for Matter d'Angil. Ensuite on m'en a reparlé quand j'ai demandé à des amis avisés quels seraient les labels indés que je pourrais contacter pour leur présenter mes morceaux. Ce que je n'avais pas fait à l'époque. Plus tard, via la plateforme CQFD des Inrocks, nous nous sommes rapprochés et finalement rencontrés.

2/ We Are Unique, c'est quoi pour toi ? Juste un label, ou quoi de plus ?
Mickaël Mottet : Haha ! Je serais étonné que beaucoup d’entre nous te répondent "juste un label"… Ce sont des amis. Une belle relation d’amitié s’est tissée entre nous, avec de l’entraide, des engueulades, des rigolades. J’en parle difficilement sans émotion. L’humilité de Gérald fait tenir tout ça debout.
JL Prades : Au départ c'est juste un label, mais pas n'importe quel label: celui qu'on avait choisi ! Et ça compte, le premier label, pour un groupe. Au bout d'un moment, il y a une fierté à être sur ce label parce qu'au fil du temps, les disques qui sortent nous plaisent tous ou quasiment tous. Puis on finit par rencontrer l'équipe en vrai (ils sont de Toulouse, nous dans le Jura et la Haute-Saône, à l'époque, donc le contact est téléphonique au début des années 2000) et ils deviennent des amis, nous faisons même de la musique avec Gilles... Imagho, qui se retrouve sans label du fait de la disparition de FBWL, est accueilli à bras ouverts chez Unique. Puis, étape supplémentaire, nous rencontrons les autres groupes et devenons amis aussi, à l'occasion des concerts d'anniversaire (les 5 ans, les 10 ans). Unique a d'ailleurs particulièrement bien réussi son coup en nous proposant à tous de faire le We Are Unique Ensemble. Au final, c'est plus une communauté qu'un label, on se sent entourés de gens talentueux et bienveillants, l'ambiance est particulièrement bonne et propice aux collaborations. Une peu comme une famille, sauf qu'on ne se fait pas chier aux repas et que personne ne s'engueule.
Franck Lafay : C'est d'abord une liberté artistique totale pour les artistes. Et c'est autant un état d'esprit qu'un label. L'impression de faire partie d'une sorte de famille, avec des artistes qui s'apprécient, se respectent, se croisent et réalisent des choses ensemble. Il suffit de regarder la richesse du coffret des 10 ans (dont le WAU! Ensemble) et les soirées anniversaires qui ont eu lieu durant 2012 (à Saint-Etienne, Lyon, Paris, Toulouse) pour s'en rendre compte. On s'en était déjà rendu compte pour la soirée des 5 ans où l'on avait joué un set spécialement composé pour l'événement. À l'époque on avait fait la connaissance de pas mal de monde, avec qui on est restés en contact ou devenus proches.
Philippe Raimond : C'est un label, farouchement indépendant, mais aussi un environnement à caractère très familial. Vraiment. Les soirées d'anniversaire à Lyon, Toulouse, Paris, et Saint-Etienne n'ont fait que renforcer cette impression.

We Are Unique coffret

3/ L'indépendance de We Are Unique!, ça signifie quoi pour toi ?
Mickaël Mottet : La pugnacité géographique. Le fait de travailler avec La Baleine, l’un des derniers distributeurs indépendants en France. Et celui de consacrer tous les moyens financiers (façon de parler) aux seules sorties des disques.
JL Prades : J'allais répondre "la liberté", mais je crois que "l'autonomie" est un mot plus juste: Unique ne rend de comptes à personne quant aux décisions prises, les ventes du label financent les sorties suivantes, quand il n'y a pas le budget, tout le monde attend que les finances soient ok, Unique ne doit d'argent à personne, n'achète pas d'espace promo dans la presse, ne copine pas. Je crois qu'Unique est fier, dans le bon sens du terme.
Franck Lafay : Une ligne directrice sans oeillère ni préjugé, loin de tout copinage (habituel dans ces milieux, comme dans d'autres), sans pression financière ou artistique, une attitude DIY tout en ayant le souci du détail et du travail bien fait, et le soutien à une scène vivante et riche.
Philippe Raimond : C'était une vraie recherche. Je pense que l'indépendance permet une liberté d'esprit dans le choix des artistes. Ensuite, les considérations financières ne sont pas une priorité (tant que le label retombe sur ses pattes), les animateurs du label sont de vrais passionnés. C'est à double tranchant, évidemment !

4/ 10 ans pour We Are Unique!, ça t'inspire quoi ?
Mickaël Mottet : Ça dépend des jours. Parfois je me dis qu’on a une sacrée chance d’avoir à notre tête un mec aussi inconscient (et masochiste), sinon on aurait renoncé. À d’autres moments je me dis que ça vaut le coup, qu’il faut tenir encore.
JL Prades : J'avais 32 ans pour la sortie du premier Baka!, 43 aujourd'hui, et je me revois encore recevoir les premiers cd de notre album comme si c'etait hier. Le temps passe super vite... Plus que 10 ans, ce qui compte c'est le nombre de sorties, et la qualité de ces sorties.
Franck Lafay : Un beau parcours de défrichage de talents, de groupes et artistes qui pour moi sont importants, et me semblent majeurs sur la scène française / belge, bien qu'insuffisamment exposés médiatiquement. 10 ans à tenir bon contre vents et marées, à proposer une vision différente de la musique. Et de belles soirées anniversaires et un superbe coffret !
Philippe Raimond : 10 ans, c'est un bon début. Les acteurs du label ont plus ou moins passé ce cap où certains abandonnent leurs rêves d'adolescents pour se ranger… Si le label existe toujours, c'est que ça va durer. 10 ans en âge de label, ça doit être l'équivalent de 33 ans pour un humain.

5/ L'avenir de We Are Unique!, tu le vois comment ?
Mickaël Mottet : Michael Wookey, Old Mountain Station. Des maxis de Raymonde Howard et Angil and the Hiddentracks. Peut-être Angil Was a Cat. Si on est soutenus en 2013, on réfléchira à 2014. Je ne vois pas plus loin, ça ne servirait qu’à se faire du mal.
JL Prades : Continuer, coûte que coûte, à faire vivre l'independance et l'exigence du label. Je fais confiance à Gérald pour ça, même si je sais que ça n'est franchement pas facile tous les jours. Unique a permis à plusieurs artistes de démarrer (quasiment tous les artistes sur WAUR ont sorti leurs premiers disques sur ce label, sauf Imagho ;-) , beaucoup ont confirmé, et de quelle belle manière (Angil half asleep), d'autres sont en train de préparer la suite. Je pense que les collaborations entre artistes actuels vont continuer, il y a une vraie dynamique. Dans un avenir proche, Imagho devrait collaborer avec deux artistes du label, sur deux projets différents, mais c'est secret !
Franck Lafay : J'espère que malgré la crise qui touche le secteur, il restera suffisamment de personnes pour soutenir la production indépendante de ce label – et d'autres.  En tout cas, je trouve les dernières sorties (Midget!, Angil, le coffret 10 ans) enthousiasmantes, et suis sûr que 2013 apportera son lot de belles surprises.
Philippe Raimond : Comme je disais, le label suit son bonhomme de chemin. Pas forcément sous les gros projecteurs pour le moment. L'essentiel est qu'il continue à produire de belles choses pour des amateurs éclairés.

Merci à tous les artistes !

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