Robi - Interview

18/01/2012, par Luc Taramini | Interviews |
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Des mots qui cognent, qui griffent, qui implorent, une voix de femme qui trépigne ou qui caresse, une basse sèche comme un coup de trique pour souligner le propos, des rythmes bruts… Tel est Robi, le projet de la chanteuse Chloé Robineau, auteur d'un premier EP autoproduit à l'écriture sensuelle et acérée. Sur scène, la jeune femme est accompagnée du musicien Jeff Hallam dans une formule minimaliste et frontale. On les croirait sur un ring de boxe à voir leurs corps en mouvement perpétuel. Impossible de rester indifférent à leur énergie. A moins de savoir encaisser les directs au foie.

 Robi

Qu’est-ce qui t’a donné envie de chanter ?

J’ai toujours chanté. Dans ma tête ou pas, j'étais obsédée par des airs, des rythmes. Mais ça s’est réellement déclaré par accident, en fait, alors que j’écrivais pour moi. J’ai rencontré un musicien qui en lisant mes textes a imaginé que je pouvais les mettre en musique et m'a mis l'idée en tête. Et d’un jeu au départ, c’est devenu une nécessité absolue.

Chanter est une forme d’expression artistique, as-tu toujours ressenti le besoin de t’exprimer artistiquement ?

Oui, mais je ne me le formulais pas de cette manière. Enfant, adolescente j’ai toujours écrit, dessiné, fait du théâtre avant que la musique s'impose à moi ou plutôt que je m'y autorise. J'ai ensuite fait beaucoup de petits métiers pour pouvoir continuer à me consacrer à cette vie. Je n'ai jamais envisagé de faire autre chose en fait, comme si j'y étais contrainte, comme si j'y étais acculée. Je ne sais rien faire d'autre.

Comment composes-tu ?

J’apporte texte et mélodie, que nous mettons ensuite en musique Jeff et moi. J’ai une façon de composer un peu particulière parce que mes deux grandes obsessions sont le rythme et la mélodie. D’ailleurs, je n’aime pas trop le remplissage harmonique, j'y suis même assez allergique pour mon propre travail. J'aime une certaine forme d'aridité. Je crée des tourneries rythmiques sur mon ordinateur et je chante mes mélodies par dessus. Ou je compose en marchant, j'ai parfois l'air d'une folle dans la rue. Ensuite Jeff apporte ses couleurs à la basse. J’ai un langage un peu particulier qu’il comprend et qu'il arrive à retranscrire parfaitement. On s’est créé notre propre langue, nos codes. Entre nous ça va vite.

Est-ce que tu pourrais faire de la musique sans Jeff ou au contraire, est-ce que cet échange est essentiel ?

Je pourrais faire de la musique sans Jeff, bien entendu, mais notre collaboration se fait vraiment dans la joie, et son univers, sa culture anglo-saxonne, sa sensibilité, sont vraiment plus que précieuses. Il se trouve que nos deux univers se répondent mieux que bien.

On se parle depuis quelques minutes et je te sens nerveuse comme si finalement il y avait quelque chose de viscéral pour toi à parler de musique ?

Oui sûrement vraiment, même si je ne sais pas dans quelle mesure je le vis de façon plus viscérale que qui que ce soit. Une chose est certaine, je me sens libérée à trente ans des enjeux insurmontables que je m’étais fixés à vingt. Je me sens plus libre que jamais. Et cette reconnaissance nouvelle qui vient aujourd'hui crée un enjeu intéressant : être à la fois terrifiée à l’idée que ça continue et que ça s’arrête.

Le fait d’avoir gagné en septembre le prix du public par les Inrocks a-t-il conforté quelque chose en toi ?

Oui inévitablement, même si concrètement ça n'a pas non plus changé le cours des choses. Ça change parfois un peu le regard des autres, mais pas ton parcours, ni par magie le remplissage de ta salle de concert. Cette aventure est pour le moment une succession de petites joies, et l'intérêt que me portent le public et les professionnels contribue à créer un tapis de confiance plus épais.

Est-ce que le fait de chanter en français est un choix ?

Ça m’est juste absolument naturel. Je trouve que c’est une très belle langue, riche, brute, lente, incisive. Très agréable à manier. Je serais bien incapable d’écrire en anglais. L’idée que je défends, ce n’est pas tant la langue française que le fait de faire de la musique en français. On peut faire de la musique en français sans que ce soit de la "chanson française", j’en suis convaincue.

Les textes de tes chansons sont très axés sur les rapports amoureux, le couple, etc. Y a-t-il une forme de catharsis ?

Franchement je ne me pose pas du tout la question des thèmes. Peut-être qu’au bout d’un moment à force de tourner en rond je m’obligerai à aller chercher ailleurs qu'en moi-même. Il se trouve que, comme beaucoup de gens, je suis en quête d’absolu, d'une forme de pureté et que l’amour, la mort, le temps, ce corps qu'on habite sont les sujets magistraux qui m’intéressent, avec la rage, la rage d’en profiter, la rage d’en découdre peut-être aussi. Il y a une forme de rage chez moi, mais c'est une rage de vivre. Et c’est évidemment une forme de catharsis.

Ce que je veux dire, c’est que tes textes ont un côté frontal ?

C’est une question de tempérament. Je suis quelqu’un de frontal. J’imagine que je ne sais pas faire autrement. J'ai un rapport très entier à la vie, une immédiateté qui se ressent dans ma manière d’écrire des chansons comme dans mon rapport à l'autre.

Revenons un peu sur ce festival que tu as organisé au printemps dernier à La Réunion dans lequel tu as impliqué plein de petites camarades comme Bertrand Belin, JP Nataf, Arlt. Pourquoi la Réunion et pourquoi ce projet ?

C’était assez surréaliste et d’ailleurs ça l’était tellement que ça ne se reproduira pas, pour des raisons de coût financier. Pourquoi je tenais à les emmener là-bas ? C’est d’abord l’endroit où j’ai passé mon adolescence. Ma mère y vit toujours, et j’y retourne chaque année. C’est aussi le fruit de la rencontre avec deux directeurs de théâtre là-bas qui ont une politique de programmation exigeante, et qui fonctionne très bien. De fil en aiguille, je leur ai fait découvrir les artistes français que j’aimais, et ils m’ont demandé de leur faire une proposition de budget et de projet artistique. J’ai joué à la fois la programmatrice et l'organisatrice, en poussant le vice jusqu'à m'y programmer moi-même. L'idée de départ c’était que chacun joue un mini set, sur lequel les autres pourraient s'investir, au gré des envies de chacun. On est resté une petite semaine en résidence sur place pour créer le spectacle, qui s'est transformé en une vraie création, répartie sur deux soirées. On avait même créé une chorale dont chacun pouvait faire usage sur son set. Tout le monde y a pris beaucoup de plaisir je crois, et on s’est tous quitté la larme à l’œil comme après une colonie de vacances.

 Vous n'avez pas envie de le faire tourner en métropole ?

Bien sûr, pourquoi pas ? C'est un peu dommage que cette création n'ait jamais été jouée en métropole, c'est vrai. Cela dépendra des envies de chacun, et de la volonté d'un producteur de spectacle surtout. Neuf artistes c'est assez lourd, mais il y a des formules à inventer, sur une seule soirée par exemple.

C’est quoi le quotidien de Robi, sur quels fronts êtes-vous ?

On est sur tous les fronts à la fois. Je continue de composer avec Jeff en prévision de l’album. Hier une nouvelle chanson est née. C’est magique et beau à chaque fois que ça arrive. Quand l'air prend corps. On démarche sans démarcher. J'ai de la chance, je suis bien entourée et mon compagnon s'investit beaucoup dans ce projet. Notre règle depuis le début a été de faire les choses seuls sans attendre de qui que ce soit, de façon libre, et d'aller au bout de notre projet sans se poser la question de comment il allait être reçu. Elle nous réussit plutôt. On vient à nous assez naturellement, sans que l’on ait besoin de prendre rendez-vous dans les maisons de disques. Je viens de trouver un tourneur, Yapucca Productions, avec qui je suis très heureuse de travailler. Et j'ai hâte de jouer, jouer, jouer.

Est-ce que le visuel complète le propos de la musique selon toi ?

Oui et non. Initialement, pas du tout. Pour moi la musique existe pour et par elle-même. Je n'étais pas amatrice de clips jusqu'à ce que la contrainte de partager et faire découvrir ma musique m'y amène naturellement. Et de la contrainte est née l'envie et le plaisir. L'évidence aussi. Comme souvent. Je n’avais pas du tout anticipé ça et je trouve beaucoup de joie à faire cela moi même. C'est une forme de continuité.

Crédits photo : Frank Loriou

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